‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 72 sur 199 · Schiller a Gcbthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gcbthe

Iéna> le 12 juin 1795.

M. de Humboldt m'avait appris, à mon très vif regret, que vous vous étiez retrouvé souffrant, et je déplore plus vivement encore que ce motif vous décide à nous abandonner pour un temps. Vous étiez en pleine phase de production jeune et heureuse, - — et la source des villes d'eaux est une biens médiocre Hippoorène, aussi longtemps du moins qu'on y boit. Puissiez-vous pourtant être bientôt en état de partir, afin de nous revenir d'autant phis promptement.

La fièvre m'a quitté depuis quatre ou cinq jours, et pour le moment je suis très satisfait de mon état

(1) En 1785 et 1786. Il y retourna maintes ioh par la suite^ en 1806, 1807, 1808, 1810, 1811, 1812, 1818, 1819.

de santé ; que ne puis-je en dire autant de mon tra vail ! Mais j'ai toujours beaucoup de peine à passer d'une occupation à l'autre, et j'en ai plus que jamais aujourd'hui, où il me faut sauter de la métaphysique à la poésie. J'ai pourtant, du mieux que j'ai pu, bâti un pont, et je m'attelle à une épître rimée, que j'intitule la Poésie de la vie (1), et qui confine donc, comme vous le voyez, au sujet que je viens de quitter. Si vous pouviez venir et m'insuffler, ne fût-ce que pendant six semaines, votre esprit, ou du moins la portion que j'en puis recevoir en moi, je serais un homme sauvé.

Le Centaure est sur pieds, et tout prêt à prendre sa course, — et avec lui le premier semestre des Heures. Les semestres à venir me donnent un peu d'angoisse, lorsque je songe à nos pauvres provisions. Il n'y a pourtant pas lieu de désespérer, pourvu que vous soyez en bonne santé et ayez du loisir, et que ma propre santé ne soit pas pire qu'elle n'a été cette année. La « Lettre » que vous me promettez m'intrigue fort. Mais puis-je compter aussi sur la suite des Entretiens pour le numéro 7?

Nous allons commencer à l'instant même la lecture du cinquième livre de Meister, qui m'a été remis il y a un moment. Je m'en réjouis bien vivement à l'avance ; mon unique regret est de ne pas avoir le livre tout entier.

C'est un bien splendide gaillard, que cet Hesperus que vous m'avez envoyé dernièrement. Vous avez raison de dire qu'il est de l'espèce hybride des hircocerfs, mais, avec cela, il ne manque pas du tout d'imagination ni de fantaisie, et est parfois d'une drôlerie irrésistible, ce qui en fait une lecture dive tissante pour les longues nuits d'insomnie. Il plaît plus encore que les Biographies (2).

(1) Elle parut dans YAlmanach des muses pour 1799.

(2) Los Lebenslàufe nach aufsteigender Linie de Hipp< publiée de 1778 à 1781.

Ma femme est mieux, et Karl va parfaitement bien. Lorsque vous traverserez Iéna, ce qui sans doute ne tardera pas, vous nous trouverez, je pense, en meilleure voie.

Bonnes amitiés à Meyer. Adieu, et revenez le plus tôt possible à la sauté. — Sch.

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