‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 75 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Le contentement que vous donne le cinquième livre de mon roman m'a été une grande joie, et est pour moi un réconfort pour le travail qu'il me reste à accomplir. Je suis enchanté que le fantastique merveilleux et plaisant fasse l'effet que j'en attendais, et que j'aie réussi, selon vous, à mettre sur pied les péripéties convenables. Je n'en ai que plus volontiers tiré profit de vos remarques sur le délayage des parties techniques, et j'ai fait travailler les ciseaux sur quelques passages. On n'arrive jamais à se dépêtrer complètement d'une première

forme (1), et pourtant j'ai abrégé déjà de près d'un tiers la rédaction primitive.

Lorsque nous aurons l'occasion d'en causer, nous aurons vite fait de nous mettre d'accord sur le sort qu'il y a lieu de faire à la lettre au rédacteur en chef, ou sur ce qu'elle pourra nous suggérer d'utile. Je serai auprès de vous vers la fin de la semaine, et, si je le puis, je vous porterai le conte que je vous ai promis.

Samedi, je vous enverrai l'article de Meyer sur Gian Bellini ; il est excellent, et n'a que le défaut d'être trop bref. Voudriez-vous bien nous retourner l'introduction, que vous avez entre les mains : il y a quelques additions à y faire. S'il pouvait donner en même temps son Mantegna, ce serait tout bénéfice pour le numéro 7 (2).

Je suis content que le nouvel hirco-cerf ne vous déplaise pas trop. L'auteur est vraiment à plaindre ; il semble qu'il vive dans un isolement extrême, et qu'avec tout ce qu'il y a d'excellentes parties dans son talent il ne parvienne pas à purifier son goût. Il a malheureusement tout l'air de n'avoir guère de meilleure fréquentation que lui-même. Je vous envoie deux autres volumes de cet ouvrage bizarre.

Je compte consacrer à la revision de mes travaux d'histoire naturelle les quatre semaines de mon séjour à Carlsbad ; je veux tâcher de mettre en forme ce que j'ai fait et d'arrêter le plan de ce que j'ai maintenant à faire, en sorte que j'aie une bonne fois à ma disposition un cadre méthodique où ranger la

(1) La première rédaction de Wilhelm Meister avait été commencée en 1777, et achevée en 1785 (elle a été retrouvée il y a quelques années, et publiée). Goethe s'y était remis en 1793.

(2) L'étude de Meyer (Contributions à Vhistoire des beaxixarts dans les temps modernes) parut au complet dans le numéro 9 de 1795.

masse dispersée de mes expériences et de mes observations.

Que direz-vous d'un livre d'où je fais copier le passage que je vous envoie ci-inclus (1)?

Portez-vous bien, vous et les vôtres, et faites mes compliments aux Humboldt. — Weimar, le 18 juin 1795. — G.

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