‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 93 sur 199 · Goethe a Schiller · texte numérisé non relu

Goethe a Schiller

Le paquet des Heures, avec votre lettre et celle de M. de Humboldt, m'a réservé un accueil affectueux à mon retour d'Ilmenau, et ces quelques mots ne sont que pour vous envoyer une première fois d'ici mes amitiés.

Voici l'épigramme 101, dont vous n'avez peutêtre pas de copie.

L'article de Jacobi ne manque pas de bizarrerie. Son Louis, son Lear, son Œdipe (1) ne disent absolument rien au profane que je suis. Mais il y a beaucoup de bonnes choses dans la seconde moitié, et, une fois que, de son exposé des diverses manières de se représenter les choses, on a dégagé sa manière à lui de se les représenter, on arrive assez aisément à s'en faire une idée.

La bonne impression que vous a laissée mon Conte me fait plaisir et apaise mes inquiétudes. Dût-on n'y retrouver qu'un seul d'entre les cent lutins qui apparaissaient au gré du seigneur de Ferney, je me tiendrais pour satisfait. Lorsque vous l'aurez au complet, j'aimerais bien savoir comment vous interprétez les intentions de l'auteur, et comment vous estimez qu'il y a réussi.

Ce qui va m'occuper d'abord, maintenant, c'est la seconde moitié du Conte et la fin du sixième livre du roman. Quand faut-il que vous ayez le Conte?

Comme je voudrais que votre' première excursion dans le champ de la poésie, après une si longue pause, vous eût moins éprouvé ! Si seulement vous pouviez vous accorder quelque temps de repos !

Mes amitiés à votre chère femme, et ne cessez pas de m'aimer. — Weimar, le 7 septembre 1795.

(1) Jacobi comparait Louis XVI à l'innocent roi Lear et à Œdipe, et présentait la marche des événements de France comme une fatalité historique.

)8. Schiller a Gœthe.

Iéna, le 9 septembre 1795.

Nos vœux les meilleurs vont à vous pour votre ?etour à Weimar. Que ne puis-je partager avec vous 3es petites diversions au train ordinaire de l'existence, qui fortifient le corps et l'âme !

Il est certain à présent que le Conte ne pourra paraître que dans le numéro 10 des Heures, parce que je me suis trouvé obligé, tandis que j'attendais votre décision, d'expédier à l'imprimerie pour le riuméro 9 ce que j'ai pu trouver de prêt dans mes papiers. Au reste, nous en avons un plus grand besoin encore pour le dixième, car jusqu'à ce jour je n'ai rien d'autre en vue qui soit bien brillant. Si vous persistez à vouloir qu'il soit publié en deux moitiés, la seconde suivrait dans le numéro 11. Mais je ne suis jamais pour la division lorsqu'il n'est pas absolument impossible de l'éviter, parce qu'on ne prend jamais trop de précautions pour obliger le public à voir l'ensemble d'une œuvre, et à la juger en conséquence.

Une fois que vous en aurez fini avec le sixième livre de Wilhelm Meister, je compte bien que vous songerez à me donner pour les Heures quelque chose qui puisse être inséré dans l'un des derniers numéros de l'année. Il est nécessaire à présent que nous tâchions de mettre toutes voiles dehors, car je sais de diverses sources, et aussi par les lettres que m'écrit Cotta, que nous ne sommes nullement assurés de voir nos abonnés actuels nous rester fidèles l'an prochain.

Pour la neuvième livraison, j'ai encore fait honnêtement tout l'effort dont j'étais capable. J'y ai mis toutes celles de mes poésies, grandes ou petites, qui ne m'étaient pas absolument indispensables

\*Lk 13 SEPTEMBRE 1795

pour Y Almanach, si bien que ce numéro porte maintenant à son sommaire dix-sept articles, ce qui fera ouvrir de grands yeux. Je vais joindre ce sommaire à ma lettre (1).

Pendant tout le temps de votre absence, j'ai fait alternativement de la prose et de la poésie. J'ai commencé une étude sur le naïf, qui paraît vouloir bien marcher ; du moins le sujet prend-il di l'ampleur, et ai-je l'impression d'être sur quelque petites pistes heureuses.

J'espère que nous vous reverrons bientôt. Amitié de ma femme. — Sch.

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