Schiller a Gœthe
Iéna, le 18 septembre 1795.
Je vous envoie le Conte ainsi que vous le désirez. Pourvu que je Taie dans huit jours, il sera encore temps pour l'impression.
Je vous remercie mille fois de vos paroles, confiantes et rassurantes, touchant les Heures. J'espère, moi aussi, que les dernières livraisons de l'année nous porteront bonheur. Elles contiennent précisément une bonne quantité de ce qu'on pouvait se plaindre de ne guère trouver dans les précédentes : de la poésie et des récits. Je viens encore de recevoir, ces jours derniers, un article d'Engel (2), environ trois feuilles d'imprimerie, qui, par son sujet, convient parfaitement au public ; c'est moitié dialogue, moitié histoire racontée ; ce n'est pas
(1) L'historien et philosophe; berlinois Friedrich von Gentz, dans la Deutsche Monalsclirift.
(2) a M. Lorenz Stark, peinture de caractère » ; l'article parut, moitié dans le dixième numéro do 1795, moitié dans le deuxième numéro de 1796. Engel était directeur de théâtre et homme de lettres à Berlin.
une œuvre de génie, mais c'est tout à fait au niveau de ce qu'aiment nos chers lecteurs. Quant à offrir pourtant quelque chose à ceux qui ont le goût trop fin pour des plats de cette qualité, je compte sur vous pour y pourvoir, et j'y compte avec une confiance assurée et joyeuse.
Pour le dixième numéro, le Conte fera l'affaire. Il n'y a donc plus à se préoccuper que du onzième, et c'est sur celui-là qu'il faut concentrer toutes nos forces. Il faudra surtout tâcher d'y mettre de la variété.
Si seulement vous pouviez décider Herder à nous gratifier pour les dernières livraisons de quelques petits morceaux tels que, par exemple, des épigrammes dans le goût de Y Anthologie (1)?
Humboldt m'écrit de Berlin qu'on dit beaucoup de bien des trois numéros des Heures publiés en dernier lieu.
Si vous recevez les Archives du temps présent et la revue de Gentz avant moi, vous aurez sûrement la gentillesse de me laisser, moi aussi, goûter de ces merveilles.
Je me réjouis fort à la pensée de vous voir bientôt ici. Nous vous envoyons tous deux nos meilleures amitiés. — Sch.