‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 127 sur 280 · Seconde épître à Timothée IV · texte numérisé non relu

Seconde épître à Timothée IV

donnât la paix par un autre moyen. O mon Dieu, qui sera celui qui ne tremblera à ce moment redoutable, particulièrement s’il a coopéré à avoir des charges!

Je demandais dernièrement à un évêque si, lorsqu’il montait les montagnes, allant à son évêché, il ne lui était point venu de pensées du poids de sa charge. « Hélas ! Monsieur, je n’ai pas attendu à cette heure, car, trois semaines après que je fus sacré, je ressentis de poignants remords, de sorte que j’en étais au repentir, et j’aurais bien voulu être à recommencer. » Sans doute que la plupart de ceux qui sont élevés aux dignités, tôt ou tard se trouvent en cet état; mais que ferons-nous, nous, pour bannir tout à fait de la Compagnie ce maudit et diabolique esprit d’aspirer aux charges?

i° Je vous dirai que, s’il y en a quelqu’un parmi nous et qu’il ne fût touché sensiblement, oui sensiblement, du regret d’avoir prétendu aux premiers emplois, et ne se trouvât pas encore disposé à abhorrer cet appétit et cette maudite affection des offices et priorités, il est en déplorable état et digne de compassion. Il ne doit cesser de s’affliger par la haire, la discipline et autres mortifications, jusqu’à ce que Dieu lui fasse miséricorde, et il doit s’en aller devant le Saint Sacrement se plaindre à Dieu : « Ah! mon Dieu, qu’ai-je fait? A la vérité, je suis rempli de péchés, mais, mon Dieu, pourquoi permettez-vous que je m’éloigne si fort de vous par un esprit maudit et diabolique? Mon Dieu, faites-moi miséricorde ! »

2° Je désirerais, mes frères, que toute la Compagnie remerciât Dieu de la grâce qu’il lui a faite de ne permettre pas que cet esprit de commander et de supériorité s’empare de ceux qui sont en charge; au contraire, tous les supérieurs des établissements de cette petite Compagnie m’écrivent de tous côtés (je n’en sache qu’un,

tout nouvellement établi), généralement tous les autres ne laissent pas passer six mois pu ils ne m écrivent et ne me prient avec instance de les déposer. Enfin celui de Rome 4 5, ayant été déposé, m’a écrit avec un si grand témoignage de joie et avec tant de remercîment qu’il ne se peut rien imaginer davantage. Je m’estimais heureux de lire sa lettre à la Compagnie; je suis marri de l'avoir oubliée. O mes frères, que de bénédictions recevra la Compagnie tant qu’il plaira à Dieu lui conserver cet esprit, qui est l’esprit d’humilité, l’esprit de Notre-Seigneur ! Il en faut remercier Dieu, et je prie nos frères de s’en ressouvenir à la communion, et les prêtres à la sainte messe; et ce serait très bien fait de célébrer pour cela. Combien de prières, combien de messes certains supérieurs de la Compagnie ont dites afin qu’il plût à Dieu permettre qu’ils fussent déposés! In nomme Domini!

Quand l’obéissance nous applique à la conduite, à la bonne heure, nous devons nous soumettre; c’est ce que M. de Genève0 a ordonné : que, lorsqu’une hile serait élue pour quelqu’ofhce, quoiqu’elle s’en réputât indigne, néanmoins elle se soumît et s’en allât à la grille recevoir la bénédiction et espérer de Dieu les grâces nécessaires pour 1 acquit de sa charge; car, quand Dieu nous y appelle, mes frères, ou bien il voit en nous les dispositions, ou il est résolu de les y mettre.

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