‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 16 sur 280 · SUR LES FRUITS DE DEUX MISSIONS · texte numérisé non relu

SUR LES FRUITS DE DEUX MISSIONS

Je prie la Compagnie de remercier Dieu des bénédictions qu’il a données aux missions qu’on vient de faire, et particulièrement à celle de ..., qui sont notables. Il y avait une étrange division en cette, paroisse : les habitants avaient une grande aversion contre leur curé; et le curé, d’un autre côté, avait sujet de se ressentir du mauvais traitement qu’il avait reçu de ses paroissiens; à raison de quoi il était en procès contre eux, et même en avait fait mettre en prison trois ou quatre des principaux, parce qu’ils en étaient venus si avant que d’user de mainmise dans l’église sur lui, ou sur quelqu’un des siens. La plupart d’entre eux ne voulaient pas seulement ouïr la messe et sortaient de l’église quand ils le voyaient aller à l’autel; enfin le mal était grand, et je n’en ai pas encore vu un pareil. Ils protestaient qu’ils n’iraient jamais à confesse à lui, et

Entretien 3.

Abelly, o-p, cit ., 1. II, chap. I, sect. Il,

qu’ils passeraient plutôt la fête de Pâques sans communier.

Se voyant réduits en cet état, quelques-uns d’entre eux vinrent céans, il y a quelque temps, pour nous prier de leur aller faire la mission. Nous l’avons faite, et, par la miséricorde de Dieu, tous se sont mis en leur devoir. Mais ce qui nous doit davantage exciter à bénir et remercier Dieu, c’est qu’ils se sont parfaitement réconciliés avec leur pasteur, et qu’ils se trouvent maintenant dans une grande paix et union, dont ils ont un grand contentement de part et d’autre, et une égale reconnaissance; car dix ou douze sont céans pour nous en remercier de la part de toute la paroisse, lesquels m’ont dit tant de bien de cette mission, que j’avais peine de les entendre.

Qui est-ce qui a fait cela, Messieurs, sinon Dieu seul? Etait-il au pouvoir des hommes de faire cette réunion ? Certes, quand bien tout un Parlement se serait mêlé d’un accommodement si difficile entre des esprits si fort aliénés, à peine en serait-il venu à bout pour ce qui regarde seulement la police extérieure. C’est donc Dieu qui est l’auteur de cette bonne œuvre et à qui nous en devons rendre grâces.

Je vous pne, Messieurs, de le faire avec toute l’affection que vous pourrez, et, outre cela, de demander à sa divine bonté qu’elle donne à la Compagnie l’esprit d’union et l’esprit unissant, qui n’est autre que le Saint- Esprit même, afin qu’étant toujours bien unie en ellemême, elle puisse unir ceux du dehors; car nous sommes établis pour réconcilier les âmes avec Dieu, et les hommes avec les hommes.

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