I. Livre des Cantiques IV, g
ceurs de la dévotion et qui ensuite a perdu ces goûts et s’en est ennuyé, puisse se remettre 2. Quand il dit que cela est impossible, c’est à dire extrêmement difficile, il faut quasi faire miracle.
Voilà bien souvent ce qu’on gagne pour se rompre la tête; pour vouloir se rendre la vertu sensible, voilà ce qu’on gagne : un dégoût de toutes sortes de dévotions, dégoût de la vertu, dégoût des choses les plus saintes et dont on ne revient qu’avec des difficultés et des peines extrêmes. O Sauveur ! ce qui arrive pour l’ordinaire à ces personnes, qui se gênent et incommodent notablement leur santé, c’est qu’étant malades, ce qui arrive toujours, car cette grande contrainte aboutit là, il faut, malgré tout, se relâcher, il n’y a plus moyen de continuer un si grand nombre d’actes qu'elles produisaient chaque jour; trois ou quatre suffisent alors; et si l’on en faisait cinquante, il n’en faut plus faire qu’un ou deux, et même point du tout; il est nécessaire de s’en abstenir tout à. fait jusqu’à ce qu’on soit remis, si toutefois, ce qui arrive rarement, on en peut revenir; car, pour l’ordinaire, on en est estropié pour le reste de ses jours, et ce qui s’ensuit.
C’est à quoi il faut bien prendre garde. Je supplie messieurs les directeurs d’y faire une attention toute particulière. Cela arrive dans les commencements : quand on commence à goûter les douceurs de la dévotion, on ne peut s’en rassasier, on pense n’en avoir jamais assez, on s’y plonge trop avant. Oh ! il faut que j’aie cette présence de Dieu, mais continuelle, il faut que je m’y attache; on se prend à la gorge; je n’en démordrai pas; on se lie là avec une obstination invincible, jusqu’à s’en rendre malade, comme nous le disions tout à l’heure. Oh ! c’est trop, c’est trop !