‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 189 sur 280 · ÇO · texte numérisé non relu

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Et voilà, Messieurs, les effets de la petite méthode! Allez m’en trouver de semblables dans cette façon recherchée, dans ce grand apparat et parmi cette vaine pompe d’éloquence; trouvez-m’en de semblables. A grand’ peine voit-on un seul se convertir pour plusieurs avents et carêmes de telles prédications. Nous le voyons dans Paris. Quelles restitutions voit-on pour toutes' ces prédications éloquentes ? Ne voyez-vous pas, Messieurs, combien est grand le nombre de ceux qui se convertissent? Plélas ! en saurait-on trouver que difficilement un seul, un seul ! Cependant, par la grâce qu’il a plu à Dieu donner à cette chétive Compagnie dans sa petite méthode, une mission fait de si grands fruits et des conversions si admirables, qu’on n’en a jamais vu, ni ouï raconter de semblables.

Enfin, Messieurs, je vous allègue l’expérience, votre propre expérience, Messieurs; quel progrès n’avez-vous pas fait partout où vous avez prêché selon cette méthode? Quelles conversions n'a-t-on point vues? L’homme et la femme qui vivaient mal sont venus à vous : (( Ah î Monsieur, nous renonçons à nos malheureuses pratiques ! Ah ! Monsieur, dès ce moment nous nous séparons pour jamais ! Ah ! Monsieur, je vous promets que je ne la verrai jamais plus! » Oh! qu’est-ce que c’est? qu’est-ce que c’est? Les rancunes, les inimitiés invétérées et auxquelles il semblait n’y avoir désormais plus de remède, les plus grandes divisions n’ont-elles pas été accordées par la force que Dieu a donnée à vos prédications faites selon la méthode? Bref, il n’y a point de pécheurs que la grâce n’ait touchés par le moyen de la petite méthode, et qui ne soient venus se jeter à vos pieds, criant miséricorde. Vous le savez mieux que moi; je ne vous dis rien que vous n’ayez vu et fait davantage.

O Dieu! quels fruits a produits cette méthode par-

tout où l’on a été ! Quel progrès ! Eh ! combien seraientils plus grands ai moi, misérable, ne les avais empêchés, par mes péchés! Hélas! misérable que je suis! Ah! j’en demande pardon humblement à Dieu. O Sauveur ! pardonnez à ce misérable pécheur, qui gâte tous vos desseins, qui s’y oppose et contredit partout, pardonnezmoi, par votre infinie miséricorde, tous les empêchements que j’ai apportés aux fruits de la méthode que vous avez inspirée, à la gloire qui vous en serait revenue sans moi, misérable. Pardonnez-moi le scandale que je donne en cela, comme en tout ce qui concerne votre service. Et vous, Messieurs, pardonnez-moi, je vous prie, le mauvais exemple que je vous donne toujours; je vous, en demande pardon.

La dernière raison, que j’achève en deux mots, est tirée de notre salut, pour lequel nous sommes ici et au monde. Hélas! Messieurs, que j’appréhende! Il y a grand danger pour ces pauvres prédicateurs qui s’arrêtent à de belles conceptions, à l’agencement de leurs pensées et à l’usage des paroles triées à la mode, ne tenant pas tant de compte du plus profitable. Ah ! que je crains pour ces gens-là ! Et ce qui me donne plus de frayeur en cela, c’est la Sainte Ecriture; vous en savez tous les paroles, je ne les sais pas, mais je sais le sens, et le voilà : un prophète crie malheur à celui qui, étant en un lieu élevé, d’où il voit le loup ravissant entrer dans le bercail, à la vue de cet ennemi, ne crie pas de toutes ses forces : « Sauvez-vous, sauvez-vous, voilà l’ennemi, sauvez-vous, sauvez-vous !» Malheur à celui-là, s’il ne crie pas tant qu'il peut : « Sauvez-vous ! » Et voilà justement ce que font ces prédicateurs qui ne regardent pas avant toutes choses le profit de leur auditoire; bien qu’ils voient l’ennemi, iis ne sonnent mot; ils vous chantent des airs de plaisance, au lieu de crier avec la

trompette : « Nous allons nous perdre, voilà, voilà l’ennemi, sauvons-nous, sauvons-nous! »

Ah! Messieurs, nous sommes heureux, puisque notre méthode nous détourne bien loin de ces périls; mais gare, gare, si nous la méprisons ! Prenons garde que, pour contenter en ce point la vanité, nous ne nous exposions à la malédiction du prophète : vae} vae; malheur à celui-là ! Eh ! pourquoi monter en chaire et pourquoi prêcher, si ce n’est pour porter le monde à se sauver, pour crier : « Voilà l’ennemi, le voilà, donnezvous garde, sauvez-vous, sauvez-vous ! » Que si l’on pervertit l’usage de la parole de Dieu, si l'on s’en sert pour paraître, pour se faire estimer, afin qu’on die : « Voilà un homme éloquent, qui a grande capacité; il a du fonds, et du talent » ; hélas ! n’encourrons-nous point la malédiction des faux prophètes? Dieu n’aura-t-il pas sujet de nous abandonner à la fin, puisque nous ne nous sommes point souciés d’abuser des choses les plus saintes, pour contenter un peu notre vanité, puisque nous aurons employé le plus efficace moyen de convertir les âmes pour satisfaire notre ambition? Hélas! Messieurs, qu’il y a grand sujet de craindre et de désespérer en quelque façon du salut de ces personnes qui convertissent les remèdes en poison, qui n’ont d’autre méthode de traiter la parole de Dieu, que celle que leur fournit la prudence de la chair, leur humeur, la mode, le caprice ! Et Dieu veuille que ce ne soit pas la vanité et l’orgueil! Dieu veuille que ce ne soit pas l’orgueil! O Sauveur! ne permettez pas qu’aucun de cette petite Compagnie, qui est toute à votre service, tombe dans un si grand péril, qu’il vienne à abuser ainsi de votre sainte parole! Non, Seigneur, nous l’espérons de votre bonté, vous ne le permettrez pas, par votre miséricorde.

Nous venons donc de voir quatre raisons pour les-

quelles nous devons bien nous affectionner à la méthode de prêcher qu’il a plu à Dieu donner à la Compagnie. Le premier motif est sa grande efficacité, puisqu’elle ne laisse rien en arrière de tout ce qu’il faut apporter pour persuader; ce que ne font pas les autres méthodes, au moins si efficacement. Le deuxième, c’est la manière de prêcher de Notre-Seigneur, que les apôtres ont suivie. Le troisième, que ses effets sont merveilleux; elle produit de grands fruits, selon l’expérience que vous en avez tous. Et enfin le grand danger de se damner où l’on s’expose, si l’on en use autrement et qu’on vienne à moins profiter à ses auditeurs. Ne nous arrêtons pas davantage; vous savez, Messieurs, tous cela mieux que moi, et vous le diriez bien mieux que moi, et avec plus de force et d’efficacité. La parole de Dieu, dans la bouche d’un profane comme moi, misérable, n’a point d’effet. Il n’y a donc rien, après ces grands motifs que nous venons de voir, il n’y a rien, sinon peut-être mes grands défauts, qui puisse empêcher d’être bien affectionné envers la petite méthode. Y en a-t-il quelqu’autre plus propre, plus commode et meilleure, Messieurs? Si vous en savez, faitesmoi la grâce de me le dire; dites-le-moi, Messieurs, y en a-t-il de meilleure? Quant à moi, je n’en sache pas, et vous en êtes tous, je m’assure, bien persuadés, plus par ce que vous en savez de vous-mêmes, que par ce que je vous en viens de dire. Il n’y a que moi, misérable, qui gâte toujours tout, qui ne saurais me mettre dans cette sainte pratique; mais, avec l’aide de Dieu, je tâcherai de l’apprendre et d’imiter quelques-uns de la Compagnie, à qui Dieu a fait particulièrement ce don, qui gardent merveilleusement cette sainte méthode.

Venons au second point. En quoi gît la méthode dont nous parlons ? Qu’est-ce que: c’est, qu’est-ce que c’est que la méthode? C’est une vertu qui, dans nos

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