‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 191 sur 280 · Première épître à Timothée VI · texte numérisé non relu

Première épître à Timothée VI

c’est en cela que nous faisons la volonté de Dieu, A ttende tibi. C’est un autre moyen pour avoir bientôt cette excellente méthode de prêcher.

Un troisième moyen bien efficace, c’est s’affectionner à cette sainte méthode, s’y bien affectionner. Pourquoi est-ce que nous ne sommes pas dans cette méthode ? C’est que nous ne l’aimons pas, nous aimons mieux suivre nos humeurs, nos fantaisies et les règles d’un je ne sais qui, d’un profane; nous avons de l’aversion pour la méthode, nous ne l’aimons pas. J’ai peur, Messieurs, que nous n’en disions du bien que du bout des lèvres; mais dans le cœur, dans le cœur, oh!... je ne sais... J’ai peur que cette méthode ne nous revienne pas, qu’elle semble importune et incommode, qu’elle nous soit fâcheuse. Ah! Messieurs! et cette méthode a été donnée de Dieu, elle vient de Dieu; il l’a même pratiquée; les apôtres l’ont retenue; c’est la méthode des apôtres et du Fils de Dieu même, la méthode du Fils de Dieu, méthode de la Sagesse éternelle; et nous la rejetons, nous n’en voulons pas, nous ne l’aimons pas! Nous qui faisons une profession toute particulière de suivre Notre-Seigneur et qui nous disons ses serviteurs, nous méprisons et rebutons sa méthode, qu’il nous a enseignée et donnée ! O Sauveur ! ô Sauveur ! que doit-on dire de nous ? Que nous aimons ce que Dieu hait, et que nous avons de la haine pour ce que Dieu aime. O Sauveur ! ah ! Messieurs ! joignons-nous plutôt tous unanimement ce soir pour cela, pour nous affectionner de plus en plus les uns les autres à cette méthode. Plût à Dieu que, par sa grâce, j’eusse obtenu ce soir cette faveur, que je vous demande par tout l’amour que vous avez pour la gloire du Fils de Dieu, par les entrailles de sa miséricorde !

Ah ! ah ! je suis un misérable, qui ne saurais être court; souffrez-moi, Messieurs. Plût à Dieu que nous.

n’eussions tous qu’un même cœur, que nous fussions tous intimement unis pour l’observance de cette divine méthode ! Monsieur Portail, je m’unis à vous pour cet effet, à vous à qui Dieu l’a donnée, et à Monsieur Alméras, qui a encore ce don; je m’unis à vous de tout mon cœur, et je proteste de faire à l’avenir mon possible pour entrer dans cette divine méthode.

Mais, Monsieur, si vous me permettiez d’objecter ce que j’ai contre cela et si vous vouliez maintenant écouter nos raisons? — Ah! plût à Dieu que j’en eusse le temps! je vous ouïrais volontiers. Oui-da, voyons un peu, comme le temps le permettra, résolvons les difficultés que l’esprit humain pourra former contre ce que nous venons de dire.

'Quel moyen y a-t-il de se servir de cette méthode et d’observer ses trois points en toutes sortes de matières ! Outre que cela serait extrêmement dégoûtant et ennuyeux, cela est malaisé, voire même du tout impossible, sans s’exposer. — Cela est ainsi, cela est ainsi. Une même façon ennuierait à la longue ; l’esprit de l’homme est si changeant que bientôt il se dégoûte des meilleures choses. Mais, outre que nos missions sont courtes, vous la pouvez déguiser, de sorte qu’on ne verra point votre artifice, et on ne découvrira point votre méthode, tantôt changeant l’ordre des points, mettant l’un devant l’autre, tantôt n’en faisant que deux. Il y a beaucoup d’autres façons qui ne me viennent pas maintenant Et pour les sujets divers la méthode est différente : il y a méthode de traiter la fête d’un saint, méthode de traiter un mystère, méthode de traiter une parabole, méthode de traiter une sentence, méthode de traiter l’Evangile courant et les autres matières de prédication. M. Portail, qui sait bien toutes ces manières de bien prêcher, vous dira, s’il lui plaît, toutes ces différentes

méthodes, car, pour moi, je ne les sais pas, et, Dieu aidant, je veux les apprendre de lui et des autres à qui Dieu a fait ce don.

Mais, Monsieur, les autres méthodes ne sont-elles pas aussi bonnes que celle-là? Nous voyons tant de doctes et excellents prédicateurs qui ne savent ce que c’est que votre méthode et ne laissent pas de faire grand fruit et de prêcher fort bien. - — Messieurs, toutes les méthodes peuvent être bonnes et saintes; je ne prétends pas ici en blâmer aucune; Dieu m'en garde! Au resite, Dieu se sert de qui il lui plaît et de qui bon lui semble, pour procurer sa gloire : Potens est de lapidibus istis suscitare filios Abrahae 5 ; il peut faire de ce s pierres des enfants d’ Abraham. Dieu est tout-puissant, et il peut, si bon lui semble, se servir de la dureté de cette pierre pour amollir les cœurs les plus endurcis et les porter à une sainte conversion et pénitence. O Sauveur ! avec tout cela, Messieurs, combien en voyonsnous qui se convertissent avec toutes ces méthodes? Nous avons l’expérience de la nôtre; Messieurs, vous l’avez; mais de celles du temps, de la mode vous avez l’expérience du contraire; elles passent toujours pardessus, ne font qu’effleurer, ne touchent que la superficie. Un peu de bruit, et voilà tout ! Il se fait tous les jours tant de prédications dans cette grande ville, tant d’avents, tant de carêmes; et trouvez-moi un homme, de ceux-là même qui entendent depuis trente, quarante ans ces prédications, qui en soit devenu meilleur ! O Sauveur! vous avez bien de la peine d’en rencontrer un seul, un seul converti après avoir entendu toutes ces prédications; et qu’est-ce en comparaison des fruits que nous voyons produire à la petite méthode ! Ce qui

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