EXTRAIT D’ENTRETIEN
SUR L’ŒUVRE DES ORDINANDS
Voici l’ordination qui s’approche; nous prierons Dieu qu’il donne son esprit à ceux qui parleront à ces messieurs et dans les entretiens et dans les conférences. Surtout chacun tâchera de les édifier par l’humilité et par la modestie. Car ce n’est pas par la science qu’ils se gagnent, ni par les belles choses qu’on leur dit; ils sont plus savants que nous : plusieurs sont bacheliers, et quelques-uns licenciés en théologie, d’autres docteurs en droit, et il y en a peu qui ne sachent la philosophie et une partie de la théologie ; ils en disputent tous les jours. Presque rien de ce qu’on leur peut dire ici ne leur est nouveau; ils l’ont déjà lu ou ouï; ils disent euxmêmes que ce n’est pas cela qui les touche, mais bien les vertus qu’ils voient pratiquer ici. Tenons-nous bas, Messieurs, en la vue d’un emploi tant honorable, comme est celui d’aider à faire de bons prêtres; car qu’y a-t-il de plus excellent ? Tenons-nous bas à la vue de notre chétiveté, nous qui sommes pauvres de science, pauvres d’esprit, pauvres de condition. Hélas! comment Dieu nous a-t-il choisis pour une chose si grande? C’est que
Entretien 7. — Abelly, of. cit., \. II, chap. n, sect. iv, p. 228.
pour l’ordinaire il se sert des matières les plus basse pour les opérations extraordinaires de sa grâce; comme; dans les sacrements, où il fait servir l’eau et les parole.0 pour conférer ses plus grandes grâces.
Prions Dieu pour ces messieurs; mais prions Diei pour nous, afin qu’il en éloigne tout ce qui pourrait être cause qu'ils ne reçussent les effets de l’esprit de Dieu lequel il nous semble vouloir communiquer à la Compa gnie pour cet effet. Avez-vous jamais été en pèlerinage en quelque lieu de dévotion ? Pour l’ordinaire, en y en-i trant on se sent comme sortir hors de soi, les uns se trouvant tout d’un coup élevés en Dieu, les autres at-: tendris de dévotion, d’autres pleins de respect et de ré 3 vérence pour ce lieu sacré, et d’autres ont divers bons sentiments. D’où vient cela? C’est que l’esprit de Dieu est là dedans, qui se fait sentir en ces manières-là. Or; nous devons penser qu’il sera le même céans à l’égard de ces messieurs, si l’esprit de Dieu réside en cette maison.
Il leur faut rendre la morale familière, et descendre toujours dans le particulier, afin qu’ils l’entendent et comprennent bien; il faut toujours viser là, de faire en sorte que les auditeurs remportent tout ce qu’on leur dit dans l’entretien. Gardons-nous bien que ce maudit esprit de vanité ne se fourre parmi nous, à leur vouloir parler des choses hautes et relevées; car cela ne fait que.t détruire, au lieu d’édifier. Or, ils remporteront tout ce qui leur aura été dit à l’entretien, si on le leur inculque, après simplement, et qu’on les entretienne de cela seulement, et non d’autres choses, ainsi qu’il est expédient pour plusieurs raisons.