SUR L’ŒUVRE DES CONFÉRENCES ECCLÉSIASTIQUES
S’il y a des personnes au monde qui soient obligées de se servir et de profiter des conférences, il semble que ce sont les prêtres de la congrégation de la Mission, parce que c’est à eux que Dieu s’est adressé pour introduire dans le monde, parmi les ecclésiastiques, cette manière de s’entretenir ainsi sur les vertus particulières. Quand je vins à Paris, je n’avais jamais vu de semblables conférences, au moins sur des vertus propres à son état particulier et pour bien vivre en sa condition; oui bien, des académies, où l’on conférait de quelques points de doctrine, et, en quelques lieux, des cas de conscience. Il y a environ cinquante ans que Mgr le cardinal de Sourdis introduisit dans son diocèse de Bordeaux cette manière de traiter de quelques points de la théologie morale, assemblant les curés et les autres prêtres pour leur donner le moyen de s’en mieux instruire, et cela avec succès; mais sur des vertus propres à son état et entre des ecclésiastiques du clergé comme nous, il ne s’en était point vu jusqu’à nous, ou pour le moins je ne l’ai point vu, ni ouï dire. Il est bien vrai que plusieurs bons religieux sont dans cette sainte pratique, ainsi que les anciens moines y étaient autrefois; mais, quoi qu’il en soit, c’est à cette chétive congrégation qu’il a plu à Dieu s’adresser en ce siècle pour l’établir au dehors, non seulement comme un antidote propre pour les bons prêtres qui demeurent exposés, pour le service des âmes, à l’air corrompu du monde, mais aussi pour les aider à se perfectionner en leur pro-
Entretien 8. — Abelly, of. cit., 1. II, chap. m, sect. u, p. 253.
fession. C’est donc à la congrégation de la Mission que Dieu a inspiré de s’exciter et de s’affectionner, en la manière que nous le faisons, à l’exercice des vertus par les conférences. On y traite des motifs d’acquérii oes vertus, de leur nature, de leurs actes particuliers,; des moyens de les mettre en pratique, et enfin des obligations de notre état, tant envers Dieu qu’envers le prochain. Voilà quelle est la fin de ces conférences. Or, que. serait-ce de nous si nous étions les premiers à les négliger? Quel compte aurions-nous à rendre à Dieu, si nous, venions à mépriser des moyens si utiles et si efficaces,, que ces anciens Pères et anachorètes embrassaient avec tant d’avidité, ainsi que Cassien le rapporte dans un livre qu’il en a fait? Il faut que j’avoue par ma propre expérience qu’il n’y a rien de si touchant, rien qui m’attendrisse tant, rien de tout ce que j’entends, que je lis ou que je vois, qui me pénètre à l’égal de ces confé rences.