‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 202 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON DU 24 AOUT i · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON DU 24 AOUT i

M. de Flacourt a amené quatre jeunes Malgaches à Saint-Lazare.

Reproches adressés à un frère coadjuteur.

M. Vincent a recommandé avec grande instance de

Entretien 137. — La première partie de cette instruction jusqu à Un jrère coadjuteur s'étant accusé , est tiré du manuscrit des répéti-

prier Dieu pour quatre jeunes enfants nègres que M. de Flacourt, bourgeois de cette ville de Paris, qui venait d’arriver de P île de Madagascar, avait amenés avec lui, et lesquels il avait envoyés de Nantes ici pour être présentés à mondit sieur Vincent; et cela à ce qu’il plût à sa divine Majesté leur faire la grâce d etre bons chrétiens et vrais catholiques, pource que, disaitil, s’il plaisait à Dieu leur faire cette grâce, il ne faudrait qu’eux quatre pour convertir tout leur pays et ceux de leur nation. Pour cela, mondit sieur Vincent a recommandé à la Compagnie de leur donner bon exemple, de n’en faire point son passe-temps; qu’il ne savait qui il pourrait commettre pour les instruire et diriger, et qu’il faudrait un ange pour cela, à cause de la difficulté qu’il voyait que ces jeunes enfants feraient pour s’adonner, comme il serait à désirer, à la pratique des vertus chrétiennes, selon ce qu’il en remarquait par leur esprit; qu’il était en doute si on les ferait étudier, ou si on leur ferait apprendre un métier; que les Pères jésuites ont toujours fait grande difficulté d’admettre des personnes de ces pays-là des Indes pour être promus aux ordres sacrés, à cause qu’ils ont reconnu que les hommes de ces pays-là ne sont pas assez doués d’ordinaire des qualités requises à un prêtre, et qu'ils n’y ont admis que ceux qui étaient enfants ou d’un père ou d’une mère qui fût d’Europe. Par exemple, un Portugais qui était aux Indes aura épousé une femme indienne; ou un homme indien, une femme portugaise; des enfants nés de ces mariages-là ont été admis et même titrés et reçus parmi eux quelquefois.

Nota que le plus grand des enfants nègres, et qui ne sait pas lui-même son âge, paraît avoir environ quinze

tions d’oraison, f° 30, la seconde du Recueil de diverses exhortations i p. 107.

ou seize ans; il n’est point encore baptisé. Pour les trois autres, qui sont plus petits et plus jeunes, ils ont été baptisés en leur pays par feu M. Nacquart, prêtre de la Mission, qui est le premier de la Compagnie qui est allé aux Indes, accompagné de feu M. Gondrée, aussi prêtre de notre Compagnie.

Un frère coadjuteur 1 s’étant accusé publiquement de quelque faute, M. Vincent dit :

Ah! mon frère, il est vrai que c’est une grande faute, grande faute et que je ne sais pas qui se commette même parmi les pauvres gens du monde ; déchirer un habit ! déchirer un don qu’on vous fait ! Eh ! vous devez vous réjouir s’il n’était pas tel que vous le désiriez! Mais le mettre en pièces ! O Sauveur ! ô mon frère ! grande faute ! grande faute! humiliez- vous-en bien. A-t-on jamais vu qu’un homme des champs, un paysan ait déchiré l’habit qu’on lui donne, pour pauvre qu’il soit ! Et vous, mon frère, vous déchirez un habit qu’on vous donne; peutêtre en avez-vous besoin, et au lieu de vous en servir, quel qu’il fût, et de l’agréer de bon cœur, vous le déchirez! Ah! mon pauvre frère, grande faute! humiliez -vous-en bien.

Mais cette faute ne viendrait-elle pas d’une autre faute, plus grande encore, que vous aviez commise le jour auparavant? O mon frère, le dirai-je? O Sauveur, le dirai-je? le pourrai-je bien dire sans rougir? Ah! mon frère, j’en suis coupable ainsi que vous, pour ne vous avoir pas donné de bonnes instructions. Le pourrai-je bien dire? Il faut que j’en avale la confusion aussi bien que vous, parce que j’en suis coupable. Mon frère, avant-hier vous bûtes avec excès, jusqu’à le faire

i. Dans les communautés, les frères coadjuteurs forment une categorie distincte des prêtres et des clercs; à eux sont confiés les travaux manuels : propreté, cuisine, couture, menuiserie, etc.

paraître, en venant de dehors. O Sauveur, prendre trop de vin jusqu’à le faire paraître! faire les actions d’un homme ivre! O misérable! c’est moi, pécheur, qui suis la cause de ce désordre ; et cela ne serait pas arrivé sans les péchés de ce misérable. O mon frère, soyons-en bien confus tous les deux! Après cela, vous vous couchâtes dans la cuisine devant nos frères; quel exemple aux nouveaux ! Que diront-ils de vous ? que diront-ils de moi d’avoir de telles personnes dans la Mission? Vit-on comme cela ici? Quoi! on y entretient et supporte de tels vices ! O Sauveur, quel scandale aux nouveau venus ! Quel scandale ! O Messieurs, priez pour nous; ô mes frères, ayez compassion de notre frère et priez pour nous supporter. Il est notre frère; pour l’amour de Dieu, ayons pitié de sa misère. Ah ! mon pauvre frère, il faut sans doute que cela vienne d’ailleurs; on ne tombe tout d’un coup dans ces grosses fautes qu’en punition d’autres manquements. O mon frère, vous vous en êtes, Dieu merci, souvent humilié; mais il faut que vous vous relâchiez, que vous soyez infidèle à Dieu ! Ah ! que ferons-nous maintenant, mon frère? Vous avez des défauts, vous avez des passions et vous vous y laissez aller après toutes ces humiliations, prières, recommandations, résolutions que vous en avez faites! Oue ferons-nous maintenant? Ou’est devenu cet esprit d’humilité? Que sont devenues toutes ces recommandations? Que sont-elles devenues? Où sont maintenant toutes ces protestations? Où sont-elles, mon frère? Où sont ces résolutions que vous avez faites de bien servir Dieu? Qu’est devenu tout cela? O mon pauvre frère ! Et que deviendra cette humiliation que vous faites maintenant? Oue deviendra cette confusion que nous buvons? O mon frère, changerez-vous pour cela? Nous le devons espérer, puisque Dieu vous a fait la grâce de vous humilier. Prenez en gré cette confusion

Soi

devant tous et offrez-la-lui pour votre satisfaction. Nous prierons Dieu pour vous et nous espérons qu’il vous donnera, si vous le voulez, la grâce de mieux faire à l’avenir.

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