‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 222 sur 280 · SUR LES AVERTISSEMENTS · texte numérisé non relu

SUR LES AVERTISSEMENTS

Parlant à la fin de la conférence, qui consistait en deux points : le premier, des raisons que la Compagnie avait de bien recevoir et faire bon usage des avertissements qui étaient donnés tant en général qu’en particulier; au second point, des moyens de bien recevoir et faire bon usage de ces avertissements; M. Vincent dit entre autres choses que cette pratique, en la Compagnie de la Mission, est un trésor pour la même Compagnie et qu’elle doit faire tout son possible pour le bien conserver, et demander à Dieu la grâce de ne l’en point priver; que Dieu veut que le frère avertisse le frère lorsqu’il faillira, afin qu’il se corrige; qu’il a commandé à un chacun d’avoir soin de son prochain. Hélas! Messieurs et mes frères, dites-moi, je vous prie, une personne peut-elle avec raison trouver mauvais qu’on l’avertisse qu’elle a une tache au visage, que son habit est gâté? Non sans doute, elle en sera bien aise. Ainsi pourquoi trouverons-nous mauvais qu’on nous avertisse de nos défauts? Non, certes; au contraire, il en faut être bien aise, demander même à nos frères qu’ils nous fassent cette charité.

Oui, mais, dira quelqu’un, un tel dit que j’ai fait telle faute, et cependant cela n’est pas; ou bien il a ajouté quelque chose qui n’est pas comme la chose s’est passée. — Je réponds à cela que la chose est ainsi ou non ; je veux dire quelle est vraie ou ne l’est pas. Si elle est vraie, nous n’avons pas sujet de trouver mauvais qu’on nous en avertisse; au contraire, nous nous devons humilier et nous corriger. Si elle n’est pas vraie,

Entretien 151. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 40.

eh bien î voilà une occasion que la divine Providence nous présente pour souffrir et pratiquer un acte de vertu héroïque. Que si l’on exagère un peu trop et que P on dise quelque circonstance qui ne soit pas arrivée, comme on Y a dit en l’avertissement, il faut de même souffrir cela patiemment. Le Fils de • Dieu, qui était P innocence même, dites-moi, mes frères, comment a-t-il souffert les avertissements et les fausses accusations qu’on lui a faits? Vous le savez, je n’ai que faire de vous le dire. Et pourquoi donc serions-nous si chétifs et si misérables que de ne vouloir pas souffrir les avis qui nous sont donnés!

Il y a une personne dans la Compagnie 1 qui, étant accusée d’avoir volé son compagnon et ayant été publiée pour telle dans la maison, quoique la chose ne fût pas vraie, ne voulut pourtant jamais s’en justifier, et pensa en elle-même, se voyant ainsi faussement accusée : « Te justifieras-tu? Voilà une chose dont eu es accusée, qui n’est pas véritable. Oh ! non, dit-elle, en s’élevant à Dieu, il faut que je souffre cela patiemment. » Et elle le fit ainsi. Qu’arriva-t-il ensuite? Messieurs, voici ce qui arriva. Six mois après 2, celui qui avait volé étant à cent lieues d’ici, reconnut sa faute et en écrivit et demanda pardon. Voyez-vous, Dieu veut quelquefois éprouver des personnes, et pour cela il permet que semblables rencontras arrivent.

Mais je veux même que la chose dont un supérieur, par exemple, avertit une personne » ne soit pas entièrement véritable. Il se peut que le supérieur qui fait cet avertissement sache bien cela aussi, mais qu’il veuille éprouver son inférieur et voir s’il sera propre à un tel

1. Saint Vincent lui-même. (Cf. Abelly, of. cil., 1. I, chap. v, p. 21.)

2. « .Six ans », dit ailleurs le saint, d’après Abelly, ibid., p. 23.

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