‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 254 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON DU 24 AOUT ib5y · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON DU 24 AOUT ib5y

Maladie de Nicolas Duperroy. — Prix des souffrances qu’on supporte avec esprit de foi. — Les bienheureux voient au ciel les bonnes oeuvres que font sur terre ceux qui leur sont chers.

M. Vincent, parlant sur le sujet des souffrances de cette vie et particulièrement sur celui des maladies, nous dit, après avoir recommandé aux prières de la Compagnie le bon M. Duperroy, qu’il était entre les mains des chirurgiens pour se faire panser d'un mal que la seconde peste qu’il a eue lui a laissé, en sorte que quelques côtes se sont trouvées cariées, auxquelles il fallait mettre le feu; et néanmoins il souffrait tous ces maux avec tant de patience qu’à peine l’entendaiton se plaindre.

Comme je considérais le traitement avec lequel il plaît à Dieu éprouver ce sien serviteur, je disais en moimême : « Est-ce là, Seigneur, la récompense que vous donnez à vos serviteurs, à cet homme en qui nous n’avons jamais remarqué la moindre faute, à celui qui est demeuré ferme comme un rocher au lieu où votre divine Providence l’avait mis, nonobstant toutes ces calamités de guerre, peste et famine? » Cependant voilà comment Dieu traite ses serviteurs. Oh! qu’il faut bien dire, Messieurs et mes frères, que Dieu se plaît merveilleusement à voir souffrir une âme qui endure patiemment pour l’amour de lui !

Je vis hier une hile qui est malade depuis plusieurs mois, laquelle souffre avec une patience si grande, qu’à

Entretien 169. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 56 v®.

la voir, a son visage, vous diriez qu’elle ne souffre rien, tant elle paraît contente; et cependant son mal est bien grand, et elle a un mal de tête continuel; c'est une bile qui est sortie de la religion à cause de quelqu’inbrmité. Mais je vous promets, Messieurs, qu’il me semblait voir sur ce visage un je ne sais quel brillant qui me faisait connaître que Dieu résidait en cette âme souffrante. Pensez- vous combien cet état est agréable à Dieu, puisque son propre Fils a voulu que toutes les actions saintes et héroïques qu’il a pratiquées pendant le cours de sa vie, fussent couronnées par la souffrance 1 ! Ce qu’il a fait en donnant sa vie pour tous les hommes. Oh ! l’heureux état que celui de souffrir pour Dieu !

J’étais, il y a 3, 4 ou 5 jours, dans une chambre qui est tout entourée de miroirs, en sorte que, de quelque côté que l’on se tourne, on ne voit que miroirs, et l’on ne saurait rien faire que ce ne soit vu et représenté dans ces miroirs, pas même le mouvement d'un doigt, ces miroirs faisant voir jusqu’à la plus petite action qui se passe. Voyant cela, je me disais à moi-même : « O mon Dieu, si, par le moyen de ce verre, qui ne provient que de terre, car le verre se fait avec du sable et des cailloux que l’on fait dissoudre par le moyen d’une certaine racine, si, dis-je, nous voyons, par le moyen de ces glaces, jusqu’à la moindre action qui se fait dans la chambre, que ne voient pas les bienheureux en Dieu, qui remplit tout et en qui toutes choses sont renfermées ! » et ainsi toutes les bonnes œuvres des fidèles, tous ces actes de patience, de conformité au bon plai-

1. Abelly rend ainsi ce passage (1 o-p. cit ., 1. IIÏ, cliap. vi, p. 5*)^

<c Combien est-il agréable à ses yeux, puisque son propre Fils a voulu couronner les actions héroïques de sa sainte vie d’un excès de douleurs qui l’ont fait mourir ! »

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sir de Dieu et tant d’autres actions de vertu, tout cela,, dis-je, jusqu’à la moindre action, se voit en Dieu par les bienheureux, principalement les actes de vertu; et de là vient que saint Augustin dit qu’une des consolations que Dieu donne là-haut au ciel aux bienheureux qui ont des parents et amis ici-bas en terre, c'est de leur faire voir les actions de vertu qu’ils y pratiquent, par exemple, l’intention que nous avons en faisant l'oraison, la ferveur d’esprit, la composition du corps, et ainsi jusqu’à la moindre action de vertu que nous faisons; et ils regardent les douleurs que ces âmes souffrantes attachées à la croix endurent pour l’amour de Dieu, comme autant de brillants qui donnent un certain éclat.

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