‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 262 sur 280 · SUR LES VERTUS DE MATHUR.N DE BELLEVILLE · texte numérisé non relu

SUR LES VERTUS DE MATHUR.N DE BELLEVILLE

A la conférence, qui était sur les vertus de feu M. de Belleville, prêtre de la Compagnie, dont il est parlé ci-devant et qui est mort en allant à Madagascar, notre très honoré et bienheureux Père prenant la parole après deux de nos frères clercs, qui rapportèrent ce qu’ils avaient remarqué des vertus de ce bon défunt, qui étaient, entre autres, l’humilité, la douceur, la cordialité, la mortification, le mépris de soi-même et le zèle des âmes, dit que ce que nosdits frères venaient de dire était vrai et que cela lui avait toujours paru de la sorte en ce bon défunt. Ensuite il dit que ledit sieur de Belleville était gentilhomme d’extraction, de Normandie, qu’il s’était fait prêtre avant d’entrer dans la Compagnie, qu’on l’envoya à Madagascar, quoiqu’il y eût peu de temps qu’il fût en la même Compagnie, parce qu’il lui parut fort vertueux. Il avait demandé avec grande instance à entrer en la Compagnie, qui le reçut à cause de sa grande dévotion et de son humilité, malgré son peu de science.

Et de là M. Vincent prit sujet d’encourager ceux de la Compagnie qui avaient peine à comprendre la philosophie, la théologie et autres sciences, disant que ceux qui se trouvaient en cet état devaient prendre courage et espérer que Notre-Seigneur y suppléerait d’ailleurs,

Entretien 173.

Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 61.

qu’il se sert pour l’ordinaire de personnes peu considérables pour opérer de grandes choses; qu’il y en a plusieurs dans la Compagnie que l’on avait eu beaucoup de peine à admettre et qui aujourd’hui sont de très bons sujets, parmi lesquels quelques-uns sont supérieurs et conduisent leur petite famille avec beaucoup de prudence et de douceur; en sorte qu’il y a sujet de louer Dieu et d’admirer quant et quant ses conduites sur ces personnes-là.

Ensuite M. Vincent dit, adressant la parole principalement aux prêtres et à ceux qui avaient le bien de conduire et de diriger les exercitants dans les retraites spirituelles qui se font céans :

Messieurs, prenez garde, vous autres qui conduisez les exercitants, à ne point les déterminer à entrer dans la Compagnie, mais seulement à les côtoyer dans leurs bons desseins, à les aider à se déterminer aux lieux où ils sentent que Dieu les appelle. Laissons faire Dieu, Messieurs. Jusqu’à présent, par la miséricorde de Dieu, on en a usé ainsi dans la Compagnie ; et nous pouvons dire qu’il n’y a rien jusqu’ici dans la même Compagnie, que Dieu ne l’y ait mis; nous n’avons demandé ni maisons ni établissements, mais nous avons tâché de correspondre aux desseins de Dieu; et lorsqu’il nous a appelés en ce lieu-là et en celui-ci, en cet emploi et en cet autre, nous avons tâché d’y aller et de coopérer de notre côté autant que nous avons pu \

1. Le passage qui précède, depuis les mots « mais seulement à les côtoyer dans leurs bons desseins » est rendu tout différemment par Abelly ( o-p . cit., 1. 1, chap. xxxiv, p. 159) : « Bien davantage, quand même ils vous découvriraient qu’ils en ont la pensée et qu’ils vous témoigneraient qu'ils y ont inclination, gardez-vous bien de les déterminer de vous-mêmes à se faire missionnaires, en le leur conseillant, ou les y exhortant. Mais alors dites-leur seulement qu’ils recommandent de plus en plus ce dessein à Dieu, qu’ils y pensent bien, étant une chose fort importante. Représentez-leur même les difficultés qu’ils y pour-

Au nom de Dieu, Messieurs, tenons-nous-en là, je wous en prie, et laissons faire Dieu, nous contentant de coopérer avec lui. Et croyez-moi, Messieurs, si la < Compagnie en use de la sorte, sa divine Majesté la bénira. Et ainsi contentons-nous des sujets que Dieu nous enverra. Si nous voyons qu’ils ont la pensée de se retirer ailleurs que dans la Compagnie, je veux dire en quelque sainte religion ou communauté, ne les en empêchons pas; autrement, il y aurait grand sujet de craindre que Dieu ne châtiât la Compagnie pour vouloir avoir ce qu’il ne veut pas qu’elle ait. Et dites-moi, si la Compagnie n’avait été dans l’esprit que je viens de dire, qui est de n’affecter point d’autres personnes, ^quelques rares esprits qu’ils soient, sinon ceux qu’il plaît à Dieu y envoyer et qui en ont eu le désir longtemps auparavant, les Pères Chartreux et les Pères de Sainte-Geneviève nous enverraient-ils, pour faire retraite céans, comme ils font, quantité de jeunes gens qui ont la pensée de se faire ou Chartreux ou chanoines réguliers? Vraiment ils s’en donneraient bien de garde. Quoi ! voilà, par exemple, un jeune homme qui a la pensée de se faire Chartreux; on l’envoie ici pour conférer avec Notre-Seigneur par le moyen d’une retraite, -et vous l’iriez persuader qu’il faut qu’il demeure céans, parce que peut-être c’est un jeune homme de bel esprit ! Et qu’est-ce que cela, Messieurs, sinon vouloir avoir ce

ront avoir selon la nature, et qu’il faut qu’ils s’attendent, s’ils embrassent cet état, de bien souffrir et de bien travailler pour Dieu. Que si, après cela, ils prennent leur résolution, à la bonne heure ; on peut les faire parler au supérieur, pour conférer plus amplement avec eux de leur vocation. Laissons faire Dieu, Messieurs, et nous tenons humblement dans l’attente et dans la dépendance des ordies de sa Providence. Par sa miséricorde, l’on en a usé ainsi dans la Compagnie jusqu’à présent, et nous pouvons dire qu’il n y a. r:en en elle que Dieu n’y ait mis, et que nous n’avons recherché ni hommes, ni biens, ni établissements. »

qui ne nous appartient pas, vouloir faire qu’une personne entre dans une Compagnie où Dieu ne la veut pas, où Dieu ne l’appelle pas et à quoi elle n’a point pensé? Et qu’est-ce encore autre chose sinon attirer la disgrâce de Dieu sur la Compagnie? O pauvre Mission! O pauvre petite Compagnie de la Mission! que tu tomberas en un pitoyable état si tu en viens là ! Prions Dieu, Messieurs, prions Dieu, mes frères, qu’il confirme de plus en plus la grâce qu’il a faite à la Compagnie jusqu’ici, de ne vouloir autre chose que ce qu’il a agréable qu’elle ait, de ne nous ingérer de nousmêmes en aucun emploi, quel qu’il soit, mais d’attendre l’appel de sa divine Majesté.

Et puis, revenant au bon défunt M. de Belleville, M. Vincent dit qu’il avait une relation véritable de ce qui s’était passé en sa maladie et en sa mort, qui avait été écrite par défunt M. Dufour, qui est mort depuis à Madagascar. Il en ht lecture d’une partie; mais, l’heure de la retraite ayant sonné, il cessa de continuer à la lire et finit la conférence par un De profundis pour le repos de l’âme du bon défunt.

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