‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 97 sur 280 · SUR L’ENVIE · texte numérisé non relu

SUR L’ENVIE

Monsieur Vincent dit qu’il n’y avait que ce vice qui pût ruiner la Compagnie; que tous les accidents extérieurs, ni toutes les attaques du diable n’y pourraient faire brèche; qu’il était à craindre que dans l’Eglise il se formât un schisme, à cause de l’envie; que cela pouvait être cause que Notre-Seigneur retirerait son esprit des clercs pour le communiquer aux laïques; qu’il fallait terrasser ce vice-là par l’humilité et par la charité, et que nous faisions les vertus d’autrui nôtres par l’amour, tandis que ceux qui portent des vertus et en sont orgueilleux, sont comme ces mulets qui portent de l’or et de belles tapisseries, mais c’est pour autrui.

Les motifs. — i° Les deux causes de la mort de Jésus, c’est l’envie du diable et l’envie des Juifs.

2° Etre envieux, c’est trouver à redire à l’ordre de Dieu, car, en effet, si l’on se fâche de ce qu’un autre est mieux partagé que soi, on n’attaque pas tant celui qui a ces avantages, que celui qui les donne; c’est pourquoi Dieu nous peut dire : An oculus tuus neqnam est , quia ego bonus sum * 1?

3° Envier, c’est s’attrister de ce que le sang de Jésus- Christ n’est pas inutile, car à lui sont dues toutes les grâces, tant spirituelles que naturelles, au lieu que par notre péché nous méritons l’enfer.

Entretien 80 — 'Recueil de diverses exhortations 3 p. 31.

1 Evangile de saint Matthieu XX, 15.

Page 1