‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 10 sur 138 · Deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens IV · texte numérisé non relu

Deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens IV

rer, se mordre les lèvres pour s’empêcher de parler. Tout ainsi, pour les mouvements d’impatience, ne se laisser jamais aller à faire ou dire ce que la passion nous propose, regarder à quoi chacune est plus portée par ses inclinations, et après, se résoudre à les mortifier courageusement. Si vous le faites, mes chères sœurs, voilà le vrai chemin de la sainteté et la clef de la perfection des Filles de la Charité.

Mademoiselle, vous plaît-il nous dire vos pensées ?

■ — Une raison est que, comme chrétiennes, nous devons mortifier en nous ce qui vit, hors la grâce. La deuxième est que rien ne ravale tant la créature raisonnable que l’usage des passions contre les desseins de Dieu son créateur. Et une troisième est que rien ne paraît si méprisable aux personnes de raison que l’usage déréglé de ses sens et passions.

La mortification des sens consiste particulièrement à n’en point user contre l’ordre pour lequel Dieu nous les a donnés, en user avec tempérance et s’en servir pour faire plusieurs pratiques de mortification. Celle des passions consiste à ne s’en servir que pour nous porter à faire toutes choses avec raison et justice, pour nous exciter à l’amour de Dieu et du prochain.

Les moyens dont j’ai résolu de me servir sont, premièrement, la pensée du tort que nous faisons. De semblables à Dieu que nous devons être par le bon usage de nos passions, nous nous rendons semblables aux bêtes et même pires, quand nous nous laissons emporter à la malice de la nature humaine.

En second lieu, j’ai pensé que je devais faire une garde soigneuse de mes passions et de mes sens, pour îv en être point surprise.

En troisième lieu, j’ai cru pouvoir être aidée à me surmonter par la considération que toutes les personnes à qui j’aurai à faire ont, aussi bien que moi, l’usage des

sens et des passions, et que la charité m’oblige à ne les pas porter à en faire mauvais usage.

Le quatrième moyen est de penser souvent aju mauvais usage que j’en ai fait toute ma vie, pour avoir la défiance de moi -même, de recourir à Dieu avec confiance et de lui demander force.

— Or sus, Dieu soit béni, mes chères sœurs ! Ne vous semble-t-il pas que vous désirez quelque occasion de vous mortifier, pour témoigner à Dieu que vous lui serez fidèles dans cette pratique? Oui, je crois que chacune se résout à cela, nonobstant l’expérience que vous avez de vos faiblesses, qui vous obligent d’avoir recours à Notre-Seigneur, qui vous fera la grâce de faire profit de tout ce que je viens de dire; ce que je lui demande pour vous. C’eîst de tout mon cœur, mon Sauveur, que je vous le demande. Mettez en nous l’esprit de la sainte mortification. Faites, Seigneur, que nous ne vivions plus en bête, mais en créature raisonnable. Nous vous le promettons. Mais, parce que cela dépend de vous, je vous supplie, par votre sainte vie, toute remplie de mortification intérieure et extérieure, de nous faire cette grâce.

Benedictio Del Patris...

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