SUR L’ESPRIT CACHÉ
Mes sœurs, le sujet de cette conférence est de l’esprit caché, c’est-à-dire un démon ou un vice qui nous empêche d’ouvrir notre cœur quand il le faut, à qui il faut et comme il le faut.
Entretien 66. — Cahier écrit par sœur Mathurine Guérin. (Arch. de» Filles de la Charité.)
Le premier point est des raisons qui nous obligent de nous donner garde de cet esprit caché; le deuxième, des personnes qui ont cet esprit caché; le troisième, de ce qu’il faut faire pour chasser cet esprit.
Ma sœur, dites-mous les pensées que vous avez eues sur ce sujet.
— Mon Père, premièrement il m’a semblé que l’esprit caché est ce qui nous empêche de dire nos peines, quand nous en avons, à nos supérieurs; et faute de nous déclarer, nous pouvons perdre notre vocation.
— Ma fille, vous avez raison; il en arrive de grands maux. Cet esprit caché mène à perdition. Mais, pour rendre ceci plus clair, sachez qu’il y a des personnes qui ont disposition à dire tout ce qu’elles ont dans le cœur presque à toutes sortes de personnes. Il y en a d’autres qui sont retenues, ne parlent que bien à propos, ne disent pas ce qu’elles pensent à toutes personnes, disent ce qu’il faut, mais savent bien taire ce qu’il n’est pas permis de dire.
Pour comprendre la vérité de ce que je dis, représentez-vous celles qui entre vous sont bien sages. Ce n’est pas que toutes ne soient retenues; mais il y en a toujours de plus discrètes, de qui nous pouvons prendre exemple. Voyez donc comme celles que vous estimez plus prudentes se comportent : elles parlent peu et bien à propos; elles laissent les autres dire et aiment mieux écouter leurs sœurs que tant discourir. On peut juger la différence de ces deux esprits, qui sont tous deux cachés, comme vous allez voir.
Il y a donc un autre esprit caché, et les personnes qui l’ont disent, comme vous venez d’entendre, fort facilement toutes choses, fors ce qu’il faut. Par exemple, les Filles de la Charité qui auraient cet esprit, quand elles se trouveraient avec les gens du monde, diraient de fort bonnes choses; mais, quand il sera question de décou-
vrir ses pensées à son directeur, elles ne diront rien de ce qui les touche. Avec ceux à qui elles ne devraient pas communiquer elles diront merveilles; mais, pour leurs supérieurs, elles ont la bouche close. Dans la conversation, elles sont fort étendues pour parler de choses indifférentes et temporelles; mais, pour le spirituel, l’on ne’ peut en tirer une parole.
Or, il faut savoir que nous ne parlons point en cette conférence de celles qui ont l’esprit caché pour ne pas se découvrir à toutes personnes et qui savent taire ce qu’il ne faut pas dire; car c’est un fait de prudence et de vertu, qui est à louer plutôt qiu’à blâmer. Nous parlons de celles qui ne veulent point ouvrir leur cœur à qui il faut et comme il faut. Ce vice est un démon dans l’âme, car il y a un démon qui a charge de tenter toutes les religieuses, toutes les âmes qui se! doivent communiquer, et les Filles de la Charité, afin qu’elles tombent dans ce péché. Quand elles ne lui résistent pas. dès le commencement, il s’empare de leur cœur, fait qu’elles lui gardent le secret et enfin les rend muettes.
D’autres âmes ont un esprit de candeur, ouvert, simple, et disent non seulement leurs fautes à leurs supérieurs, mais seraient bien aises que tout le monde les sût. Ah ! qu’elles ont sujet de remercier Dieu ! Je reçus hier soir une lettre, que l’on m’envoya de cent cinquante lieues d'ici. C’est un prêtre de la Mission qui me rend compte d’une mission qu’ils ont faite dans ce pays. Il me mande qu’une femme fut si touchée, après avoir entendu la prédication, et se confessa avec tant de douleur qu’elle lui dit : « Monsieur, j’ai tant de regret de mes péchés et suis si confuse de ma chétive vie passée que je souhaiterais que tous mes péchés fussent écrits sur mon visage, afin que tout le monde les pût lire. » Que j’ai été consolé, mes sœurs, d’entendre cela de cette bonne femme! Qui pensez-vous qui lui .a fait la
grâce d’avoir cette disposition? C’est Dieu, par le ministère de ce bon ange, qui donne facilité aux Filles de la Charité de dire leurs fautes. Ah! mes sœurs, ce sont les bons anges, tout de même que les mauvais empêchent de les découvrir. Mais notez bien cette différence, que nous ne' parlons point de celles qui sont prudentes, mais de celles qui sont cachées quand il faudrait paraître, de celles qui disent bien leurs peines à leurs sœurs et à ceux qui ne les peuvent soulager, et qui n’en veulent pas parler à leurs supérieurs. Or, je vous demande, ma sœur, quels grands maux cause cela ?
— Mon Père, il me semble que le plus grand mal qui puisse arriver de cet esprit, c’est la perte de la vocation.
- — - Vouis avez raison, ma fille, une sœur qui n’est pas libre de dire ses peines est en grand danger de ne pas persévérer. Dès lors quelle craint que l’on sache ce qu’elle a dans le cœur et qu’elle dit à ses sœurs : « Gardez-vous bien de le dire à Mademoiselle Le Gras ou à M. Portail », dès lors, mes sœurs, vous devez croire que ,1e démon commence à se rendre maître de son cœur. C’est tout de même qu’un méchant garçon qui a envie de tromper une pauvre fille. Que fait-il ? Il lui propose des merveilles ; mais à même temps il lui défend d’en parler. « Gardez-vous bien de le dire à votre père et à votre mère; si vous le faites, je' ferai ceci, je ferai cela », et le reste. Pourquoi pensez- vous que ce méchant la menace, si elle le dit? C’est qu’il sait bien que, sd le père et la mère le savaient, ils y mettraient empêchement.
Le diable fait tout de même quand il tente une sœur, ou de changer, ou d’être vue, estimée et de quelque autre mal. Il lui dit : « Ne le dites pas, gardez-vous bien de le dire à M. Vincent ou à Mademoiselle Le Gras. » Si elle le' fait, elle obéit à ce démon, qui ne se contente pas de lui faire garder le secret, mais met
encore dans son esprit la disposition qui a été dite, pour La faire se découvrir à ses sœurs et aux personnes du monde. Or, de dire ses peines et ses tentations à une sœur, à une personne du monde, oela n’est rien, parce qu’ils n’ont pas grâce pour servir en cette affaire. Au contraire, ils surchargeront plutôt, et, si vous allez à eux avec une peine ou tentation, vous en reviendrez avec deux ou trois. Comment voulez-vous qu’ils vous guérissent, puisqu’ils sont malades eux-mêmes ? Vous allez à une hile lui découvrir votre cœur, lui dire quelque mécontentement que vous avez reçu, que Mademoiselle ou une telle sœur vous a contristées, et cette hile a déjà l’esprit mal fait, choqué, aussi bien que le vôtre. Et vous penseriez y trouver du soulagement ! Et ce démon vous fait accroire que vous y trouverez de la consolation! C’est ce qui ne se peut, mes sœurs, encore bien qu’il vous semble; c’est une tromperie du diable, qui séduit ainsi le monde. Voilà, ma hile, ce que vous avez dit, que l’esprit caché, s’emparant d’une sœur de la Charité, la met en danger de perdre sa vocation.
Et vous, ma sœur, quelle autre raison avez-vous pensée qui oblige les Filles de la Charité d’avoir le cœur ouvert pour dire leurs fautes à M. Portail, à Mademoiselle Le Gras ou à moi ?
— Mon Père, la première que j’ai vue, c’est que, si nous ne disons pas nos peines, il n’y a pas moyen de nous soulager. Je crois qu’il ne peut point arriver de plus grand mal de l’esprit caché que celui-là, d’autant qu'il n’y a point de conduite à une personne qui ne se communique pas, les supérieurs ne pouvant pas savoir ce que nous avons dans l’esprit, si nous ne leur disons.
— Ma hile, vous avez raison. Ce n’est pas vous qui le dites; c’est le Saint-Esprit qui l’a mis dans votre bouche. Il dit dans la Sainte Ecriture : a II n’y a point de direction pour les personnes cachées. x> Il n’y
a point de moyen d’aider line personne qui a le venin au cœur et qui ne le veut pas dire; tout de même que, si, ayant reçu un coup de poignard qui vous a fait une plaie mortelle, vous ne le découvrez, il n'y a pas moyen de la guérir. C’est pourquoi, mes sœurs, quand vous verrez des filles qui ne se veulent pas déclarer à qui il faut, dites qu’elles sont possédées de ce démon, et par conséquent fort en danger.
Ma fille, à quoi peut-on connaître qu’une sœur a cet esprit ?
— Mon Père, quand l’on voit une fille qui a l’esprit inquiet, triste et abattu, cela montre qu’elle a l’esprit caché.
— Notre sœur dit bien, voyez- vous. C’est une marque que l’on a dans l’intérieur quelque chose que l’on ne veut pas découvrir, quand l’on est triste et chagrin; car une âme qui n’a rien de caché, qui a un cœur ouvert, n’est guère sujette à cela. La joie du Saint-Esprit ne loge point dans un esprit caché. Quand une personne s’est confessée et a déclaré son péché, elle a grande paix et repos. D’où vient ce changement? C’est qu’elle a découvert la plaie, et, ce faisant, en a reçu le remède. Ma sœur a donc donné une bonne marque pour reconnaître celles qui ont cet esprit. Quand vous voyez une fille inquiète, chagrine, fâcheuse en sa conversation, soupçonneuse, dites : « Assurément le diable s’est emparé de cette fille. »
Si le temps nous le permettait, je crois, mes sœurs, que vous nous diriez bien d’autres raisons. Mais, pour abréger, je m’en vais vous en dire quelques-unes, dont la première est ce que je vous ai dit, qu’il n’y a aucun moyen de diriger une âme qui ne se communique point. C’est un puissant motif pour nous faire fuir ce vice.
Voyons les marques pour le connaître. Si une personne, en confession, déguisait son péché pour le rendre
moins difforme qu’il est, voilà qui se peut appeler esprit caché ; qui est un très grand mal.
Une autre marque, c’est lorsque une hile a peine de découvrir son cœur hors la confession. Si je lui demande : « Ma sœur, comment êtes-vous de cette tentation ? » et que, feignant de dire l’état où elle est, elle me réponde : « Monsieur, si vous me demandez cela en la confession, je vous le dirai, mais, à cette heure, je ne puis pas », c’est une marque d’esprit caché; ou si, disant quelque chose, on ne la dit pas comme elle est.
Une marque encore, c’est de le dire librement aux sœurs. Une hile qui a quelque tentation, si elle a cet esprit, ira, si elle en sait de mal contentes, se découvrir à elles. Et voilà le malheur. De là viennent les murmures et les plaintes.
C’est encore une marque d esprit caché de ne pas dire tout au commencement la tentation que l’on a contre la vocation. On dira bien à son directeur ou à ses supérieurs sa peine, mais le plus tard que l’on peut et lorsque bien souvent il n’y a point de remède. Quand l’on ne recherche pas le secours à point nommé, on ne le trouve pas par sa faute. Par où vous voyez que ce n’est pas assez d’ouvrir son cœur, si on ne le fait quand il faut, c’est-à-dire de bonne heure.
Il y a bien d’autres marques de cet esprit. Vous les connaîtrez en vous-mêmes, si vous vous examinez, au moins celles qui en seraient entachées.
Disons un mot des moyens pour se' défaire de ce démon. Si vous me demandez, mes sœurs, ce qu’il faut faire pour sortir de cela, je vous répondrai ce que Notre - Seigneur répondit à ses disciples qui n’avaient pu guérir un enfant sourd et muet. Comme ils lui en demandaient la cause, il leur dit : « Voyez-vous, cette sorte de démons ne se chasse que par l’oraison et par le jeûne. » 1 out de même, mes sœurs, cet esprit caché,
qui est un démon dans l’âme, ne se chasse que par le jeûne et l’ oraison. Si vous le sentez en vous, faites vos oraisons sur ce sujet, ou du moins faites tendre vos résolutions à vous défaire de ce mauvais esprit. De plus, jeûnez quelquefois, ou appliquez-y le jeûne ordinaire que vous faites les vendredis, celui du carême, auquel nous allons entrer. Enfin, mes chères sœurs, suivez le conseil que le Fils de Dieu donna à ses disciples, et dites : « Seigneur, le démon muet qui me tourmente ne se chasse que par ces deux actes de pénitence. Je vous supplie d’agréer mes jeûnes et mes oraisons, que je vous offre, afin qu’il vous plaise de m’en délivrer, en sorte que je n’aie rien de si caché que je ne le dise, pour honteux et abominable qu’il soft. J’ai un coup de poignard dans le sein, dont je veux être guérie, s’il vous plaît. »
Le second moyen consiste à bien considérer le misérable état d’une pauvre fille qui a l’esprit caché; ce qui est pis que d’avoir un démon au corps. Ah ! mes sœurs, que peut-on dire si l’on se voit dans cet état ? « Quoi ! mon Dieu! j’aurai une méchante pensée qui me veut perdre; je la dirai bien à mes sœurs et à ceux qui ne me peuvent aider; mais à mes supérieurs, qui ont grâce pour cela, je ne la leur dirai pas ! ® Et ainsi, connaissant le pauvre état où vous êtes, vous serez excitées à en sortir.
Voilà pour celles qui ont l’esprit caché. Et pour les autres qui ne l’ont pas, qui, au contraire, ont un cœur candide, un esprit ouvert à leurs supérieurs, qui sont prudentes pour ne se communiquer qu’à ceux à qui elles doivent, oh! pour ne pas le perdre, il faut remercier Dieu, qui leur a fait la grâce' d’avoir cet esprit de candeur, et le supplier de le conserver, en sorte que jamais cette vertu ne soit obscurcie par ce1 démon d’esprit caché.
Le troisième moyen, c’est que, quand vous approcherez de vos confesseurs et que vous aurez peine d’ouvrir votre cœur, car la nature répugne toujours au bien, vous imitiez Judith, qui, pressée de couper la tête à Holopherne, commença à frémir de crainte, et, à même temps,, se fortifiant, demanda l’aide de Notre-Seigneur pour venir à bout de son entreprise, pui|S coupa la tête de ce tyran avec sa propre épée. Ainsi, mes sœurs, il faut demander du secours pour abattre la tête à cet Holopherne, je veux dire pour ouvrir votre cœur à votre directeur, et dire : « Seigneur, vous voyez la peine que je sens à me déclarer; aidez-moi, s’il vous plaît. » Voilà ce qu’il faut faire. Et si vous avez quelque peine ou tentation honteuse, dites cela d’abord, parce que c’est ce qui vous donnera force pour dire le reste. Mais la honte d’ordinaire ne manque pas de venir. Le diable nous dit : « Que pensera-t-on de toi? Ah! mon Dieu! que dira-t-on? Quoi! une Fille de la Charité avoir de si horribles pensées! On ne t’estimera plus, si tu dis telle et telle chose. »
O mes filles, c’est tout au contraire ; une vérité dont il ne faut point douter, c’est que les personnes que l’on estime davantage sont celles qui se découvrent librement. Nous en avons un exemple en la Madeleine, qui,, s’étant jetée aux pieds de Notre-Seigneur, lui confessa ses péchés et lui ouvrit tout son cœur. Après, Notre- Seigneur la méprisa-t-il? Point du tout. Tant s’en faut qu’il en eût mauvaise estime; il entreprit sa défense contre le pharisien qui en voulait mal parler.
Mes sœurs, apprenez une fois pour toutes que l’on n’a jamais et qu’on ne peut avoir mauvaise estime des personnes qui disent leurs fautes. Et pour mon particulier, je n’ai point de plus grande consolation que lorsque quelqu’un se découvre et dit l’état de son âme. Si je pouvais aller dans le lieu où demeure cette femme dont
nous avons parlé, j’irais, quand ce serait à dix lieues d'ici, pour avoir la consolation de lui dire : « Bonne femme, vous êtes bienheureuse que Dieu vous ait donné la disposition dans laquelle vous êtes, de désirer que vos péchés soient écrits sur votre front, tant j'estime cet état. » Dites donc à ce démon : « Va, maudit démon, tu me dis que l’on me méprisera, si je dis mes peines, et c’est au contraire, l’on m’en estimera davantage. » Mes chères sœurs, dire qu’une hile est libre pour se découvrir à ses supérieurs, c’est tout dire. Le ciel s’en réjouit, car c’est une sorte de pénitence que cela. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Notre- Seigneur : « Les anges se réjouissent sur un pécheur qui fait pénitence b »■ Or, dire ses peines et tentations, c’est une espèce de pénitence. Enfin vous serez informées pour toujours qu’une personne sincère, candide, ouverte ne peut être trompée par ses ennemis. Qui donc vous empêchera de vous découvrir à vos supérieurs ? Ce n’est pas qu’il le faille faire par ce motif d’être estimées. Dieu nous garde d’y aller jamais par cet esprit!
Vous me pourrez dire : « Oh ! mais, Monsieur, je l’ai dit à mon confesseur; pourquoi le faut-il dire encore à Mademoiselle ? » Voilà qui est bien, mais cela ne suffit pas, il se faut communiquer à ses supérieurs, parce que, comme il ia été dit, l’on ne peut pas diriger sans cela.
Il me semble, mes sœurs, que, cela posé, et vous et moi devons nous résoudre à tout dire à nos supérieurs et que celles qui n’ont pas le cœur ouvert tâcheront de l’avoir dorénavant.
Je prie Notre- Seigneur Jésus- Christ de nous faire cette grâce, et je vous prie de prier les unes pour les
i. Evangile de saint Luc XV, io.
autres, afin que jamais ce démon ne soit le maître de nos cœurs et que nos bons anges, qui nous inspirent' cette ouverture de cœur sa souvent, emportent le dessus. Sauveur de nos âmes, qui aimez tant la candeur et la simplicité, qui nous l’avez recommandée, c’est un don que nous vous demandons pour cette petite Compagnie, et pour toutes les âmes que vous y avez appelées, afin que nous n’ayons point de repos que nous n’ayons dit à nos.supérieurs tout ce qui nous fait peine, que nous n’ayons^, demandé leur conseil et avis dans toutes nos tentations.;. Nous vous prions de nous donner cette grâce.
Mais, mes sœurs, remarquez que ce n’est pas assezz d’ouvrir son cœur à ses supérieurs; il les faut croire et faire ce qu'ils disent, car c’est le principal; autrement,, cela servira de peu
Je ne puis passer sous silence une chose qui m’a attendri, ce matin, à la répétition de l’oraison. Un de nosfrères, qui avait celé une chose et ne l’avait pu découvrir à son confesseur, a e’u la grâce de la pouvoir dire tout*, haut, et de plus dire qu’il était un pauvre et chétif 1 garçon, qui avait été entretenu aux écoles par les aumônes de la paroisse; ce qu’il n’avait point découvert! jusqu’alors, quoiqu’il en eût souvent eu la pensée. Quand j’ai entendu ce garçon se déclarer avec tant de force,, il faut que j’avoue que j'ai senti un surcroît d’ affection i pour lui et al jugé de là que Dieu lui fera la grâce d’être un grand saint; oui, mes sœurs, parce qu’il ne faut quelquefois qu’un acte de vertu héroïque pour cela, pour donner la force à une âme d’en faire un million d’autres. Je vous ai dit cela pour vous confirmer dans la; croyance que c’est une bonne marque quand une âme dit ses fautes.
Mademoiselle, vous ne nous avez pas dit vos pensées.
— Mon Père, l’interprétation de l’esprit caché nous fournit plus d’une raison pour nous en donner de garde,
nous faisant entendre que c’est un démon caché en l’âme, qui nous peut faire beaucoup plus de mal que la possession des esprits malins dans le corps, T un regardant la vie éternelle et l’autre la vie temporelle seulement.
Une autre raison est que, si nous agissons par cet esprit caché, c’est, en quelque manière, éteindre la lumière que Notre- Seigneur est venu allumer dans lies âmes.
Une autre raison est que les personnes qun agissent avec cet esprit caché sont très fâcheuses et pénibles à celles avec qui elles sont, et courent grand danger que l'esprit d’orgueil ne prenne un grand ascendant sur leur imagination, en sorte que, pour s’être voulu cacher à autrui par son motif, quoiqu’inconnu, elles sont tellement cachées à elles-mêmes qu’elles ne se peuvent faire connaître; et ainsi cela les empêche de recevoir les avertissements dont elles ont besoin.
Quoiqu’il y ait des tempéraments au corps qui peuvent être disposés naturellement à ne se pouvoir découvrir, ni expliquer, néanmoins je pense que les passions appètent davantage cette tentation, particulièrement l’orgueil, qui nous met en l’esprit de ne pas dire telle ou telle chose, crainte que l’on en tire conséquence, ou que l’on croie que, pour être’ tombée en quelque faute une fois, l’on en soupçonne toujours; ce qui fait un très grand dommage à l’âme' et lui donne lieu de se licencier en beaucoup de défauts.
Les personnes qui ont ce défaut de ne se pas librement communiquer à leurs supérieurs quand elles ont peines d’esprit ou quelque nécessité, ou bien quand elles leur parlent en communication, sont en danger de mentir, ou de beaucoup dissimuler. Et cette habitude se pourrait former si forte qu’elles en seraient surprises même dans la confession. Cet esprit caché, provenant du malin esprit, peut faire renfermer les personnes qui
le possèdent dans une telle gêne, que cela leur peut donner mépris des avertissements de leurs supérieurs, qu’elles ne tiennent compte de leur dire leurs peines, les pensant intéressés, ou persuadés d’autres. Cela fait qu’elles recherchent aide ou consolation où elles ne doivent pas, et ainsi n’en trouvent que de très dangereuses et qui mènent à perdition. Celles qui petit à petit s’engagent dans cette maxime d’esprit caché, ne pouvant contenir en elles-mêmes leurs peines, ni ce qu’elles savent d’autrui, sont souvent en danger de se communiquer mal et à toutes sortes de personnes; ce qui porte grand préjudice à leur avancement spirituel, les faisant offenser Dieu, et à commettre la même faute à celles qui les écoutent.
Cet esprit étant très dangereux et souvent inconnu, nous devons souvent demander à Notre- Seigneur la lumière pour le découvrir, s’il est en nous. Chacune de nous doit craindre et se défier d’en avoir quelque part; et pour s’en défaire il est nécessaire, sitôt que l’on sent quelque peine et répugnance à la dire, d’avoir recours au Saint-Esprit, pour lui demander force, et, se surmontant soi-même, la dire pour l’amour de Dieu.
Si aussi quelqu’une se sent portée à rechercher en autrui de la consolation e'n se déchargeant, elle doit se défier; comme aussi, si elle sentait répugnance que ses supérieurs sussent ce qu’elle veut dire, ou même penser, elle devrait craindre.
Une sœur ayant demandé pardon d’avoir agi par cet esprit, et sollicité les prières de notre très honoré Père pour être aidée à s’en défaire, il lui dit :
De tout mon cœur, ma Mlle, je le ferai. Te prie Notre- Seigneur qu’à même temps que, de sa part, quoiqu’indigne, je prononcerai les paroles de bénédiction, il nous donne la grâce de bien entrer dans cette pratique.
Benedïctïo Dei Patris...