LEVER, ORAISON ET ANGELUS
(Emploi de la journée, art. i et 2.)
(( Elles se lèveront à quatre heures, donnant leurs premières pensées à Dieu, s’habilleront diligemment, feront chacune son lit, et, avant que d'achever de se vêtir, prendront de l’eau bénite. »
Mes chères soeurs, nous vous avons expliqué vos règles jusqu’à maintenant. S’ensuit l’ordre de l’emploi de la journée, c’est-à-dire ce que vous devez faire le matin jusqu’au soir, le dimanche, le lundi et tous les jours de la semaine. C est une roue qui tourne toujours et à laquelle il faut que chacune s’ajuste, non pour un jour, mais pour tous les jours de cette semaine et les autres qui la suivent, bref pour toute votre vie. Voilà ce que
Entretien 102. — Ms. SV 4, p. 322 et suiv. Comme il a été dit plus haut, p. 547, cette conférence fut commencée le 21 juillet.
Dieu demande de vous, mes filles; et il faut, pour garder un ordre, que toutes fassent les mêmes choses et à même heure, si cela se peut. Ah ! qu’il y a plaisir à voir une communauté se lever à quatre heures! Qu’il fait beau voir la diligence que chacune apporte pour aller promptement parler à Dieu! Il faut donc se lever toutes à l’heure marquée, excepté les infirmes. Pour les autres, qui peuvent, oh ! elles le doivent faire et avoir compassion de celles qui ne le peuvent pas, empêchant même de se lever celles qu’on sait avoir besoin de repos quelquefois, et permettre à celles qui sont infirmes de ne pas se lever. Mais, hors cela, mes sœurs, résolvez-vous toutes à cette pratique. Et ainsi faisant, mes filles, vous réjouirez tout le ciel.
Je vous demanderai en ce sujet comme je demande aux dames de 1a, Charité : aux assemblées, quand on ht quelque règle, je leur demande si cette règle s’observe, et elles me répondent. Or,, je demande : cette règle s’observe-t-elle en cette maison? Mademoiselle, se lèvet-on toutes à quatre heures?
— Oui, mon Père, excepté les infirmes; mais elles demandent permission de ne se pas lever, dès la veille, si elles prévoient ne le pouvoir; ou bien à la sœur qui éveille, le matin, quand elles ne l’ont pas fait le soir.
— Voyez-vous, mes chères sœurs, je vous dirai ceci en passant : je visite quelquefois un certain monastère de religieuses, et je demande à la mère supérieure : « Mais, ma mère, vous ne me dites rien de celles qui manquent à se lever. » — « Je ne vous en dis rien, dit-elle, parce que toutes se lèvent, par la grâce de Dieu. » Or, ce sont toutes personnes de qualité. Voyez-vous, mes chères sœurs; c’est pourquoi je vous recommande cette première action de la journée. S’il y en a qui aient besoin de repos, pour le grand travail qu’elles auront fait le long de la journée, ou qui se trouvent incommodées, à
la bonne heure; elles doivent demander permission à Mademoiselle, celles de céans; et dans les paroisses, la compagne à la sœur servante et la sœur servante à sa sœur compagne. Mais, mes filles, il ne faut faire cela que fort rarement, parce que, comme notre nature demande toujours le repos, si aujourd’hui vous lui donnez ce qu’elle demande, demain elle le désirera encore. Oui, si une fille donne du repos à son corps un jour, le lendemain elle fera la cagme 1 dans son lit. Et voilà une habitude formée, qu’elle aura bien de la peine à rompre. Pour moi, je vous avoue que je ne donne jamais de repos à mon pauvre et misérable corps, qu’il ne me semble que j’aie plus grand besoin de reposer le lendemain que le jour précédent.
Donnez-vous à Dieu, mes chères sœurs, pour bien connaître si, lorsque vous pensez avoir besoin de repos, c’est un véritable besoin ; et pour cela il y faut penser devant Dieu. Et si quelqu’une, après s’être examinée comme cela, trouve avoir besoin de repos pour pouvoir mieux supporter son travail, oh ! qu’elle le demande, mais avec indifférence. Hors cela, levez-vous promptement sans disputer avec votre chevet. Car se tourner de l’autre côté pour voir si l’on se doit lever, ah! mes sœurs, ne vous laissez pas aller à cette faute. Commencez la journée par cela, et par cette mortification vous ferez un acte qui sera bien agréable à Dieu.
Vous devez donc vous donner à Dieu dès le matin pour bien observer l’ordre de l’emploi de la journée. Pourquoi? Parce que ce sont ces actions de la journée qui sont, à proprement parler, vos règles, lesquelles, si vous les observez bien, seront la cause de votre sanctification et de votre salut. Il y a une maxime que les saints tiennent, que, comme les actions sont de la nature des
i. Cagne, paresse.
causes dont elles procèdent, l’on sera sauvé pour les bonnes actions que l’on aura produites. Si les saints sont saints, c’est pour les actions qu’ils ont faites, et c’est ce que Dieu sanctifie, ou pourquoi il sanctifie. De là vous voyez l'importance de bien faire les actions de la journée et quelle assurance de salut pour celles qui sont fidèles à cela. Il faut donc apprendre premièrement ce qu’il faut faire; car comment le pratiquera-t-on, si on ne le sait pas? Or, mes chères sœurs, voilà ce que vous devez savoir avant toutes choses.
Il faisait beau voir un roi de Pologne allant à la chasse, ou se promenant, se faire apporter un siège, où il s’asseyait, pour instruire son peuple et lui apprendre les choses de son salut. Ils étaient encore tous idolâtres, ou une bonne partie, et ce bon prince prenait la peine lui-même de les instruire.
Mais, sans parler des hommes mortels, parlons de Notre-Seigneur. Comment faisait-il? N’instruisait-il pas ses apôtres à dire le Pater? Il faisait beau le voir leur enseigner comme il fallait prier : « Dites : Pater nos ter qui es in caelis . » Voyez si ce n’est pas là un emploi bien relevé et si toutes les âmes qui le font ne sont pas bienheureuses, pourvu qu’elles le fassent dans l’esprit de Notre-Seigneur.
Et vous, mes chères sœurs, qui faites profession d’instruire les petites filles, vous instruisez par ce moyen leurs pères et mères, comme cela se voit dans les missions, parce que les enfants rapportent ce qu’ils ont appris ; ils l’enseignent à ceux qui le leur devraient avoir enseigné. Voyez quel bonheur! Il faut donc que, comme vous êtes appliquées pour former ces âmes à la vertu, vous appreniez vous-mêmes ce que vous leur devez dire. Il sera à propos de tenir la main à cela et de se faire rendre compte comment ils auront retenu.
Suite du deuxième article. « Celles des paroisses qui
ne savent pas lire méditeront quelques mystères de la passion, ou autres qu’on leur aura assignés. »
Mes sœurs, si vous etes deux dans une paroisse et que \ ous ne sachiez pas lire, vous etes un peu à plaindre, et il serait a souhaiter que cela n’arrivât point. Mais quoi ! Mademoiselle Le Gras fait ce qu’elle peut pour vous assortir. Que faut-il donc faire quand cela se rencontre? Voici qui le dit : il faut se ressouvenir de la passion de Notre-Seigneur au jardin, s’attendrir, considérant sa tristesse et le sujet qu’il a de faire cette oraison, témoigner grand désir de Ihmiter en sa résignation et surtout prier Dieu quand vous serez en quelque détresse. Voyez-vous, mes filles, ne vous découragez point, vous qui ne savez point lire; pourvu que vous ayez bonne volonté, Dieu vous donnera le don d’oraison, et d autant plus que vous aurez moins de spéculation, pourvu que vous ayez désir de lui plaire. Il se voit des exemples qui nous apprennent que des personnes qui ne savent lire ni écrire, de pauvres paysans qui ne savent rien, ont reçu de Dieu le don d’oraison et dans un plus haut degré que beaucoup d’autres bien savants. Et c’est en ce sens que nous devons entendre ce que Notre-Seigneur disait : « Mon Père, je vous avoue et reconnais que vous avez caché les choses que je viens d’enseigner, aux savants et aux doctes et les avez révélées aux petits2. »
Oui, mes sœurs, ce que Dieu cache aux savants, il le fait connaître aux ignorants. Pourquoi cela? C’est que Dieu se plaît avec les petits et avec les pauvres gens; en sorte que bien souvent ils sont plus savants en l’oraison que les personnes doctes. Ne vous découragez donc pas pour n’avoir point d’esprit; Notre-Seigneur sera