Evangile de saint Matthieu XI
votre pédagogue; il vous enseignera ,, comme on fait les enfants qui ne savent encore rien. Ne voyez-vous pas comme, dans les écoles, on montre les lettres aux enfants et petit a petit on les avance? Mes sœurs, c’est ainsi que Notre-Seigneur fait aux filles qui ne s’estiment rien et se croient les pires de toutes. N’est-ce pas faire une bonne méditation que d’avoir toujours la pensée de 1a. mort et passion de Notre-Seigneur dans le cœur? Voyezvous, mes sœurs, les saints nous disent que Dieu a plus agréable qu’on médite la passion de son Fils, que le jeûne d’un an.
Quelqu’une dira : ((Mais, Monsieur, je ne sais pas bien la passion. » Il faut, mes sœurs, essayer de l’apprendre, ce qui ne sera pas difficile, et vous ressouvenir des mystères de la vie et de la passion de Notre-Seigneur, pour en prendre tantôt l’un, tantôt l’autre, pour vos sujets d’oraison.
Saint François ne faisait point d’autre oraison que sur la passion, et tous ses religieux n’en faisaient point d’autre. Et les Capucins ne prennent jamais d’autre sujet d’oraison que ceux de la vie, mort et passion de Notre-Seigneur. Or, aucune d’entre vous n’est si ignorante qu’elle ne sache la vie de Notre-Seigneur : comme il s’est incarné, sa naissance dans l’étable de Bethléem, sa circoncision, l’adoration des trois rois, sa fuite en Egypte et le reste de sa vie jusqu’à sa mort. Tenez-vous là, mes sœurs, vous qui ne savez pas lire; attachez-vous aux mystères de la vie et mort de Notre- Seigneur. Si les pensées vous manquent, élevez-vous à Dieu par quelque aspiration. Que si, après cela, vous n’avez point de pensées, dites le Pater avec Credo , et après remettez- vous en oraison. Si vous demeurez à sec, dites une dizaine de votre chapelet. Allez, mes sœurs, consolez-vous ; si vous faites comme cela, je dis que vous ferez bien l’oraison et peut-être mieux que celles
qui savent lire, si tant est qu’elles n’aient pas plus d’humilité que de science.
Pour ce qui est de V Angélus, qui se dit à la fin de l’oraison, mes sœurs, on commence par le signe de la croix, et puis on dit : Angélus Domini nuntiavit Mariae, et concepit de Spiritu Sancto. C’est une prière, mes sœurs, qui se fait pour remercier Dieu de ce qu’il est venu au monde s’incarner pour nous sauver. Voici le sens de cela. Angélus, etc. veut dire que l’ange annonça à la sainte Vierge qu’elle concevrait le Fils de Dieu par l’opération du Saint-Esprit. Et la sainte Vierge, ayant entendu la manière dont ce mystère devait s’accomplir, dit : « Eh bien! c’est donc Dieu qui le dit; je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon votre parole! » C’est ce que veut dire : Ecce ancilla. Et puis on dit : « Et V erbum caro factum est et kabitavit in no bis » ; le Verbe a été fait chair, et il habite avec nous.
Voilà ce que veut dire V Angélus . Il faut avoir intention de rendre grâces à Dieu de ce grand mystère toutes les fois que vous entendez le son de la cloche. Vous avez été instruites de cela, mes chères sœurs; vous devez l’être; mais il est bon de renouveler la manière de temps en temps.
Bénissez le nom de Dieu et glorifiez-le à jamais. Ce que nous devons retenir de cet entretien, c'est qu’il s’agit d’être bien fidèles à garder l’ordre de l'emploi de la journée, puisque de là dépend la sanctification de vos âmes. Si vous ne le faites pas, vous serez comme des ténèbres, et ce sera une chose bien fâcheuse à voir. Plaise à la bonté de Dieu vous faire la grâce d’être bien exactes à garder cet ordre et avoir agréable la promesse que vous venez de faire d’être fidèles à garder ce que nous venons de dire ! Et parce que c’est Notre-Seigneur qui donne la grâce pour faire ce qu’il commande, ayez
coniiance que vous ne serez pas seules, mais que Notre- Seigneur le fera avec vous. C’est ce que je lui demande de tout mon cœur.
O Sauveur, ô mon Sauveur, qui vous êtes assemblé ce petit troupeau, faites-leur la grâce de bien concevoir ceci et de l’exécuter par la pratique de leurs règles. C’est ce que je vous prie, Seigneur, d’opérer par les paroles de bénédiction que, de votre part, je prononcerai.