SUR L’OBÉISSANCE
Mes très chères sœurs, le sujet cle cette conférence est de l'obéissance. Le premier point est des raisons que nous avons de nous étudier à une parfaite obéissance et de f aire tout par obéissance ; le deuxième point, des marques qui feront voir si nous avons cette parfaite obéissance; le troisième, des moyens d’acquérir cette parfaite obéissance et de faire tout par obéissance.
Il s’agit donc de traiter aujourd’hui de la vertu de la sainte obéissance, qui est la vertu de Notre- Seigneur, la propre vertu de notre Sauveur, parce qu’il l’a pratiquée toute sa vie jusqu’à la mort.
Ma sœur, quelles raisons avons-nous de nous étudier à une parfaite obéissance?
— Mon Père, il m’a semblé que ce qui nous oblige à l’obéissance, c’est l’exemple de Notre- Seigneur.
— Ma sœur, quand vous répondez ici, il faut premièrement dire : le sujet de la conférence est tel, comme aujourd’hui, de l’obéissance; et puis les raisons que nous avons d’être bien obéissants. Après avoir répété les trois points, il faut dire les pensées que Dieu vous y a données. C’est comme cela, mes sœurs, qu’il faut répondre.
Notre sœur a dit qu’une raison pour laquelle il faut s’affectionner à la vertu d’obéissance est l’exemple de Notre-Seigneur. Quelle autre raison, ma sœur?
— Mon Père, sur le troisième point, j’ai pensé qu’un moyen pour acquérir cette vertu est de penser qu’en tout ce que j’ai fait par ma propre volonté, jamais je n’ai réussi.
Entretien 67. — Cahier écrit par sœur Mathurine Guérin. (Arch. des Filles de la Charité.)
Une autre sœur répondit que, pour obéir comme il faut, il faut croire que c’est Dieu qui nous commande par nos supérieurs.
Une autre raison que Dieu nous commande cette obéissance est que, nous ayant appelées à la Compagnie, nous y sommes doublement obligées. Elle ajouta que c’était uin bon moyen de persévérer dans la vocation.
Cette sœur, ayant le' cœur rempli de douleur, s’excusa de ne pouvoir parler davantage, quoiqu’elle eût bien d’autres sentiments, et dit qu’elle n’avait jamais obéi.
- — Or sus, or sus, ma Elle, Dieu vous fera la grâce d’obéir ci-après. Elle dit bien. Une raison quoi vous oblige à l’obéissance, c’est que, sans elle, vous ne pouvez pas persévérer dans votre vocation; car, mes sœurs, dès que robéissance ne sera pas parmi vous, adieu la pauvre Charité, elle est défunte. Mais, tant que cette sainte pratique sera dans la Compagnie, elle fera bien. Et une marque pour connaître qu’une sœur a la vertu d’obéissance, c’est si elle n’a point de répugnance à faire ce que ses supérieurs lui ordonnent, si elle est prête à aller partout, à en revenir quand on le veut, si elle n’est point attachée à ce qu’elle faut, quand on lai i ordonne' de le quitter. Voilà une vraie marque. Mais trouver à redire à ce que ses supérieurs disent, mur-i murer de leurs procédés, dire que telle chose est mal1 ordonnée, c’est là une marque de désobéissance.
Or, mes sœurs, tant que la Compagnie aura cette sainte vertu, elle subsistera; mais, quand elle ne l’aura plus, elle défaudra. Car, comme l’Eglise -ne subsiste que par l’obéissance des évêques au Pape, des curés aux évêques, et ainsi du reste, tout de même toutes les communautés, et particulièrement la vôtre, ne peuvent persévérer qu’avec cette obéissance des inférieurs aux supérieurs, surtout des anciennes. Oh! anciennes, combien vous devez prendre garde de bien édifier les plus
nouvelles ! Quoique toutes y doivent prendre garde,, néanmoins celles qui sont plus avancées y sont encore plus obligées ; car voici ce que Ton dit : « Ma sœur telle fait bien cela; je le ferai donc aussi; s’il y avait du mal, elle ne le ferait pas. » Voilà, mes sœurs, ce que les nouvelles diront.
Ma sœur, quelles marques du vice contraire à cette vertu ?
- — - Mon Père, il me semble que c’est l’attache à notre propre volonté qui nous empêche' de suivre celle de Dieu et des supérieurs.
— Bien dit, ma fille. C’est l’attache à sa propre volonté. L’on me dit d’aller ici ou là, et je suis si attaché à ma propre volonté que je n’y veux pas aller; l’on me défend de faire telle chose, et je veux la faire, parce que je crois que cette défense n’est pas juste. Quand on en est là, c’est la ruine des communautés.
Et vous, ma sœur, avez-vous quelque raison pour vous obliger à l’ obéissance' ?
La sœur répondit à peu près la même chose et de plus dit que nous étions venues dans la Compagnie pour obéir; que, puisque telle avait été notre intention au commencement, nous devions continuer dans cette pratique, et qu’un moyen pour nous y aider est de nous demander souvent pourquoi nous sommes venues dans la Compagnie.
— Oh ! bien dit, ma fille ! C’est un bon moyen pour nous exciter à la pratique de cette sainte vertu. Saint Bernard se faisait souvent la même demande, principalement quand il sentait quelque répugnance à la pratique de la vertu. Il s’interrogeait, «disant : « Bernard, Bernard, pourquoi es-tu entré en religion? Est-ce pour commander? Est-ce pour faire ta volonté, ou pour te débouter? Rien moins que cela. C’est pour obéir; c’est pour renoncer à ta propre volonté et pour ne te pas épargner. »
Voalà, mes sœurs, ce que ce grand saint se disait pour s’exciter >à son devoir, et oe que nous devrions faire tant que nous sommes. Oh ! c’est un grand moyen, pour avancer dans la vertu, de nous demander souvent : Françoise, Jeanne, Marie, pourquoi es-tu venue ici ? Est-ce pour faire ta volonté, vivre à ta liberté? Oh! non, tu n’as pas eu ce dessein quand tu as quitté le monde, ou, si tu l’avais eu, tu te serais trompée. Puis donc que je suis venue pour servir Dieu en la manière qu’il le demande, pourquoi ne le ferais-je pas ?
O mes sœurs, c’est une grande folie d’être venues dans un lieu pour obéir, et puis après n’en vouloir rien faire. Les artisans vont à l’ouvrage pour travailler, les écoliers à l’école pour apprendre; et vous, vous seriez venues ici pour ne rien faire, ou au moins pour ne faire que ce que vous voulez et comme vous le voulez ! Si cela est, craignez que Dieu ne vous ôte ses grâces pour les donner à d’autres plus fidèles que vous. C’est pourquoi résolvons-nous dès cette heure à faire tout par obéissance et disons en nous-mêmes : « Quoi ! mon Dieu, vous m’avez fait cette faveur de me mettre dans une Compagnie qui a l’honneur de vous appartenir, pour obéir à ceux que vous avez établis pour me conduire, et il sera dit que je ferai tout le contraire ! Quoi ! mon âme, les écoliers vont-ils à l’école pour devenir des bêtes? Au contraire, ils y vont pour apprendre et s’y emploient de tout leur pouvoir; et toi, tu ne feras pas ton devoir pour plaire à ton Dieu ! Oh ! désormais je veux être plus fervente pour faire ce qu’il demandera de moi. »
Oh bien! mes filles, je suis bien aise d’avoir entendu vos pensées là-dessus. Mais, avant que de passer plus avant, il faut savoir que nous sommes composés de deux hommes : d’Adam, qui, de juste qu’il était, est devenu pécheur par sa désobéissance et a été dépouillé
de tous les doos de la grâce que Dieu lui avait dominés; de Jésus-Christ, qui est venu pour sauver ceux qui s’étaient perdus par leur propre volonté. Je répète ceci : nous avons en nous deux esprits, l’un du vieil homme, l’autre du nouveau. Le premier a voulu faire sa propre volonté et se rendre indépendant de Dieu même; témoin ce que le serpent lui dit : « Vous serez comme Dieu » ; et, ce faisant, il nous a tous perdus avec lui. Le nouvel Adam, Jésus-Christ, est venu du ciel en terre pour se faire obéissant et tout contraire au premier. Voyez la différence qu’il y a entre ces deux. Le nouveau cherche à faire la volonté de son Père, le vieux à faire la sienne; le nouveau se soumet même à ses inférieurs, le vieux ne se veut pas soumettre à son Créateur; enfin le nouveau ne cherche qu’à rompre sa propre volonté, ce qu’il nous a bien enseigné au jardin des Olives, et le vieil Adam cherche à faire la sienne propre.
Or, une personne qui aime l’obéissance, qui rompt sa volonté, marque qu’elle a l’esprit de Notre- Seigneur. Voulez- vous savoir si une sœur de la Charité a l’esprit du nouvel Adam, voyez si elle est bien obéissante; car en voilà une vraie marque. Mais, si elle aime à faire sa volonté en toutes ses actions, voilà la marque de l’esprit du vieil Adam, ou plutôt la marque de l’esprit du diable; et il ne faudrait que se persuader bien cette vérité pour ne jamais rien faire par ce maudit esprit diabolique, qui n’est autre que la propre volonté. Voilà donc la première raison pour nous obliger à la pratique de la sainte obéissance : c’est que les sœurs qui aiment l’obéissance ont l’esprit de Notre-Seigneur.
La deuxième, c’est qu’il y a double mérite à faire de bonnes actions par obéissance. C’est si assuré qu'il n’est pas permis d’en douter. Et non seulement les bonnes œuvres acquièrent une nouvelle beauté, mais les indifférentes deviennent méritoires, étant faites par obéis-
sance. Par exemple, quand vous allez servir les pauvres, c’est une bonne œuvre, qui d’elle-même est méritoire. Or, si vous la faites par obéissance, c’est double mérite; c’est comme un beau relief qui la rend plus éclatante; c'est comme qui ajouterait des pierres précieuses sur d’autres pierres précieuses.
Imaginez-vous, pour bien entendre ceci, que l’on vous fait un habit de beau taffetas. Quand il n’y aurait point d’autre étoffe, c’est toujours un bel habit. Or, si à ce beau taffetas on en ajoute un autre, ce sont deux taffetas ensemble. Voilà qui le rend bien plus beau que devant. Mais ajoutez à tout cela un beau passement d’or, voilà deux beautés : l’étoffe et l’or. Or, mes sœurs, il en va de même à l’égard des œuvres faites par obéissance. Quelle consolation aux Filles de la Charité! Vous ne faites qu’une action et vous avez deux sortes de récompenses.
Il y a plus. Comme je vous ai déjà dit, faire une œuvre indifférente, comme boire, manger, se reposer, se récréer, ces œuvres-là, qui ne sont rien, l’obéissance les rend méritoires et plus agréables à Dieu que des bonnes faites sans obéissance. C’est une pierre philosophale. T out ce qu’elle touche devient or. Les bonnes œuvres faites sans cette vertu ne sont point agréables à Dieu. C est un grand sujet de ne rien faire sans obéissance. J ai connu des personnes de condition qui ne faisaient rien sans obéissance. LTn conseiller de la ((’ur, dul a été huguenot, a tant aimé l’obéissance depuis sa conversion qu’il demandait à son laquais, (',u1 11 cUcl1^ quelque chose à faire, pour avoir le bien
lair< €s actions par obéissance. Quand il fallait qiu lque part, il lui demandait s’il fallait aller par n tel chemin. O mes sœurs, un homme du monde a Qiwdl( confusion pour nous, qui avons tant
de moyens de nous avancer dans la vertu et y sommes si négligents !
Mon Dieu! qu’il y a de pauvres Filles de la Charité qui perdent beaucoup par leur faute! Elles servent les pauvres, vont et viennent, se tuent pour ne rien faire, quand elles suivent leur propre volonté. Mes sœurs, faites tout ce qu’il vous plaira, toutes vos meilleures actions ne vous seront point méritoires sans cette vertu. Il faut bien dire qu’iil y a de grands biens dans l’obéissance, puisque le Fils de Dieu a voulu faire tout par obéissance et s’y est tellement soumis qu’il a mieux aimé mourir que manquer à F obéissance; et, au contraire, il y a de grands maux dans le vice opposé.
Il est dit dans la Sainte Ecriture que, quand Saül voulut livrer la bataille, il désira offrir un sacrifice à Dieu pour obtenir la victoire. Il eût bien désiré que le prophète vînt pour l’offrir en personne; mais, le prophète ne venant pas, il l’offrit lui -même. Et parce qu’il n’était pas ordonné de Dieu pour cet office, son sacrifice ne lui fut point agréable; et il fut réprouvé de Dieu, comme ayant agi sans obéissance. Au même instant qu’il eut fait cette action de sa propre volonté, Dieu fit élire un autre roi en sa place; et l’Ecriture dit qu’il fut réprouvé. Ce qui fait voir que les bonnes œuvres faites de son propre mouvement et sans obéissance sont inutiles et même dommageables.
Si cet exemple ne vous fait craindre ce malheur, je ne sais ce qui vous pourrait toucher. Quoi ! pour avoir fait une bonne œuvre pour l’amour de Dieu ce roi a été réprouvé ! Que ne devons-nous pas craindre s’il s’en trouvait dans la Compagnie qui fussent attachées à leur propre volonté ! Ah ! c’est un démon, car il n’y aurait ni démon, ni enfer, s’il n’y avait point de propre volonté.
Il y an aura qui voudront jeûner pour satisfaire à leur désir et caprice, pour être estimées plus vertueuses
que les .autres; car, quand on fait des singularités, c’est d ordinaire pour être estimé. D’autres voudront aller voir ce pauvre. Qu'on le leur permette ou non, parce qu’elles veulent, elles iront. Les autres diront plusieurs prières sans permission. Ce sont des sacrifices qui sont bons deux-mêmes ; mais, parce que la propre volonté s’y trouve, Dieu n’en veut point. Disons à cette heure, et je le veux dire avec vous : « O mon Dieu, si le vieil Adam veut que je fasse ma propre volonté, Jésus-Christ veut, au contraire, que je suive celle de mes supérieurs. C’est ce que’ je ferai ci-après, moyennant votre grâce, que je vous demande pour cela. »
Une autre raison, c’est que, si vous faites tout par obéissance, vous êtes assurées d'accomplir la volonté de Dieu. Il n’en faut point douter, puisqu’il a dit : « Qui vous obéit m’obéit l. » Et par conséquent qui vous désobéit me' désobéit. Oh ! quelle consolation aux bonnes âmes affectionnées à cette sainte vertu d’être assurées de faire la volonté de Dieu! Consolez- vous, vous qui êtes fidèles a l’obéissance. Mais, pour vous qui vous trouvez dans 1 esprit contraire, qui ne vous portez à 1 obéissance sinon en tant que ce qu’on vous ordonne e^t conforme a votre humeur, ce qui se voit quand l’on n obéit qu en certaines choses et non aux autres, oh ! craignez qu.au lieu d’avoir fait la volonté de Dieu, votis
n avez fait, la vôtre propre, ou, pour mieux dire, celle du diable !
\ ous me pourrez dire : « Comment est-ce que nous I ai sons la volonté de Dieu, puisque c’est celle de ma su p< rie nrc, ou dune sœur qui n’est pas plus que moi,
'' "n< Pauv rc fille des champs, venue longtemps apres 17101 <lans Ia Compagnie? » N’importe! Sitôt que
i. Evangile de saint Lue X, 16.
cette sœur a reçu le pouvoir de vous ordonner, vous faites la volonté de Dieu quand vous lui obéissez.
(( Mais c’est une bile qui n’a rien de plus que moi, qui n’a pais grand esprit et qui n’est pas selon mon humeur. » Vous êtes obligées de vous soumettre. C’est un Dieu qui le dit, et c’est un article de foi, dont il ne faut point douter; et si vous manquez à cela, vous offensez Dieu.
Je m’assure que vous dites toutes : « Hélas ! je ne pensais pas à cela quand on m’ordonnait quelque chose, car j’aurais été bien plus prompte à obéir. Je vois que la vertu d’obéissance est si agréable à vois yeux, ô mon Dieu, que toutes les actions faites par cette vertu acquièrent une nouvelle beauté et un relief qui les rend fort agréables à mon Sauveur. C’est tout de bon que je désire que vous me fassiez la grâce de ne faire jamais rien que par obéissance; et j’aurai cette assurance de faire toujours votre sainte volonté. »
Monsieur, voilà un point. Mais donnez -nous les marques d’une fille bien obéissante. — Mes sœurs, une marque de l’obéissance, c’est lorsqu’on fait tout ce qui est ordonné. Une fille qui ne fait que ce qu’elle' veut et ce qui lui plaît, qui dit : « Je ne veux pas faire telle chose, parce qu’elle ne me plaît pas », ou bien qui la fait à sa manière, qui se soumet, mais dit : « Je ferai ceci ou cela, quoique je voie bien que c’est inutile », cette fille-là a un esprit désobéissant.
Quand le Père éternel voulut envoyer son Fris en terre, il lui proposa toutes les choses qu’il devait faire et souffrir. Vous savez la vie de Notre- Seigneur, combien elle a été pleine de souffrances. Son Père lui dit : « Je permettrai que vous soyez méprisé et rejeté de tout le monde, qu’un Hérode vous fasse fuir dès votre bas âge, que vous soyez tenu pour un idiot, que vous receviez des malédictions pour vos œuvres miraculeuses ;
bref je permettrai que toutes les créatures se révoltent contre vous. »
Voilà ce que le Père éternel proposa à son Fils, qui lui dit : « Mon Père, je ferai tout ce que vous me commandez. » Ce qui nous montre qu’il faut obéir en toutes choses généralement.
Il y en a qui veulent bien obéir en chose facile à faire et conforme à leur caprice. Ce n’est pas assez. Il faut obéir en toutes choses et à tous ceux qui ont ordre de nous commander. Il suffit que nous sachions qu’ils ont reçu ce pouvoir, pour nous soumettre à tous.
Voilà la seconde marque d’une parfaite obéissance : se soumettre à toutes sortes de supérieurs, à une sœur qui n'a pas tant d’apparence, aussi bien qu’à une autre qui nous revient mieux. Et non seulement cette vertu fait qu’on se so-u met à ses supérieurs, mais encore à ses égaux et inférieurs, tenant tout le monde pour nos supérieurs. C'est ce que saint Paul nous ordonne.
Une autre marque est d’obéir ponctuellement, c’està-dire faire la chose tout comme' on nous l’a ordonnée. 11 y en a qui font, à la vérité, ce que leurs supérieurs leur ont dit, mais à demi. Ce n’est pas ainsi qu’il faut agir pour obéir parfaitement.
De plus, l’obéissance doit être volontaire et non de contrainte et à regret. Une chose se présente-t-elle à faire, il faut 1 embrasser de bon cœur et se déclarer toute prête, en sorte que la joie intérieure que I on éprouve a obéir paraisse sur notre visage et en notre maintien.
Du ( mquième marque d une parfaite obéissance, c’est quand on suit 1 intention de ceux qui nous ont ordonné la chose. Par exemple, on vous envoie pour quelque affaire, et \oilà qu il se présente une difficulté dans 1 exécution , comment faire pour en sortir? Regardez 1 intention de la supérieure et s-uivez-la, sans dire qu’il si r<ut maux autrement, ni consulter votre caprice.
Une sixième marque de cette vertu, c’est de faire ses actions pour plaire à Dieu, sans y chercher la louange et T applaudissement des supérieurs, ni d’aucune autre personne, mais seulement pour suivre la volonté de Dieu, qui se trouve dans l’obéissance.
La septième marque, c’est quand on soumet non seulement sa volonté, mais encore le jugement, croyant que ce qu’on nous dit est bien ordonné. Il y en a qui soumettent bien leur volonté et ne veulent point soumettre le jugement. Qu’est-ce à dire soumettre son jugement? C/est dire, mes sœurs, que, quand on vous commande de faire un acte qui vous répugne, ou ne vous semble pas bien, il faut aussitôt renoncer à votre jugement particulier et trouver des raisons pour vous convaincre que la chose est bien en la manière qu’on vous l’ordonne.
Enfin, mes chères sœurs, une vraie marque de la sainte obéissance est de persévérer jusqu’à la fin. Il y en a qui se montrent fort obéissantes au commencement et se relâchent à la fin. Il semble, quand elles entrent, quelles feront merveilles; elles trouvent tout bon; rien ne leur semble difficile ou impossible. Ont-elles demeuré quelque temps avec les autres } elles commencent à se négliger, marquent qu’elles n’ont pas la parfaite obéissance.
Voilà, mes sœurs, les huit conditions nécessaires pour être parfaitement obéissantes. Celles qui les ont se peuvent assurer qu’elles font tout au gré de Dieu et que tout ce qu’elles feront sera agréable à Notre - Seigneur et qu’elles mériteront une double récompense. Oui, ce sont de beaux lustres qui rendent leurs actions agréables aux yeux de leur Epoux. Oui, mes chères sœurs, car Dieu se plaît à regarder les âmes désireuses de lui plaire' en toutes leurs actions, les Filles de la Charité qui sont ponctuelles en l’obéissance et qui n’ont autre motif que de plaire à sa bonté. Sans doute que
Notre-Seigneur se plaît dans ces âmes-là et qu’il leur fait de grandes grâces.
Vous me direz : « Monsieur, voilà qui est beau ; mais le moyen d’acquérir cette parfaite observance? » Le moyen, mes chères sœurs, d’acquérir cette vertu pour celles qui ne l’ont pas et pour la persévérance de celles qui l’ont déjà ?
Premièrement, comme c’est un don de Dieu, il faut le lui demander et souvent le presser, l’importuner, afin qu’il nous fasse cette grâce. O mon Dieu, faites-moi la grâce que je ne fasse jamais rien selon le vieil Adam, qui ne veut que suivre sa volonté et ses inclinations. Mais faites, par votre bonté, que' toutes mes actions, mes paroles et mes intentions soient conformes à l’exemple que votre Fils nous a laissé. Or, Jésus-Christ a été obéissant à son Père en toutes choses; et les saints disent que c'est l’obéissance du Fils de Dieu qui a été cause qu’il est entré en sa gloire, puisque, s’il n’avait -accompli les ordres de Dieu son Père, il n’aurait pas reçu la récompense qu’il a reçue après sa mort.
Le second moyen, c’est de' considérer à part nous, je me le dis à moi-même, car j’ai mes supérieurs aussi bien que vous, c’est de considérer comme Notre- Seigneur iaisait, et lui demander : « Quoi! Seigneur, ne faisiezvous rien sans obéissance? Quand vous vouliez faire quelque chose, en demandiez-vous permission à votre mcrc et à saint Joseph? » Il vous répondra que oui; et par ces considérations vous encourager à l’obéissance.
! n autre moyen, c’est de considérer les bons serviteurs, qui sont si prompts à faire ce que leurs maîtres à ur disent, 1 obéissance des gens d’armes à leur capitaine, parie que ce nous doit être un puissant motif. ^Uul * ^ on sera plus prompt à obéir aux hommes qu’à P1<u* ^ 'e'> Serviteurs qui n’ont autre but que de plaire a 1< ur maître seront plus ponctuels que je ne suis, encore
que je sache que, si je fais mes .actions par obéissance, j’acquiers double mérite! Oh! il n’en sera pas ainsi. Il y a vingt ans que nous avons la guerre; je n’ai jamais ouï dire qu’un soldat ait désobéi à son capitaine; bien plus, je' ne l’ai jamais vu dans l’ histoire de France.
Mes sœurs, un autre moyen est de penser souvent à ce qui est dit. Imaginez-vous tant de beauté, tant de bonté et tant de perfection qu’il vous plaira; tout cela se trouve dans l'obéissance ; d’autant que l’obéissance est une des actions qui plaît davantage à Dieu. Bien plus, si vous désobéissez, vous faites l’œuvre du diable. Oui, les Filles de' la Charité qui suivent leur propre volonté font d’œuvre du diable, qui ne fait et ne peut faire autre chose que désobéir. Au contraire, celles qui ne cherchent qu’à faire la volonté de Dieu par leur sonmission à leurs supérieurs sont assurées de plaire à Notre-Seigneur. Choisissez ce que vous aimez mieux : ou faire comme Notre-Seigneur, ou bien faire l’œuvre du démon. Je ne doute point que vous n’aimiez mieux avoir l’esprit de Dieu que celui du diable, qui est ,1’esprit de désobéissance.
Or sus, .avec tout ce que nous venons de dire, une des raisons qui vous doit bien toucher est ce que me disait un bon serviteur de Dieu : « Je pense souvent à la charité de ces bonnes dames, au soulagement qu’elles donnent aux pauvres, aux Filles de la Charité qui sont employées pour cela. Savez-vous, Monsieur, que c’est un autre hôpital que tous les pauvres que les filles assistent, et que c’est un grand soulagement à l’Hôtel - Dieu, qui est déchargé, par ce moyen, des deux tiers des pauvres qui seraient obligés d’y aller faute de cette charité? » Voyez, mes sœurs, ce que cette personne me disait. Il faut qu’elle ait fait la supputation des pauvres que vous servez. C’est Dieu qui a fait cela par vous.
C’est pourquoi humiliez-vous profondément, vous estimant indignes de tant de grâces.
Ah! mon Dieu, qu’avez-vous fait quand vous avez fait la Compagnie de la Charité ? Vous n’en disiez rien ; personne n’y pensait, et vous aviez résolu de faire cette œuvre. Il vous a plu, mon Dieu, faire comme un autre Hôtel-Dieu, mais plus grand, contenant les deux tiers de celui de Pans. Soyez-en béni à jamais!
Les anciennes qui sont depuis le commencement savent comme cela a été, que cela ne vient pas des hommes. Et pource qu’elles ont été dès le commencement, elles sont obligées à une plus grande perfection. O anciennes, ô anciennes, que faites-vous quand vos actions démentent votre ancienneté ? Oue direz-vous à Dieu quand il vous demandera compte de toutes vos pensées, paroles et actions, et principalement de celles qui auront malédifié les nouvelles venues?
Mais, moi misérable, que dirai-je d’avoir tant donné de scandale à de plus jeunes? Il faut que vous sachiez que l’ ancienneté ne se connaît qu’à la vertu et non à la quantité des années.
Ce bon Monsieur me disait encore : « Nous voyons des filles de la Charité chez nous quelquefois, mais des tilles qui ne sont dans la Compagnie que depuis trois ou quatre mois. Nous sommes tous étonnés de les voir si détachées de toutes choses, si indifférentes, si soumises. Enfin cela est admirable que Dieu façonne ces âmes en si peu de temps. » C’est pour vous faire voir, mes cheres sœurs, combien cette Compagnie est chérie de Dieu, puisqu’il y répand ses grâces si abondamment,
< i pour vous faire connaître l’obligation que vous avez d’être fidèles à Notre-Seigneur.
Mademoiselle, vous plaît-iil nous dire ce que vous avez pensé sur ce sujet?
Mon 1 rro, il y a plusieurs raisons qui nous doivent
exciter à pratiquer une exacte obéissance, même dans la nature, puisque nous voyons que, si les créatures, même insensibles, n’étaient obéissantes aux ordres de Dieu, tout périrait; comme aussi, dans la conduite des affaires civiles, tout s’y ruinerait sans l’exactitude de l’ obéissance des inférieurs aux supérieurs. Les corps humains ne subsistent que par cette obéissance imperceptible de leurs parties.
Mais les communautés chrétiennes, et particulièrement les Filles de la Charité, ont des raisons très justes et très nécessaires de s’étudier à une exacte et ordinaire obéissance.
La première est l’obéissance que Dieu a demandée des premiers nommes en la création, et la perte de leur bonheur en y manquant.
Une autre raison est l’exemple du Fils de Dieu en toutes les actions de sa vie, et qu'il est dit de lui qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort ignominieuse, et l’honneur que son humanité en a reçu, qui nous montre que ç’a été par sa volontaire obéissance et non par aucune contrainte.
L:ne autre raison est l’utilité de l’obéissance, puisqu’elle nous exempte de faute, nous fait toujours bien agir, quoique nous soyons imbéciles et incapables.
Au second point, les signes que nous désirons cette grande vertu d’obéissance et que nous nous étudions à la pratique, c’est quitter librement notre volonté pour faire celle d’autrui, ne rien faire que notre esprit ne soit entièrement assuré que nos supérieurs l’agréeraient, si nous avions occasion d’en demander permission.
Au troisième point, un moyen qui me semble très propre pour acquérir la pratique de cette vertu, c’est d’en avoir grande estime; la considérer comme un très fort aide pour être toujours agréables à Dieu par l’union de notre volonté à la sienne.
Un autre moyen est de n’être point entière à ses opinions en choses indifférentes et de s’accoutumer à suivre plutôt les sentiments et la volonté d’autrui quand rien d’important pour la gloire de Dieu ne nous en empêche.
Un moyen un peu éloigné est de nous accoutumer aux humiliations, puisque d’obéissance est fille de l’humilité.
Un bon moyen d’acquérir l’habitude de l’obéissance est d’obéir promptement, sans écouter les raisonnements de nos esprits.
Un autre moyen est de ne point aimer sa propre gloire, ni ses satisfactions, se souvenant que Notre- Seigneur n'a cherché que la gloire de son Père.
Mais, comme notre amour-propre nous met souvent dans l’ignorance et aveuglement, le' plus assuré moyen est de demander à Dieu cette vertu en la manière qu’il veut que nous la pratiquions.
Notre très honoré Père ayant demandé ses pensées a une sœur, celle-ci dit :
Les raisons qui m’obligent à l’obéissance sont premièrement l’exemple de Notre- Seigneur, qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix. Et comme’ nous n’avons point d’autre patron que lui, nous sommes plus obligées que personne à l’imiter.
I ne deuxième raison, c’est qu’une personne désobéissante est de fort mauvais exemple, particulièrement une f if le de la Charité, à toutes les autres, et ainsi elle attire
la malédiction portée contre ceux qui donnent le scandale.
La troisième est que nous sommes assurées de faire la \ olonté de Dieu en faisant celle de nos supérieurs.
Au second point, j’ai pensé que nous avons cette partmU obéissance quand nous faisons promptement ce que 1 on nous ordonne, sans vouloir parachever l’ouvrage que nous faisons, avant d aller où on nous envoie.
Une autre marque est quand nous obéissons aussi volontiers à une sœur qu’à une .autre, sans regarder si elle nous revient ou non.
Une troisième marque est la persévérance, qui fait qu’on ne se lasse point de changer plusieurs fois d’ouvrage et de quitter les choses que nous faisons volontiers, pour embrasser celles qui nous sont moins agréables.
Le moyen d’ acquérir l’obéissance est, ce me semble, de s’accoutumer à être prompte, même aux petites choses, parce que, ce faisant, on viendra à acquérir l’habitude de la vertu d’obéissance, et après il sera fort facile d’obéir en toutes choses.
Un autre moyen est d’envisager Dieu en la personne de ceux qui nous ordonnent de faire quelque chose.
Un troisième est de' rejeter promptement les petites répugnances qui viennent quelquefois à l’esprit, faisant la chose d’autant plus promptement que nous y avons répugnance.
Notre très honoré Père, étant près de finir, dit à une sœur qui, par timidité, n’avait osé lui répondre étant interrogée :
Ma sœur telle, demandez pardon de la désobéissance que vous venez de faire lorsqu’étant interrogée vous n’avez rien répondu, et du mauvais exemple que vous avez donné à la Compagnie. Ce que la sœur fit. Après quoi, il donna succinctement sa bénédiction.
Benedictio Dei Patris...