SUR L’OBSERVANCE DES REGLES
Premier point. Les raisons que nous avons de bien observer nos règles.
Entretien 68. — Ms. SV 3, p. 5g et suiv. La date est connue par d’autres manuscrits.
Deuxième point. Les fautes qu’on a remarquées contre l’observance des règles.
Troisième point. Les moyens de bien observer nos règles.
Mes très chères sœurs, le sujet de cette conférence est sur vos règles et les nôtres. Voyons les raisons que nous avons de les observer.
Une sœur dit :
Mon Père, il m’a semblé qu’une raison que noms avons d’observer nos règles, c’est qu’il y va de la gloire de Dieu et de l’édification de notre prochain.
— Ma sœur, vous croyez donc qu’il y va de la gloire de Dieu de bien observer vos règles ?
— Oui, mon Père.
— O mes sœurs, qu’il importe au salut de nos âmes de bien observer nos règles! Et vous, ma fille, que vous semble-t-il des raisons que nous avons d'observer nos règles ?
— • Mon Père, il m’a semblé que c’était u:n moyen de nous rendre semblables à Notre-Seigneur, qui n’est venu au monde que pour observer les règles que son Père lui a données. Secondement, je pense que nos règles ne sont qu’amour et par conséquent qu’il faut être fidèle par amour.
\ ou s devez bien rendre grâces à Dieu, ma fille, de ce qu il vous a donné de si bonnes pensées. Dieu en soit béni ! 11 fait un grand don à une fille à qui il fait cette grâce de voir qu’elle garde ses règles au lever, au coucher, au silence et à toutes les autres observances. Mon Dieu! quelle consolation a une fille qui se rend fidèle a ses règles! Oh! que Notre-Seigneur l’aime! humus époux na regardé épouse de meilleur œil que Notre-Seigneur regarde une Fille de la Charité qui observe bien ses règles. Par exemple, si le bon plaisir de Dieu était de vous faire assister un malade le
dimanche, au lieu de vous faire aller à la messe, quoique d’obligation, oh ! il le faudrait faire. On appelle cela : quitter Dieu pour Dieu. Ah S mes sœurs, y a-t-il des hiles au monde qui aient de meilleurs moyens pour faire progrès en la perfection, que vous, qui avez des règles si faciles î C’est donc une grande consolation quand on peut dire : « Je garde bien mes règles. » Mais aussi, au contraire, quels remords de conscience n’a-t-on pas et combien se rend-on coupable si l’on ne les observe pas! En voilà assez pour le premier point. '
Voyons le second, qui est sur les fautes qu’on a remarquées contre les règles. Ma sœur, quelles fautes avez-vous remarquées en général que l’on fait en la Compagnie contre les règles ?
- — - Mon Père, j’ai remarqué qu’on manque, aux paroisses, de se lever à quatre heures; j’ai moi-même beaucoup manqué à cela. On ne se couche pas à l’heure.
— ■ Tâchez donc, mes sœurs, d’être bien exactes à cela. Il n’y a rien de plus important que de se lever le matin à l’heure marquée, parce que de là dépend tout le reste de la journée. Je ne sais si nos sœurs des autres paroisses y sont bien exactes.
Vous levez-vous à quatre heures, ma sœur? dit-il à une autre.
— - Mon Père, j’y suis bien négligente; je vous en demande pardon et à toutes mes sœurs.
— * Dieu vous bénisse, ma, sœur ! Je le prierai pour vous à la sainte messe.
Il demanda à une autre :
Dites-moi, m)a sœur, est-on bien exact aux règles chez vous pour se lever à quatre heures ?
— Je n’y manque pas, mon Père, mais j’ai beaucoup manqué au silence.
— O ma hile, le silence est de grande conséquence.
J’estime beaucoup les religieux qui gardent le silence. Que dis- je, mes sœurs! Vous comparer aux religieuses 1 Je vous estime bien moins qu’elles. Le silence donc, mes sœurs, sert pour parler à Dieu; c’est dans le silence qu’il communique ses grâces; il ne nous parle point hors du silence; car les paroles de Dieu ne se mêlent point avec les paroles et le tumulte des hommes. Ne voulez-vous pas, mes filles, pour une bonne fois être bien exactes à cela?
Toutes ayant répondu qu'elles le voulaient, Dieu soit béni, mes sœurs ! leur dit-il. Dieu vous donne la grâce de le faire!
Ma sœur, avez-vous remarqué quelqu’autre faute en la Compagnie contre les règles ?
— Mon Père, pour moi, je manque beaucoup au lever.
— C’est à cause de votre infirmité, ma 'hile. Ne faites- vous pas l’oraison ?
— • Oui, mon Père.
— • Dieu soit béni !
Et vous, ma hile, s'adressant à une autre, qu’avezvous remarqué?
J’ai remarqué, mon Père, que je manque au silence et que je n ai pas assez d’ouverture de cœur pour mes supérieurs, et aussi que je manque de me lever à quatre heures.
Je ne saurais assez vous dire, mes hiles, que les 1 illes de la Cnarite doivent se garder de l’esprit de duplicité. 11 faut tout simplement dire tout à ses supérieurs, n ny a rien qu’on ne doive dire, non pas à tous, n<>n’ cc^a 11 Pas necessaire. Savez-vous, mes sœurs, où loge Notre- Seigneur ? C’est chez les simples. Il ne faut donc rien cacher. Dire une chose et non pas l’autre, jauni o un, 1 îlle de la Charité ne doit agir de la sorte avec ceux qui 1m tiennent la place de Dieu. Mais, au contraire, il faut dire le bien et le mal, tels qu’ils sont.
Le monde commence à connaître que cet esprit de simplicité est dans la Compagnie. Sri nest pas en toutes, au moins il est dans la plupart. Dieu en soit béni, mes sœurs! Je loue sa bonté de ce qu’en ces derniers temps il se réserve de pauvres filles simples pour la dernière des Compagnies de son Eglise.
— Mon Père, dit une sœur, je vous prie de me dire si c’est mal fait que la sœur servante sorte sans le dire à sa sœur.
— Vous faites bien, ma sœur, de me demander cela; la chose est importante. Oui, mes sœurs, il faut dire où l’on va. Si la sœur n’y est pas,, il faut le dire aux voisins.