‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 122 sur 138 · CONFÉRENCE DU 24 AOUT i · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE DU 24 AOUT i

I erfection necessaire aux sœurs des paroisses. — Attache aux confesseurs.

Monastère, cellule, chapelle, cloître, grille et voile des sœurs des paroisses.

(Règles des sœurs des paroisses, art. 1 et 2.)

Vies chères sœurs, il ne nous reste qu’un article de vos règles communes à expliquer; lequel n’a pas besoin d’explication; il s explique de lui-même. Nous ne nous y arrêterons point ; nous le lirons simplement :

Voici celles qui sont pour les sœurs des paroisses.

((i° Elles se représenteront que, comme leurs emplois les obligent d’être, la plupart du temps, hors de leur maison et parmi le monde et souvent toutes seules, aussi doivent-elles avoir plus de perfection que celles qui sont employées dans les hôpitaux et autres semblables lieux, d’où elles ne sortent que rarement. C’est pourquoi elles s’étudieront d’une manière toute particulière à se perfectionner par le moyen d’une plus exacte observance de

Entretien 111. — Ms. SV 4, p. 3 y3 et ^uiv.

leurs règlements, surtout ceux qui les regardent plus particulièrement, comme sont les suivants. »

Or, mes chères sœurs, vous n’êtes pas religieuses de nom, mais vous le devez être en effet, et vous êtes plus oblig'ées à vous perfectionner qu’elles. Mais, s'il se présentait parmi vous quelque esprit brouillon, idolâtre, qui dît : (( Il faudrait être religieuses, cela serait bien plus beau », ah! mes sœurs, la Compagnie serait à l'extrême onction. Craig-nez, mes sœurs, et, si vous êtes encore en vie, empêchez cela; pleurez, gémissez, représentez-le au supérieur. Car qui dit religieuse dit une cloîtrée , et les Filles de la Charité doivent aller partout. C’est pourquoi, mes sœurs, encore que vous ne soyez pas enfermées, néanmoins il faut que vous soyez aussi vertueuses et plus que les hiles de Sainte-Marie. Et pourquoi? C’est que cellesdà sont enfermées. Quand une religieuse voudrait mal faire, la grille est fermée ; elle ne le saurait ; l'occasion lui en est ôtée. Mais il n’y a personne qui aille parmi le monde comme les Filles de la Charité et qui ait tant d’occasions comme vous, mes sœuirs. C’est pourquoi il importe beaucoup que vous soyez plus vertueuses que les religieuses. Et s’il y a un degré de perfection pour les personnes de religion, il en faut deux aux Filles de la Charité, parce que vous courez grand risque de vous perdre si vous n’êtes vertueuses, par exemple, si vous vous laissez emporter par malheur à l’argent, à prendre ce qui est aux pauvres. Ah ! mes sœurs, gardezvous bien de cela.

Gardez-vous encore de la fréquentation des hommes. Se plaire à s’entretenir avec eux, particulièrement avec les ecclésiastiques, fuyez cela, et plus encore ceux-ci, car, sous prétexte de piété, l’on cherche à se satisfaire et l’on commence d'ordinaire par de bons mouvements, ce semble, tant de l'un que de l’autre. L’affection commence petit à petit par le spirituel. L’on vient à le té-

moigner; l’on dira : « Monsieur, au nom de Dieu, je vous pme, pensez à moi; aidez-moi à me perfectionner;

.Ds moi ce que je dois faire sans m’épargner. » Voilà qui est bon. Le confesseur dira : « je le ferai; j’aurai soin de vous témoigner mon affection. » Aussi en cela le pauvre confesseur ne pense point non plus à mal. Mes sœurs, cette petite satisfaction de paroles, qui a commencé par le spirituel, devient par après sensuelle, et il n’y a que ce confesseur au monde qui puisse contenter. « Un autre ne me dit rien; un tel ne me contente pas. » Puis apres, l’on se trouve engagé petit à petit par la chair. Peut-être que le mal vient par le confesseur. Bien souvent la fille n’en a point à son gré que celui-là; elle veut ce confesseur, et le confesseur veut la fille; elle dit : « Je trouve quelque satisfaction en mon confesseur. » Il le faut avoir à quelque prix que ce soit. Et bien souvent l’on quitte sa vocation pour se satisfaire. Tout aussitôt

que vous sentez de l’attache à un confesseur, quittez-le; il vous perdra. Ah ! mes sœurs, si vous saviez le mal que c’est de s engager a un confesseur! Vous ne le sauriez croire.

Le remède à cela? Dans le monde, si c'est une femme, et qu elle ait un directeur, elle lui dit : « je me trouve engagée de mon confesseur; que ferai-je? » Et il lui répond . (( Quittez-le coût aussitôt, quittez-le. » Je viens de recevoir une lettre de deux sœurs de la Charité, que vous n avez pas encore vues; Mademoiselle le sait; j’ai ete touche et fâche de voir l’effet produit par l’attache que 1 une avait envers son confesseur. Tous deux avaient de la complaisance l’un pour l’autre; si bien que cela a passé bien avant. Le dehors l’a su. Il y a une personne de condition qui s’est entremise pour 1 avertir et lui a dit : « Ma sœur, vous témoignez trop d inclination pour ce confesseur. » Dame! la pauvre sœur, qui était aveuglée, lui dit de fâcheuses paroles. Voilà l’effet de l’attache aux confesseurs.

Vous direz : « Mais, Monsieur, je connais que je profite si bien sous cette conduite ! » Amusement, mes sœurs, amusement! Ce n’est pas le confesseur qui est la cause de votre avancement, c’est Dieu. C’est une finesse du diable qui vous fait croire cela. Mais, mes sœurs, dès que vous sentez de l'attache à un confesseur, parlez m’en, parlez-en à M. Portail ou à Mademoiselle.

Oh ! mes sœurs, quand vous n'auriez aujourd’hui appris que cela, ce serait beaucoup, si vous le mettiez bien en pratique, et une des choses les plus importantes que vous puissiez entendre. Car il y va d’une grande mortification; et c'est un des plus grands sacrifices que vous puissiez offrir à Dieu, par lequel vous ôtez un piège de Satan. Oui, mes sœurs, c’est un acte de vertu de vous ôter une personne à qui vous étiez attachée. Mais vous le devez, mes sœurs, parce que c'est un grand engagement à la pureté. Je n'en voudrais pas répondre, mes sœurs, non moins encore du confesseur, s’il continue de confesser la personne qu'il voit avoir de l'attache à lui. Oui, mes chères sœurs, la chasteté de ces personnes-là est bien au hasard. Donc, la chose étant ainsi, je vous conjure, par les entrailles de Notre-Seigneur, dès aussitôt que vous vous sentirez engagées d'affection à un confesseur, d’en avertir, parce que c’est là un des moyens dont le diable se servira pour perdre la Compagnie de la Charité, par le moyen des confesseurs, si l’on n’a pas le courage de découvrir cette flèche qui est dans le cœur et qui tend à la sensualité. Elle se perdra, cette fille-là, et fera que l'on méprisera la Compagnie. Vous entendrez dire qu’une telle sœur affecte telle et telle chose en tel endroit. Il n’en faudra pas beaucoup; il n’en faut qu’une. L’on dira : ce Nous nous attendions à elles, et cependant ce sont des vilaines; elles ne sont plus bonnes à rien ; elles retiennent l’argent des pauvres. »

Voilà la seconde chose, mes sœurs. Retenir l'argent des pauvres, ah î mes sœurs, donnez-vous-en bien de .garde. L on dirait : « Nous les honorions comme des anges, et cependant ce sont des larronnesses. Nous n avons plus que faire d éliés. )> Voyez donc, mes chères sœurs, s il n est pas nécessaire que vous ayez plus de vertu que. les religieuses et plus de pureté qu’elles.

Voici le second article. « 2° lidles considéreront qu elles ne sont pas dans une religion, cet état n’étant pas convenable aux emplois de leur vocation. Néanmoins, a raison qu elles sont plus exposées aux occasions de péché que les religieuses obligées à la clôture, n ayant pour monastère que les maisons des malades et celle où réside la supérieure, pour cellule une chambre de louage, pour chapelle l’église paroissiale, pour cloître les rues de la ville, pour clôture l’obéissance, ne devant aller que chez les malades ou aux lieux nécessaires pour leur service, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie, et ne faisant point d’autre profession pour assurer leur vocation, et que, par cette confiance continuelle qu’elles ont en la divine Providence et par 1 offrande qu’elles lui font de tout ce qu'elles sont et de leur service en la personne des pauvres, pour toutes ces considérations elles doivent avoir autant ou plus de vertu que si elles étaient professes dans un Ordre religieux, c’est pourquoi elles tâcheront de se comporter dans tous ces lieux-là du moins avec autant de retenue et de recollection et d’édification que font les vraies religieuses dans leur couvent. Pour à quoi parvenir, il faut qu’elles s’étudient à l’acquisition de toutes les vertus que leur règlement leur recommande, mais particulièrement d’une profonde humilité, d’une parfaite obéissance et d’un grand détachement des créatures, et surtout user de toutes les précautions possibles pour conserver parfaitement la chasteté du corps et du cœur. »

Voilà donc, mes chcres sœurs, ce que ce règlement porte. Souvenez-vous bien de cela, je le répète. Votre monastère est la maison des malades et celle où réside votre supérieure; votre cellule est votre chambre de louage. En cela, vous êtes plus semblables à Notre-Seigneur. Pour chapelle, l’église paroissiale, où vous devez toujours assister au divin sacrifice et donner bon exemple, y être toujours à édification au peuple, ne quittant pas pourtant le service nécessaire des malades. Pour cloître, les rues de la ville, où vous devez aller pour le service de vos malades. Pour clôture, l’obéissance, parce que P obéissance doit être votre clôture, n’outrepassant point ce qui vous est ordonné, vous tenant enfermées là dedans. Pour grille, la crainte de Dieu. Pour voile, la sainte modestie.

O mon Seigneur, je vous remercie de la grâce que vous avez faite à vos filles de leur avoir fait part de votre modestie. Continuez, mes sœurs, continuez, par la grâce de Dieu. Cela est remarquable parmi vous jusqu’à cette heure. Si vous êtes modestes, vous êtes professes. Que votre modestie fasse que vous ne regardiez point les hommes en face. Et quand il est besoin de leur parler, coupez court.

« Et ne faisant point d’autre profession pour assurer leur vocation » que la confiance en la divine Providence, elles ont « autant et plus besoin de vertu que si elles étaient professes dans un Ordre religieux ». C’est pourquoi elles seront exactes à l’observance de leur règlement, et particulièrement dans une profonde humilité, qui consiste à aimer d être méprisées; secondement, une parfaite obéissance; troisièmement, un grand détachement des créatures, de père, de mère, de biens, de vous-mêmes, en sorte que vous ne teniez qu’à Dieu. Oui, mes sœurs, vous devez être détachées de tout vous -mêmes. Et si Dieu vous fait la grâce d'en venir là, que fe-

rez vous? Vous ferez, mes sœurs, ce que la bonne Madame de Goussault me dit avant de mourir. Elle me dit : « Monsieur, j'ai vu cette nuit les Filles de la Chanté. Ah ! qu’elles feront du bien ! Elles feront tant de bien ! » Je suis assuré, mes sœurs, que c’était Dieu qui 1 enflammait et lui faisait voir cela. Et vous le ferez, mes chères sœurs, si vous êtes exactes à garder ces saintes pratiques.

Voici une quatrième vertu : « Et surtout user de toute-3 les précautions possibles » pour se maintenir dans la purete et chasteté, et dire : « Je veux honorer la pureté de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge. Comme Dieu est la pureté même, aussi je veux être attachée à lui pour me conserver 'dans la pureté. » Ce que je viens de dire de Fattache au confesseur est tout à fait contraire à la vertu de purete et de chasteté. V ous ne devez prétendre à autre chose, mes sœuis, qu a vous rendre agréables aux yeux de Dieu. Oui, ne vous attachez qu’à lui seub

Voilà donc les quatre vertus qui vous sont nécessaires. Et le contraire de ces vertus, l’attache du confesseur, d’une dame, d'une paroisse, d’une petite satisfaction, vous empêche infiniment. Il faut que vous ne teniez à rien qu'à Dieu.

O mes sœurs, voyez-vous, ce que je viens de dire mérite bien que 1 on le repasse. Je m'en vais le redire.

\ otre monastère et votre maison est celle des malades ; v°us n en avez qu une. Votre paroisse est votre église, et vous devez assister au divin service avec dévotion; votre cellule, une chambre de louage; et vous devez dire : « Ma cellule est une chambre de louage » ; votre cloître, les rues de la ville, où vous allez en hiver et en

quelque temps que ce soit pour chercher les pauvres malades.

O Sauveur ! que nous verrons une grande charité ! Cette bonne dame a bien dit qu’elle voyait que vous

feriez de grandes choses. Et que sera-ce de voir dans le paradis une Fille de la Charité qui aura vécu en ce monde de la manière que je viens de dire et qui n'aura eu pour cellule qu’une chambre de louage, pour clôture l’obéissance! Oui, mes sœurs, si vous avez l’esprit obéissant, vous serez mieux cloîtrées que les religieuses qui sont enfermées. Pour grille, La crainte de Dieu ; ô mes sœurs, la crainte de Dieu est une bonne grille. Pour voile, la sainte modestie. Si vous avez ces vertus, vous êtes professes.

La confiance en Dieu. Qu’avez-vous qui vous retienne dans votre Compagnie? La confiance en Dieu. Retenez bien cela et souvent promenez-vous là dedans. Si vous le faites, oh ! que Madame de Goussault aura dit vrai ! Ce que je tiens très véritable; c’était l'esprit de Dieu qui lui faisait dire : « Oh! qu’elles feront de bien! »

Les moyens, mes chères sœurs, c’est de vous bien tenir dans votre cloître. Plaise à la bonté de Dieu de vous faire cette grâce! A même temps que, de sa part, je prononcerai sur vous les paroles de bénédiction, je le prie qu’il vous donne cet esprit et la grâce d’imprimer dans vos esprits ce que je viens de dire, pour garder ces quatre vertus : l'humilité, l’obéissance, le détachement des créatures et la sainte modestie, qui a paru par sa bonté en vous autres jusques à présent; qu'il lui plaise la conserver et vous détacher de tout ce qui n’est pas lui, pour désormais trouver en Dieu toute la satisfaction que vous sauriez souhaiter sur la terre. Je prie Notre- Seigneur qu’il éclaire vos entendements, qu’il échauffé vos volontés, afin que désormais vous n'aimiez plus rien que lui, en lui et pour lui.

‘112. — IMS TRu Cl ION DE SEPTEMBRE i65q

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