‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 123 sur 138 · AUX SŒURS ENVOYÉES A NARBONNE ET A CAHORS · texte numérisé non relu

AUX SŒURS ENVOYÉES A NARBONNE ET A CAHORS

Avertissement et petite conférence faite à nos quatre sœurs envoyées à Narbonne, dont trois pour ce lieu-là, savoir nos sœurs Françoise Carcireux, de Beauvais, Anne Dénouai et Marie Chesse, de Bretagne, de divers endroits, et ma sœur Marie-Marthe Trumeau, proche de Saint-Germain-en-Laye \

M. Vincent, notre très honoré Père, ayant à son ordinaire invoqué le Saint-Esprit avant de commencer, dit à nos chères sœurs :

C'est donc vous, mes chères sœurs, que la Providence a choisies pour ce voyage tant important et désiré par Monseigneur de Narbonne. Déjà il avait demandé de vous autres pour son évêché d’fAgde]. Et il n était pas temps, mes chères sœurs. C’était pour celui-ci qu’il vous réservait. C'est un grand serviteur de Dieu et qui a grand désir de faire bien assister les pauvres. Vous voilà donc, mes chères sœurs, choisies de Dieu pour accomplir ses desseins. De dire ce que vous allez faire, je ne le puis ; car je ne le sais pas, ni, je crois aussi, ce bon seigneur, quoique je sois bien assuré que vous allez pour sa gloire et le service du prochain. Peut-être ferat-il un hôpital, et je crois aussi qu’il fera établir la Charité dans la ville, et en l’un et en l’autre vous vous exercerez, à l’ordinaire des Filles de lu Charité, avec grande humilité et respect à tout le monde.

Voyons, mes chères sœurs, pourquoi vous êtes choisies de Dieu pour ce saint œuvre, préférablement aux filles hospitalières religieuses de la Charité et tant d’autres,

Entretien 112. — Cahier écrit de la main de Louise de Marillac. (Arch. des Filles de la Charité.)

i. Marie-Marthe Trumeau était destinée à l’établissement de Caliors.

dont l'on aurait pu faire choix. C'est que Notre-Seigneur la ainsi voulu. Et pourquoi faire? Le premier motif de votre appel, mes chères sœurs, est pour manifester sa Providence. Quelle merveille! Dieu choisit et assemble des filles de divers lieux et provinces pour les unir et lier ensemble du lien de sa charité, pour faire paraître aux hommes, en tant d’endroits, l’amour qu’il leur porte et le soin que sa Providence en a, pour les secourir dans leurs besoins et ainsi le faire reconnaître. O mes sœurs, quel sujet avez-vous de vous humilier et de vous donner à Dieu pour qu’il vous donne les grâces dont vous avez besoin pour travailler fidèlement à l’œuvre qu’il vous veut commettre! Il vous faut aussi disposer, mes filles, à la souffrance; car ne pensez pas n’avoir que des roses; il y a des épines. Ce peuple est d’esprit subtil et délicat. Il faut vous attendre d’en être moquées. 11 est bon; mais toutes leurs inclinations sont portées au mal. Sur tout vice celui de l’impureté y est. C’est pourquoi, mes chères filles, il faut user de grandes précautions par la modestie, retenue en vos paroles et n’en point écouter. Oh! qu’il est dangereux d’écouter les hommes ! Souvenez-vous que souvent je vous ai dit que leurs premiers entretiens paraissent bons et dévots ; mais c est pour attraper. Donnez-vous-en bien garde. Ne vous tenez jamais seules avec eux. Ne leur témoignez pas les écouter a\ ec plaisir, quand vous êtes engagées en leur Présence auprès de quelque malade, et jamais ne leur donnez sujet de croire que vous les estimez ou affectionnez; car, quand l’estime y est, c’est une avance ou piège Pour affectionner. Soyez donc fort modestes et retenues tant à regarder qu'à parler, et ne jamais, en l’un et en 1 autre, faire paraître aucune affecterie, cela étant très dangereux.

1 'e second motif, mes chères sœurs, pour lequel vous êtes choisies de Dieu entre tant d’autres pour aller tra-

vailler à son œuvre est pour aller faire en ce lieu-là ce pue le Fils de Dieu a fait sur la terre. Oh ! si vous connaissiez la grandeur de la grâce de Dieu sur vous, vous seriez dans l’étonnement que Dieu se veuille servir de vous pour de si grandes choses. Quoi ! mes sœurs, être legardées de Dieu, tirées de vos pays, de la bassesse et de 1 ignorance, poui etre envoyées en une province éloignée! Et quoi faire? Pour y sauver des âmes.

Page 1