‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 22 sur 138 · Evangile de saint Matthieu V · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu V

Bienheureux les pacifiques, c’est-à-dire ceux qui. apaisent les troubles, qui ne veulent point de contestation. Voilà ceux qui sont appelés enfants de Dieu, parce qu’ils se rendent semblables à son Fils, qui est un Dieu de paix et qui est descendu du ciel en terre pour faire la paix. Voilà pourquoi bienheureuse unesœur qui tâchera de' mettre la paix partout et de la conserver au dedans d’elle-même.

Bienheureux les persécutés. Voilà ime fille vertueuse qui veut être obéissante à ses supérieurs et suivre leurs ordres exactement ; car il y en a qui ne voudraient rien faire contre la volonté de leurs supérieurs, pas même avoir une pensée contre’ leur intention, s’il était possible. Si, à cause de cela, on blâme cette sœur, on trouve mauvais qu’elle ne soit pas comme les autres, qui n'y regardent pas de si près; si, à cause de son exactitude, on parle mal d’elle, on la méprise, oh ! qu’une telle fille est heureuse ! Elle souffre, à la vérité, mais c'est pour la justice; et ainsi, selon cette maxime, elle est bienheureuse.

Voilà, mes chères sœurs, les maximes du Fils de Dieu et celles qu’il a plus souvent pratiquées et enseignées, quand il était au monde. Or, il les faut embrasser ardemment, puisque vous devez aimer ce que Notre - Seigneur aime, et haïr oe qu’il hait.

à oi< i ce que dit encore cette règle : « Elles embrass< ront c elles de JésuS-Chnst, entr’autres celles qui nous recommandent la mortification, tant intérieure qu’extérieure, le mépris de soi-meme et des choses de la terre, choisissant plutôt les emplois bas et vils que' les honorables et agréables, prenant toujours la dernière place* et gardant la meilleure pour son prochain. »

M< ^ chères sœurs, il faut la mortification, sans laquelle vous ne pouvez suivre les maximes du Fils de u, surtout 1 intérieure. Notre- Seigneur est venu nous-

enseigner ces deux sortes de mortifications : l'intérieure, souffrant en son âme de ce que les hommes commettaient tant de péchés contre soin Père; et l’extérieure, endurant de très grands tourments en toutes les parties de son corps. Il faut donc en faire état et être dans une continuelle mortification.

L’extérieure consiste aussi à ne point regarder les belles choses, quand la curiosité vous y porte; à aller la vue 'basse, sans s arrêter pour voir ce qui se passe dans les lieux ou vous allez. C’est de quoi je' n’ai pas sujet de me plaindre. Jusqu’à présent, j’ai été fort édifié de la modestie que vous gardez dans les rues. Mais il faut continuer, mes filles.

Il faut mortifier les yeux et les oreilles, qui se plaisent a entendre des chants, des musiques, les louanges qu’on nous donne, des nouvelles, le chant des oiseaux. Les oreilles trouvent du plaisir à ces choses-là; mais il faut se mortifier et les fuir au lieu de les rechercher.

Le goût cherche toujours à se satisfaire au boire et au manger, desire les viandes bien apprêtées et délicates. Il faut le mortifier, en rejetant tout cela, cherchant plutôt les viandes grossières que celles qui sont bien apprêtées.

Apres cela, nous avons le toucher. On prend plaisir quelquefois à se toucher les mains les unes des autres, meme à se les laisser toucher par les hommes. O mes sœurs, il faut mortifier cela et en avoir horreur. Quand on voit que quelqu’un se met en devoir de le faire, ne le’ souffrez jamais, surtout des hommes. Si vous aviez des charbons de feu, il faudrait les leur jeter pour leur faire voir qu’ils ne doivent pas être si effrontés.

Voilà ce que vous devez faire pour l’extérieure. Mais ce n est pas tout; il faut l’intérieure, qui consiste à mortifier les facultés de l’âme

L’entendement se' porte à vouloir savoir toutes les

choses curieuses, à s’enquérir de ce qui n’est pas nécessaire. Oh ! que c’est un grand mal que la trop grande curiosité! Il faut la mortifier, car il n'est pas nécessaire de tant savoir, puisque, selon ce que dit saint Paul, la science enfle et il n’y a que la charité qui édifie 4.

L.a mémoire est si aise de se ressouvenir des plaisirs qu’on a eus autrefois dans les familles d’où l’on est sorti, de se souvenir des parents, de leurs caresses et bon traitement qu'on en recevait, des recherches en mariage! Ah! mes sœurs, il faut mortifier tout cela et ne point s’arrêter à ces choses qu’on a quittées; vous ne devez jamais souffrir que votre mémoire prenne plaisir à ces pensées.

La volonté se porte à aimer ce qui lui agrée et à rejeter les choses qui lui sont pénibles.

Enfin, mes chères sœurs, vous devez faire grande attention à cette mortification intérieure' et extérieure. A l’égard de la vue, comme je vous ai déjà dit, je ne puis m’en plaindre; et comme je blâme le vice', je ne puis que je ne loue la vertu. Il faut donc nous mortifier en tout ce qui nous délecte : à l’odorat, au goût, au toucher, bref en tous les sens; et être bien aises d’avoir les choses grossières, tant aux habits et linge qu’au vivre. Jamais on ne doit fuir ces choses-là. Il faut, pour être bonnes Filles de la Charité, aimer la pauvreté et vileté, car la maxime de Jésus-Christ était de choisir le pire et de se mépriser lui-même, jusqu’à dire qu’il était comme une jument, qu’il était un ver de terre et 1 opprobre des hommes, tant il avait peu d’estime de lui-même. C est ce peu d’estime qu’il en avait, qui l’a P(>rtr a mourir pour les hommes, préférant ainsi leur >alut a sa propre vie, de sorte que, quand il n’y aurait

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