SUR LE SCANDALE
Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est du péché de’ scandale. Au premier point, l’on doit considérer les raisons que nous avons de ne jamais scanda-
Entretien 63. — Cahier écrit par la sœur Mathurine Guérin. (Arch„ des Filles de la Charité.)
User notre prochain par paroles, œuvres, omissions et négligences ; au deuxième, les actes qui donnent scandale au prochain et les principaux péchés que les sœurs peuvent commettre; au troisième, ce' qu’il faut faire pour ne point scandaliser. Voilà sur quoi nous avons à nous entretenir.
Mes chères sœurs, c’est ici un sujet bien important pour tout le monde, mais principalement pour ceux qui se sont donnés à Dibu et surtout pour les sœurs de la Charité,, parce quelles conversent parmi le monde, qui voit ce qu’elles font. Celles qui sont dans les cloîtres sont bien obligées de se donner garde de ce péché; mais tous ceux qui conversent y sont plus particulièrement obligés : les prêtres de la Mission, les Filles de la Charité et tous ceux qui sont dans la nécessité, par leurs emplois, de converser parmi le monde doivent éviter le scandale bien plus que d’autres, parce que ceux qui, à leur occasion, offensent Dieu les rendent plus criminels.
Ma fille, dites-nous, quelles raisons avez-vous pour fuir le scandale?
— Mon Père, la première raison c’est qu’il déplaît à Dieu et que Notre-Seigneur le hait, comme il nous 1 apprend en reprenant si fort les Juifs de ce péché.
Pour moyens de' l’éviter, il me semble qu’un seul suffit : marcher en la présence de Dieu, parce que cette presence nous tient en garde contre tout mal qui pourrait scandaliser notre prochain.
Dieu soit béni, ma sœur! Notre sœur dit que, pour éviter le scandale, il se faut souvenir que Notre- Seigneur commande de ne point scandaliser son prochain. Mes sœurs, que voilà un puissant motif pour iaiiC craindre ce vice! Oh! combien il importe à tout le monde, et surtout aux personnes apostoliques, de ne pas scandaliser! Cela importe beaucoup aux sœurs
de la Charité, parce qu'elles sont obligées par leurs emplois d’être presque toujours avec le monde.
Ma sœur, quelle autre raison avons-nous pour éviter le scandale ?
— Mon Père, nous sommes comme le miroir du monde', sur lequel il s’arrête, et fait facilement ce que nous faisons. Si une personne est dans quelque mauvaise habitude et voit une Fille de la Charité faire la même faute, elle' se donnera encore plus de liberté pour continuer dans son mal. Si quelqu’une de nous fait mal devant les pauvres gens, ils penseront qu’il n’y a point de danger de faire de même, puisque nous le faisons.
— Vous dites donc, ma fille, que tout le monde, pour ainsi parler, a les yeux sur les Filles de la Charité pour se bien édifier de leurs bonnes actions, ou se ma1édifier de leurs mauvais déportements ?
— Oui, mon Père.
— Ah ! ma sœur, vous avez bien raison ! O mon Sauveur, soyez béni d’avoir donné cette pensée à cette fille! Car il est vrai, mes sœurs, que l’on vous regarde partout où vous êtes, pour remarquer vos actions. Mes sœurs, que serait- ce si plusieurs de vous autres, qui avez été à édification, qui plus, qui moins, vous veniez à donner lieu, par votre mauvais exemple, de perdre la bonne estime que les gens de bien ont de votre Compagnie, en sorte que ce qui avait servi autrefois à les édifier soit maintenant à risée! Ah! quel malheur à ces personnes-là ! Quel châtiment pourrait suffire pour punir les filles qui auraient donné ce mauvais exemple, qui, par ces scandales, seraient cause que cette belle fleur serait flétrie ! Cette belle rose, la Compagnie des Filles de la Charité, qui était à édification à tout le monde et qui jetait de si bonnes odeurs, serait sur le point de tomber en ruines ! Ah ! quel châtiment ne me-
riteraient point les personnes qui contribueraient ainsi à détruire l’œuvre de Dieu !
O Sauveur ! vous dites de' grandes choses, ma hile. Si elles étaient bien pesées, il ne nous faudrait point d’autre motif pour nous faire éviter le scandale, que de savoir que Notre-Seigneur nous commande de le fuir. Quoi! nous ne craindrions pas les menaces qu’il fait à ceux et à celles qui donnent mauvais exemple! Oh ! il faut donc n’avoir pas de sentiment ! Et qu’a-t-il dit? Il a dit ceS paroles, qui doivent faire trembler : « Malheur à vous qui scandalisez ces petits et qui scandalisez les âmes innocentes 1 ! » Malheur à vous, prêtres de la Mission, malheur à vous, supérieur de la Mission, si vous ne vivez en sorte que vous édihiez votre prochain ! Mais malheur à vous, Filles de la Charité, si vous ne vivez d’une manière digne de votre vocation et si vous vous scandalisez les unes les autres! Ce n’est pas moi qui vous le dis, c’est Notre-Seigneur. Et en quelle manière le pouvait-il enseigner plus évidemment ! Malheur donc à tous ceux qui donnent scandale ! O mes sœurs, la parole de Dieu est à jamais véritable; de sorte que notre sœur a e’u raison de dire qu’il importe aux sœurs de la Charité de se bien surveiller, pour que personne ne soit scandalisé à leur sujet.
Notre-Seigneur le disait encore en un autre endroit ; « 11 vaudrait mieux vous pendre une meule de moulin au col et vous jeter au fond de la mer que donner scandale a un de ces petits 2. » Voyez si cette hile n’a pas dit de grandes choses, si cela ne nous vauit pas une prédication !
\ ous direz, je m’assure : « Voilà qui est bien ». Mais ^ ou s me demanderez : « Qu’est-ce que le scandale? »