‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 52 sur 138 · Autre paroisse|de Paris · texte numérisé non relu

Autre paroisse|de Paris

autre dira qu'il faut y ajouter le fruit; quelqu’autre, pour faire plus de chère à sa sœur, dira : « Le pâtissier n’est pas loin, il faut avoir des petits pâtés. » Si c’est un parent, on dira : « Monsieur, nous avons telle chose pour notre ordinaire; mais vous avez chez vous plus que cela; il faut avoir du vin. » Après, il faudra lui tenir compagnie, de sorte qu’au moment qu'on laissera entrer cette liberté en un lieu, imperceptiblement cela se fera aux autres ; et la raison est que traiter son corps est une chose qu’on aime beaucoup. On se laisse aller facilement a ce qu’on aime. Et ainsi vous verrez une coutume de cela. Si une sœur va voir sa compagne, qui ne la convie à prendre quelque chose, elle s’en offensera, sachant qu'elle ne traite pas les autres de la sorte.

Voilà donc ce qui arrivera : on commencera par le peu, et du peu on viendra à autre chose. La joie qu’on aura de se voir ensemble fera qu’on dira : « Puisque ma sœur est venue nous voir, il faut avoir quelque chose de plus; il faut aller chez le pâtissier; réjouissons-nous un peu. » Et puis quand on en sera venu là, on y ajoutera le vin. Avec cela le sang s’échauffera. On s entretiendra des uns et des autres; on oubliera ses pauvres, ne pensant qu’à s’en donner à cœur joie. De sorte que, dans peu de temps, la chambre des Filles de la Charité ressemblera à des auberges et deviendra un cabaret où la nappe est toujours mise. Voyez-vous, c est une chose si véritable que vous le verrez, si vous ne tenez ferme a cette règle. Je ne vous donne pas dix ans, je n’en donne pas seulement six, parce que vous voyez ce que je dis, que, si on vient à ouvrir la porte à cela, il n en faut qu une pour donner l’exemple aux autres. Voyez, mes sœurs, le mal qui arrivera si on contrevient à cette règle, quel scandale cela donnera au prochain. Ces dames, qui sont si édifiées quand elles entendent parler de votre manière de vie, changeront de lancrao-e

et se diront : « Les Filles de la Chanté qu'on a vues vivre si frugalement, ont bien changé de face; elles ont toujours la nappe mise. »

De plus, tandis que vous êtes là, l’esprit malin vous incite à vous entretenir de celle-ci, de celui-là; et souvent on se laisse aller aux murmures et à la détraction. Apres tout, le temps des h îlles de la Charité n’est pas à elles ; elles le doivent aux pauvres et à la pratique de leurs réglés. C est donc encore un autre mal, d’autant que vous perdez le temps. Et vous savez toutes, ou le devez entendre, ce qui est dit dans la Sainte Ecriture : <( Operez votre salut tandis que vous avez le temps 3. )> C’est pourquoi les personnes spirituelles s’accusent d’avoir perdu le temps, quand cela leur est arrivé, et disent : « Je m’accuse d’avoir perdu un quart d’heure de plus qu'il n’était nécessaire, dans une compagnie de laquelle je pouvais me dégager. »

J’ajoute à ce temps que vous perdez là l’incommodité des pauvres. Si c’est la maîtresse d’école, les écolières s’en retourneront trop tard ; si c’est celle qui a soin de porter la portion aux malades, ils demeureront à servir, ou ne le seront pas à l’heure qu’il faut. Ainsi, si vous perdez le temps, pour peu que œ soit, les pauvres s’en sentiront; et si vous écoutez quelque mauvaise coutume que quelques-unes ont pu prendre, si, ne faisant pas attention à ces avis, vous vous laissez aller à suivre leur exemple et que la supérieure souffre cela, vous devez être assurées, mes sœurs, qu’en peu de temps vous vous trouverez là et qu’elle en rendra compte devant Dieu, aussi bien que M. Portail, s’ils n’y mettent ordre.

Savez-vous ce qui se faisait au commencement d’une Compagnie de prêtres qui est très fameuse, c’est qu’ils faisaient mettre la nappe à tous ceux qui allaient là de-

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