‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 59 sur 138 · Louis XIII · texte numérisé non relu

Louis XIII

à Votre Majesté, vous ferez mieux de prendre ce que le médecin vous a ordonné. » Ce bon roi de sa grâce appela le médecin, c était M. Bouvard, et se fit apporter un bouillon.

De sorte donc, mes sœurs, que, si vous avez des œufs et des bouillons, vous êtes traitées de la même façon que les plus grands de la terre. Voyez-vous, la mortification a cela qu’elle se contente de ce qui lui est présenté; et si nous désirons davantage, nous ne suivons pas l’exemple du Fils de Dieu. Hélaq ! comment était-il nourri ? De pain. Quand il .arrivait en quelque maison, que demandait-il ? Du pain. « Donnezmoi du pain. » Et toute sa vie sur la terre a été une continuelle mortification et pratique de pauvreté.

Mes sœurs, vivons toujours conformes à nos conditions et ne souffrez jamais qu’on vous traite autrement que comme de pauvres filles. Je recommande à nos sœurs servantes d’avoir grand soin d’assister leurs sœurs malades et de leur administrer les choses qui sont permises, de la manière qu’on fait dans cette maison. Et ainsi faisant, vous serez vraies Filles de la Charité, vous pratiquerez votre règle, qui n’a d’autre but que de vous tenir toujours dans le souvenir de nos naissances, pour n’en sortir point, ce qui est un grand point pour entretenir l’humilité.

La suite de cette règle dit : « Encore que les dames voulussent, par excès de charité, les traiter plus largement et délicatement, etc. »

Il n’est pas pourtant défendu de recevoir quelque petite douceur, quand il en est grand besoin ; quand on a le cœur affadi et dégoûté au dernier point, il est juste de lui donner quelque douceur; mais il faut que ce soit dans un véritable besoin.

Le 1 5e article de vos règles est du devoir des sœurs malades. Il dit qu’elles ne doivent pas s’impatienter ni

murmurer quand elles ne sont pas toujours traitées a leur goût, se représentant qu’elles ne savent pas si bien ce qu’il leur faut que le médecin et les infirmières, etc.

Hélas ! mes sœurs, être traitées à leur goût ! Qu’est-ce qu'il faut au goût d’une personne malade? C’est un effet de la maladie de mettre dans le dégoût. Tout ce qui peut se dire là-dessus est qu’elles doivent obéir au médecin en ce qui regarde leur office. Voilà par où l’on connaît la vertu d’une personne : c’est si elle obéit bien au médecin, étant malade; et la marque d’une vraie Fille de la Charité, ou d’un vrai religieux, est quand il se laisse faire tout ce que les médecins et les infirmiers veulent. Voilà, mes sœurs, ce que vous devez faire dans vos maladies, pour en faire bon usage : être bien aises d’avoir quelque chose à souffrir pour l’ amour de Dieu, qui se plaît à exercer ses bons serviteurs et servantes par les souffrances.

Voici la 16e règle : « Et d’autant que la trop grande tendresse sur soi-même peut souvent porter les sœurs, particulièrement celles des paroisses, à dire leurs petits maux au médecin des pauvres, lequel les met aux remèdes presque autant de fois qu’elles se plaignent à lui du moindre mal qu’elles sentent, ce qui fait que plusieurs d’entre elles minent leur santé en pensant la procurer, elles n’useront d’aucuns médicaments ni de saignées pour leurs personnes, nii ne consulteront le médecin pour le même effet, sans la permission de la supérieure, savoir pour celles qui sont auprès d’elle, ou dans les paroisses de la ville où elle réside; car, pour celles qui en sont éloignées, il faudra demander cette permission à la sœur servante, laquelle ne le permettra pas, si elle n’y voit de nécessité, et tâchera ellemême de donner exemple aux autres en la pratique de cette règle. »

Voyez-vous, mes sœurs, il ne faut point d’autre

explication. La réglé parle d’elle-même. Néanmoins voici ce quelle signifie : qu'il ne faut pas qu'elles se fassent ordonner les remèdes, cela s'entend des Filles de ia Chance, sans le demander à Mademoiselle Le Gras. Pourquoi cela? C’est parce que l’expérience a fait voir qu’une chose qui gâte le plus la santé est la quantité des remecies, particulièrement aux jeunes gens, ou d’âge médiocre. Et puis c’est que rarement direz-vous aux médecins que vous vous trouvez mal, qu’ils ne vous disent : « Il faut faire telle chose » , parce qu il leur semble qu on ne leur dit ses uncommodités que pour cela. Et ils m’ont dit ici même qu’ils sont quelquefois empêchés quel remède ils doivent ordonner, de crainte qu’il ne soit plutôt contraire à la santé que profitable. Par là, mes sœurs, apprenez à observer cette règle. Peut-être que quelques-unes d’entre vous ont pu apprendre par expérience combien cela est nécessaire.

Je vous dirai encore que j’ai eu des plaintes d’une communauté de filles de ce que la supérieure faisait faire trop de remèdes à ses filles, lesquelles elle faisait aller à l’infirmerie à la moindre incommodité. Parce qu’elle les aimait, elle traitait les autres comme ellemême. A la vérité, elle en avait besoin, mais non pas les autres. Elles me dirent : « Monsieur, depuis que notre Mère est en charge, nous trouvons notre communauté diminuée de moitié. »

Il n’est pas permis aux Jésuites de consulter le médecin sans permission. Or, comme l’on a connu que quelques-unes des Filles de la Charité se laissaient aller facilement à prendre des remèdes, pour éviter l’abus qui pourrait s’y glisser, il a été jugé à propos de vous ordonner que pas une ne dît son mal qu’avec permission.

Oh ! quand il est besoin de remèdes, il faut les faire,

me dira-t-on, quoique les choses nécessaires manquent.

— Malheur aux Filles de la Charité si cela arrivait! Mais il faut que ce soit avec ordre des supérieurs.

Voilà, mes chères sœurs, les -avis que j’avais à vous donner. Si vous les suivez, vous serez vraies Filles de la Charité, et saines et malades; si vous ne le faites pas, vous serez des personnes infirmes qui aurez plus de besoin d’être assistées que vous n’aurez de santé pour assister les autres. Ce sont les règles que Dieu vous présente. Si vous les observez en cela, vous témoignerez l’amour que vous avez pour lui.

Je prie Notre- Seigneur qu’il vous fasse la grâce de vous tenir à vos règles, qui semblent petites en apparence, mais qui sont grandes en effet. O Sauveur de nos âmes, qui êtes le vrai médecin, soyez-ie de nos corps aussi bien que de nos âmes. Vous avez enseigné aux animaux les remèdes nécessaires à leurs maux. Seigneur, enseignez -nous comme il faut nous comporter la- dessus ; et comme les gens de bien ne vont jamais à l’excès, enseignez-nous comme il faut user des remèdes, non seulement pour nous, mais encore à l’égard de nos pauvres.

Une sœur, voyant que M. Vincent était prêt à donner sa bénédiction, lui demanda pardon et à- toute la Compagnie, à laquelle il dit :

Dieu vous bénisse, ma fille, des sentiments de pénitence que vous témoignez ! Cela suppose, ma chère sœur, que vous êtes dans la disposition de faire mieux dorénavant et de travailler à la pratique de ce que nous venons de dire. C’est la grâce que je demande à Dieu pour vous et pour toutes nos sœurs. Que le ciel donc se réjouisse au sujet de ce que vous venez de faire; car il est dit qu’il y a une joie particulière entre les anges, lorsqu’un pécheur fait pénitence.

Plaise a la bonté de Dieu nous bénir tous et nous

donner la grâce de nous tenir toujours à nos règles, qui sont si saintes! C’est la prière que je fais à Notre- Seigneur, et, de sa part, je prononcerai les paroles de bénédiction.

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