‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 7 sur 138 · SUR LE SCANDALE · texte numérisé non relu

SUR LE SCANDALE

Le dimanche 15 novembre 1654, notre très honoré Père nous fit la charité d’une conférence sur la continuation du péché de scandale, qu’il commença en cette sorte.

Mes chères sœurs, le sujet de cet entretien est la continuation du dernier, qui était du scandale. Alors nous parlâmes seulement du premier point et des raisons qui nous obligent à fuir le scandale. Nous fîmes voir qu’il y a un scandale reçu et un scandale donné, ce' que c’est et comment il est fait. Le premier point fut vidé; mais je ne sais si nous dîmes une chose qui me revient à ce propos. Je' ne laisserai pas de la dire, car peut-être y en a-t-il plusieurs ici qui n’y étaient pas alors.

Scandaliser, donc, c'est donner sujet à notre prochain

Entretien 64. — Cahier écrit par sœur Mathurine Guérin. (Arch. des Filles de la Charité.)

d’offenser Dieu. La malice du scandale est à comparer au mal que ferait sur un grand chemin une personne qui, pour faire tomber ceux qui passent par là, mettrait une pierre sur une fosse, afin de mieux attraper les passants; ce qui est une méchante chose'. C’est ce que l’on fait par le scandale, et encore pis, parce que ce n’est pas le corps qui est précipité, c’est l’âme qui trébuche dans le' scandale du péché.

Nous dîmes de plus que Dieu châtie tellement ce vice qu’il maudit les personnes qui font le scandale. Oui, elles sont maudites de' Dieu. Quel malheur pour ceux qui, par leurs paroles, leurs actions ou leurs œuvres, donnent sujet de scandale, d’encourir la malédiction de Dieu ! O mon Dieu, quel sujet d’examiner ses actions et de penser : « Si je fais cela, si je murmure contre mes supérieurs, si je trouve à redire à l’ordre et à la conduite de la Compagnie, si je détracte de quelqu’une de mes sœurs, je donne sujet à ma sœur de faire comme moi, et par conséquent je commets deux péchés. » Voilà comme il faut faire pour ne pas faire le mal. Si vous y êtes déjà tombées, il faut vous examiner pour vous en confesser; car, voyez-vous, ce n’est pas assez de s’accuser du mal, il faut dire s’il a scandalisé quelqu’un, parce que c’est une 'circonstance qui aggrave le péché. Mes chères sœurs, si cela est que tous ceux qui font le scandale sont maudits de Dieu, et que tant de personnes dans le monde tombent dans ce péché, et s’il est si facile à commettre dans les maisons qui sont dédiées à son service, combien se scandalise-t-on dans le monde de ce grand nombre de personnes qui ne font presque rien qui ne scandalise ceux qui les voient, et qui ne servent qu’à faire choir les autres ! Quelle obligation n avons-nous pas à Notre-Seigneur de nous en avoir retires ! Quand il n’y aurait que ces personnes-là de damnées, que le nombre en serait grand !

Cependant c’est un Dieu qui le dit, et il est véritable : « Malheur à vous qui faites scandale, car il vaudrait mieux que vous eussiez une meule de moulin pendue à votre col et que' vous fussiez précipités dans la mer 1 ! » Oh ! oui, mes sœurs, il vaudrait mieux à ceux qui scandalisent être au fm fond de la mer, parce qu’il n’y aurait qu’eux de perdus et qu’ils ne serviraient plus à faire pécher les autres.

Voilà de grandes raisons pour nous faire appréhender ce vice, après le bien qui revient de donner bon exemple par nos paroles, car l’on connaît à la parole quel est le cœur. Je le dis par expérience, je ne vois point un meilleur moyen de bien édifier le prochain que de prendre garde à nos paroles.

Une autre raison, c’est qu’ils font l’office du diable. S’il y en a dans la Compagnie qui donnent sujet de scandale, elles font l’office du démon. Les Filles de la Charité qui sont cause que les autres pèchent, et font, par leur exemple, qu’elles offensent Dieu, accomplissent l’office du démon, qui ne saurait faire autre chose que pousser au mal.

Notez bien cela, je le dis encore afin que vous le reteniez, scandaliser, c’est être cause', par nos paroles, nos actions et nos mauvais exemples, que notre prochain fait le mal, ou fait le bien imparfaitement et moins bien qu’il devrait. Il y a tant de temps que le démon ne fait que cela! Pourvu qu’il fasse offenser Dieu, il est content. Oue fait une Fille de la Chanté qui est discordante, qui murmure, trouve à redire à tout, préfère' son jugement à ses supérieurs, à ses sœurs et veut qu’on lui accorde tout? Elle fait l’office du diable. C’est un démon. Aussi voyons-nous de très grands désordres arrivés par là.

i. Evangile de saint Matthieu XVIII, 6.

Or sus, voilà les châtiments que je vous dis dernièrement que Dieu prépare aux personnes scandaleuses qui sont comprises sous la malédiction qu'il leur donne.

Passons au second point, qui consiste à voir en quoi les isœurs de la Charité peuvent faire scandale. Or, estil qu’il n’y a pas moyen de nombrer le grand nombre de péchés qu’elles peuvent faire, tant de paroles que d’œuvres et d’omissions, surtout, ô mon Sauveur! surtout celles qui sont plus avancées dans la Compagnie. Ah ! mes sœurs, je vous le dis, non pas pour vous accuser comme scandalisant, car je veux croire que vous y prenez garde, mais pour vous servir d'antidote contre ce vice et pour vous en faire éviter les occasions.

Or, il faut savoir qu’il y en a qui sont générales et d’autres particulières. Les générales, c’est par les paroles, les œuvres, omissions ou négligences qui scandalisent le prochain. Les occasions de donner scandale, c’est, par exemple, s’il y avait dans la Compagnie (je ne veux pas croire qu’il y en ait) quelqu’une qui parlât mal d’une sœur et trouvât à redire devant les autres à la conduite des supérieurs. Voilà le scandale donné, parce que celles qui entendent tels discours en recevront mauvaise impression. Dire du mal de sa sœur, dite qu’elle est de mauvaise humeur, quelle n’a point de support, cela sans doute fera un mauvais effet, car cette sœur le répétera aux premières sœurs qu’elle rencontrera et ajoutera que, avant quelle fût dans la Compagnie, on l’avait bien prévenue que les Filles de la Ch a rité n’étaient pas si bonnes qu’on les tenait, et qu’en effet cela est vrai. Et voilà le scandale donné. C’est pourquoi, mes chères sœurs, il faut que vous et moi nous nous donnions à Dieu pour prendre à ce moment résolution de ne jamais parler de notre prochain qu’en bien; car, dès que l’on ouvre la bouche pour parler mal de sa sœur, la malédiction de Dieu tombe sur nous.

Nous venons de dire ce que c’est que le scandale de paroles. Il y a aussi le scandale d’œuvre's : c’est, par exemple, si l’on ne jeûne pas quand il faut, à l’un des jours que votre règlement vous ordonne de jeûner. En voilà une qui ne jeûne pas, mange à toute heure quand il n’est pas jeûne, et même des friandises, quoiqu’elle sache qu’il ne faut pas manger hors des repas. Voilà qui scandalise les sœurs, surtout ici. C’est une ancienne qui f ait cela devant des nouvelles ou des externes. Ah ! qu’elle fait de mal! Car ses sœurs penseront qu’il n’y a pas de mal à faire de même, ou elles auront sujet de dire qu’il n’y a pas dans la Compagnie tant de perfection que l’on le croit, puisqu’il y a des sujets si imparfaits; et ainsi elles se décourageront. Si c’est quelque externe, il se scandalisera ; et quand il verra quelques filles qui se voudront donner à Dieu dans la Compagnie, il les en détournera et dira : « Vous voulez aller dans cette’ maison ; eh ! qui vous f ait aller parmi ces personnes-là? » Et ainsi il dira le mal qu’il saura des Filles de la Charité; et celle qui a donné la première ce mauvais exemple’ est cause de tout ce mal, qui en attire d’autres, et à la fin, si les autres viennent à faire de même, attirera la malédiction de Dieu sur elles. Il n’en faut point douter, ipso jaclo , au moment où nous faisons l’œuvre qui scandalise, au même moment l’on attire la malédiction de Dieu. Voilà comme l’on commet ce péché par œuvres.

On le commet encore par omission. Par exemple, on ne se lève pas à quatre’ heures. Si c’est une servante qui fait cela dans les paroisses, sa compagne en fera autant. De même de l’oraison, car, si l’on ne se lève à l’heure’, le temps se passe, l’on n’a pas de loisir, il faut vitement s’habiller et ainsi l’on laisse là l’oraison. Voilà un scandale d’omission : laisser à faire ce que l’on doit faire. Après avoir fait cette faute un jour, on la fera

le lendemain. Si deux sœurs la font, il y en aura bientôt trois, surtout quand ce sont des anciennes. O Sauveur, quand celles qui devraient montrer l’exemple à faire' le bien font le contraire, quel remède il y a-t-il? Quand on voit des Hiles qui devraient tant tenir à l'observance de leurs règles, être les premières à les rompre, ô mes sœurs, que cela est dangereux pour toutes, mais surtout quand c’est la servante! Je le répète encore, parce que, si cela arrivait, l’on quitterait l’ oraison petit à petit, et bientôt toute la communauté ne ferait plus l’oraison. Voilà où cela va. C’est un commencement qui tend là, à ne plus se soucier d’aucune •observance; et ces personnes-là sont maudites de Dieu.

Voilà les scandales généraux qu’on peut donner; voici le particulier. Par exemple, si une sœur, ayant reçu quelque déplaisir de sa supérieure, le va dire à une autre sœur sa confidente et s’en plaindre, disant : « On m’a, fait telle chose et dit cela. » Mes sœurs, voilà un scandale, parce que vous donnez à votre sœur mauvais exemple, et faites qu’elle aura mauvaise opinion de la supérieure et de l’appréhension à l’approcher, et se découragera. C’est pourquoi, mes chères sœurs, quand vous aurez reçu quelque mécontentement de vos supérieurs ou de vos sœurs, ne vous en plaignez point et ne le dites qu’à Notre- Seigneur et à la sainte' Vierge.

à os règles défendent d’écrire des lettres sans la permission des supérieurs ou de la sœur servante. Quelqu une dira : « Quel mal y a-t-il? Nos règles nous détendent cela; mais elles n’obligent pas à péché. » Il est vrai que vos règles -d’elles -même s n’obligent point à péché; mais vous ne les pouvez rompre pourtant sans péché, à raison du scandale que vous donnez. Voilà une =œur entend cette autre dire qu’il n’y a point de mal décrire sans permission. La voilà scandalisée. Et Notre- Seigenur défend le scandale. Par là vous voyez

qu’il n’y a pas de raison de se donner la liberté de rompre la règle, sous ombre qu’il n’y a point de péché.

Voyez-vous, l’on a toujours observé cela, de n’écrire ni recevoir aucune lettre’ sains que les supérieurs les voient. Et dans les Compagnies où cela ne s’observe pas, vous ne voyez que désordre. Cette liberté est un moyen pour renverser une Compagnie. C’est pourquoi il ne faut jamais écrire ni recevoir de' lettres sans qu’on les voie. Quand vous voudrez écrire, demandez premièrement permission à Mademoiselle; et si elle vous le permet, montrez -lui votre lettre quand vous l’aurez écrite. Si vous n’étiez pas ici, envoyez-la-lui. Tout de même, quand vous en recevez, ne les ouvrez jamais, que vos supérieurs ne les aient vues. Si vous faites autrement, vous vous mettez en devoir de perdre la Compagnie. Oui, mes sœurs, voilà ce que vous faites; car, si une fait cette faute, une autre la fera, à son exemple; et de là viendra qu’on se relâchera petit à petit à d’autres choses. C’est pourquoi, quand on verra cela, la charité sera bien blessée.

Ensuite c’est un scandale de s’aller dire l’une à l’autre ce que le confesseur a dit en confession. « Il m’a reprise de telle faute; il m’a défendu cela. » Et semblables choses. Vous ne pouvez non plus parler de ce que le confesseur vous a dit, que lui de ce que vous lui avez confessé. Le confesseur est obligé au secret sous peine de péché, et le pénitent aussi. Et si une sœur va dire à une autre ce que son confesseur lui a dit, celle ci en fera de même, si elle est imparfaite comme celle qui parle de la sorte. Si elle est bonne et vertueuse, elle pensera que cette sœur est bien mauvaise; et ainsi voilà le scandale. Sachez, mes chères sœurs, que les pénitents sont aussi obligés au secret que les confesseurs; si une sœur dit quelque chose de ce que le confesseur lui enjoint, elle pèche du péché de scandale.

C’est autre chose s’il lui tenait de mauvais discours. Si un confesseur était si méchant que de dire à sa pénitente de vilaines paroles (ce qui ne se voit point), en ce cas, il le faudrait dire, et notre Saint-Père le Pape a ordonné de l’aller aoouser à l’évêque.

C’est un autre' scandale de trouver à redire au gouvernement de la maison. Une sœur qui dit devant les autres : « Pourquoi fait-on ceci ou cela? Pourquoi cette maison si mal accommodée? Pourquoi des habits de cette sorte? S’ils étaient d’autre étoffe ils dureraient davantage » ; cette sœur scandalise, car elle sera cause que les autres en feront de même, quand elles en auront l’occasion; et ainsi elle mettra l’esprit de trouver à redire dans la communauté. Et s’il y en a qui ont déjà cet esprit, elles s’assembleront pour trouver à redire à tout, parce que, dès qu’on se laisse aller à trouver à redire à une chose, insensiblement on se trouve engagé dans l’habitude de contrôler toutes choses dont on n’a que faire.

Si l’on fait des visites, c’est encore un scandale, parce que vos règles le défendent. Mes sœurs des paroisses, écoutez bien ceci, de ne recevoir point de visites et de n’en faire point. Ne soyez point si curieuses d’aller voir tantôt une dame, tantôt un confesseur. Tout cela ne vaut rien pour vous autres, et vous ne le pouvez faire' sans en recevoir quelque préjudice. Surtout ne laissez point entrer d’hommes dans vos chambres, quand ce serait votre confesseur, ni moi-même. Si je vous allais voir et que je fisse contenance, à raison de ma disposition, de vouloir entrer dans votre chambre, fermez-moi la porte et ne me laissez pas entrer, ni M. Portail, ni un frère de la Mission, s’il y en allait, ni qui que ce soit. Et tenez ferme à cela. Si une sœur, non

informée de ce qu’il faut faire, voulait faire le contraire, avertissez -la.

Si l’on voulait aller à Notre-Dame- des- Vertus, parce que c’est un lieu de dévotion, il ne le faudrait pas sans permission. Ah ! mais, pourra-t-on dire, la dévotion à la sainte Vierge n’est-elle pas bonne? Oui, elle eist bonne, mais ce n’est pas assez que ce que nous faisons soit bon; il faut que' notre action ait toutes les conditions qui lui sont nécessaires. Car voilà la tromperie de l’ennemi : i-1 essaye de couvrir le mal par le peu de bien qui s’y rencontre.

Une sœur pourra dire : « Quand notre confesseur viendra chez nous, il ne nous dira que de bonnes choses. » Voyez-vous, mes sœurs, c’est le diable qui vous donne ces pensées, car vous êtes aussi obligées a la clôture de votre chambre que les religieuses à leur cloître. Voyez-vous des hommes entrer dans des religions de hiles? Non, si ce n’est par grande nécessité. Or, le cloître des Filles de la Charité, c’est leur chambre.

Si une hile est malade, c’est autre chose; on va la voir, et on le peut; mais, hors cela, jamais.

S’il y en avait parmi vous qui sachiez qu’on n’observe pas ces choses, dites-le à Mademoiselle Le’ Gras, à M. Portail ou à moi; car vous devez être assurées que le diable se servira de cela pour vous perdre’, d’autant que ces visites engendrent la familiarité; ce qui pourra faire prendre la liberté à une sœur qui aura reçu quelque mécontentement de sa compagne, de le dire à un pretre ou à un laïque, lesquels, entendant cette hile dire du mal de sa sœur, en jugeront mal ; et non seulement de la sœur, mais même de toute la Compagnie, et empêcheront d’entrer celles qui y voudraient venir. Ah ! mes sœurs, gardez-vous bien de telles fautes, parce’ qu’elles causeraient la ruine de votre Compagnie. De plus, vous péchez du péché de’ scandale, car vous êtes cause que cet ecclésiastique ou laïque offense Dieu et qu’ils en

parleront dans la première compagnie où l’on parlera de quelques défauts des sœurs de la Charité; et ainsi les Filles de la Charité seront à mépris à ces personneslà. Voilà par où le diable essaiera de vous perdre.

Mais sachez que, si Ton prenait de l’argent des pauvres, ah ! mon Dieu ! je ne veux pas croire que cela soit,, mais je vous en avertis,, afin que jamais vous ne preniez un denier, ni de la maison, ni des pauvres, soit pour le retenir ou pour le donner, ce qui ne vous est non plus permis que l’autre...

Je pense vous avoir dit que les visites et la communication des externes suffisaient pour vous perdre; mais ce qui amènerait la ruine totale de la Compagnie, c’est qu'une sœur dise en soi-même' : « J’épargnerai pour me faire une bourse, que je serai heureuse de trouver, si l’on me renvoie. » Si elle dit ces paroles devant quelqu’une, voilà le scandale. Si vous le faites en cachette, ce sera révélé; il n’y a rien de si caché qui ne soit révélé. C'est le piège par lequel le démon tachera de vous perdre, et la peste de la Compagnie. Vouloir amasser quelque chose, soit de oe que vous donnent les dames, soit de votre épargne, soft, si l’on fait le pot chez soi, du petit bénéfice qu’on en retire, voilà la source de votre

perte. Il y a bien d’autres causes par lesquelles la Compagnie pourrait déchoir. Mais surtout je vous recommande de ne point contrevenir à ce que je vous viens de dire, car vous ne vous perdrez que par ce moyen; les sœurs qui viendront après vous ne se perdront que par là. Si les nouvelles voient des anciennes agir ainsi, elles diront : «L’on peut faire ces choses, puisque les premières qui sont venues avant nous l’ont fait. Elles nous ont donné l’exemple; pourquoi ne le suivrions-nous Pas ? S il y avait eu du mal, elles ne l’auraient pas fait. » ut ainsi, mes sœurs, vous serez cause, par votre mauvais exemple, que les Filles de la Charité

avec

le'ur Compagnie s’évanouiront en fumée. Qui sera cause d’un si grand mal? Le péché de scandale, qui aura attiré la malédiction de Dieu sur vous et sur celles qui viendront après vous.

Or, il faut que vous sachiez que la gravité du scandale se reconnaît à la qualité des personnes; c’est ne qu’il faut remarquer. Autre chose est scandaliser un externe et une de vos sœurs. Il y a plus de mal à donner mauvais exemple à une sœur qui entre dans la Compagnie qu’à une sœur qui y est depuis longtemps, parce qu’elle est encore tendre clans la vocation, et vous êtes cause quelle contractera une mauvaise habitude.

Surtout aux Enfants2, ah! mes sœurs, c’est là que l’on peut faire grand scandale. Vous qui y êtes employées, il faut que vous sachiez que vous devez craindre sur toute autre chose de scandaliser ces pauvres petits enfants, de faire ou dire chose mauvaise devant eux. Si Mademoiselle Le Gras pouvait avoir des anges, il faudrait qu’elle les donnât pour servir ces innocents. On a fait courir le bruit que l’on ne mettait là que' celles qui n’étaient pas propres ailleurs. C’est tout au contraire; il en faut de plus vertueuses ; car telle sera la tante (c’est ainsi qu’ils vous appellent), tels seront les enfants. Si elle est bonne, ils seront bons ; si elle est mauvaise, ils le seront, parce qu’ils font facilement ce que leurs tantes font. Si vous vous fâchez, ils deviendront fâcheux; si vous faites des légèretés devant eux, ils les feront; si vous murmurez, ils murmureront; et s’ils se damnent, ils s’en prendront à vous, n’en doutez pas, parce' que vous en aurez été la cause.

Dans l’enfer, le père et l’enfant se maudissent pour s’être obligés par leur faute à ces peines. « Ah! maudit enfant, pourquoi m’as-tu fait offenser Dieu? Pour

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