‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 8 sur 138 · L’hospice des Enfants trouvés · texte numérisé non relu

L’hospice des Enfants trouvés

t’acquérir des biens et te laisser vivre à ta liberté ! » — « Ah! maudit père, dira l’enfant, pourquoi m’as-tu montré l’exemple de faire! mal? Tu es cause que je suis ici, parce qu’au lieu de m’enseigner à servir Dieu, tu m’as montré le contraire. » Voilà les reproches que les damnés se font et que vous entendrez et que j’entendrai avec vous, si je scandalise les enfants; ce que j’ai grand sujet d’appréhender. Ah! mon Sauveur, que vous pourrai-je répondre quand je me verrai convaincu de tant de scandales que j’ai donnes!

C’est encore un scandale très grand de faire quelque faute' devant celles qui entrent ici, parce que, si elles voient une sœur qui est dans la Compagnie depuis trois ans ou plus montrer sa mauvaise humeur, se laisser emporter à ses passions, ne vouloir rien souffrir, elles en feront de même, et vous en serez cause. Ah ! mes sœurs, si vous faites cela, vous êtes des Hérode; vous leur coupez la gorge, car, voyant des anciennes médire l’une de l’autre, se mépriser et murmurer de leurs supérieurs, vous serez la cause qu’elles s’en iront, ou qu’elles feront comme vous. Voilà pourquoi, vous qui êtes ici, prenez garde de ne faire ni dire rien qui les puisse scandaliser. Les anciennes surtout doivent se donner garde de cela. Ah ! mon Sauveur ! ah ! mon Sauveur ! comment les dernières venues seront-elles vertueuses si les premières ne le sont pas! Non, cela ne se peut, ou, si cela est, ce sera comme un miracle. Il est dit dans la Sainte Ecriture : « Il est arrivé un grand miracle : c’est que les enfants de Coré et de Dathan, qui étaient méchants, furent bons. » Un grand miracle est arrivé de ce que les enfants ne firent comme le père. Eh ! qui sont les mères entre les Filles de la Charité? Ce sont les anciennes. Les autres font comme elles les voient faire. Et que' font-elles ces anciennes, commettant ainsi des fautes devant les nouvelles ? Elles les tuent.

Anciennes, je vous appelle devant Dieu, et moi je m’y appelle avec vous. Un des grands sujets d’appréhender le jugement, c’est pour les scandales que nous aurons donnés. C’est pourquoi prenons garde, si nous voulons éviter la malédiction de Dieu. Ce sera un grand miracle' que la Compagnie se conserve, si vous contrevenez à cela.

S’il se trouvait une ancienne pour dire : « Je ne suis pas obligée à garde'r toutes ces menues choses. Il y a longtemps que je suis dans la maison. C’est affaire aux nouvelles à garder cela », qu’elle sache qu’elle y est plus obligée que personne, parce qu’elle doit montrer l’exemple aux autres.

Mes sœurs, il est tard ; je ne vous ai pas donné les moyens pour bien garder ce que nous venons de dire, et néanmoins il est très nécessaire que vous les sachiez.

Or sus, le premier, c’est que, quand, ayant la liberté de faire des visites, le sujet se présentera de trouver à redire à quelque chose, d’avoir peine à faire ce que l’on vous ordonne, vous ayez soin de vous récolliger, de voir qui est à l’entour de vous et de dire en vous-mêmes : « Si je fais telle chose, je scandalise mon prochain; je crains d’attirer sur moi l’ire de Dieu et de me mettre dans un état tel qu’il vaudrait mieux que je fusse au fond de la mer avec une meule de moulin pendue à mon col. Quel malheur pour moi! Quoi! mon Dieu! je serais cause que ma sœur, que ce prêtre, que cet externe qui me voient vous offenseraient ! Oh ! non, je ne le ferai pas. » Voilà ce qu’il faut que vous fassiez pour ne point tomber dans ce’ vice.

En second lieu, il faut vous examiner sur le scandale que vous avez donné jusqu’à cette heure par paroles, par œuvres ou omissions, pour en demander pardon, et cela dès ce soir, en vous en allant, étant au lit, si vous ne dormez pas, et demain matin faire oraison là-dessus

pour vous en mieux souvenir. Après vous être examinée^, il faut vous en confesser, et au plus tôt; car notez ceci : quand vous avez été à confesse et que vous n’avez pas dit le nombre des personnes que vous avez scandalisées, vous ne vous êtes pas bien acquittées de votre devoir. Quoi ! mon Sauveur ! je ne pense pas à cela ! Combien de' fois me suis- je accusé de mes fautes sans dire le scandale qu’elles avaient donné ! Ce’ n’est pas assez de dire: « J’ai scandalisé des soeurs » ; il faut dire le nombre et rechercher les moyens d’y remédier.

Si vous avez dit à une de vos sœurs : « 11 n’y a pas de mal à écrire », il faut réparer, vous en aller trouver la sœur, vous mettre' à genoux et dire : « Ma sœuir, jevous ai donné un mauvais conseil, vous disant qu’il n’y avait pas de mal à faire telle chose. Ne me croyez pas, je vous supplie, parce que je sais que Dieu y serait offensé. » Et ce faisant, vous réparerez la faute, empêchant le mal que vous aviez conseillé. C’est là un grand moyen de réparer le mal, ou de faire quelque chose contraire, comme, si vous avez mal parlé d’une sœur, en dire du bien; si vous avez trouvé à redire au gouvernement de la maison, trouver bon tout ce qui s’y fait.

Le quatrième moyen, c’est de ne se scandaliser de rien, de ne juger jamais mal de personne. Oh! non, mes sœurs, ayez toujours grande estime de vos sœurs; interprétez tout ce qu’elles font, à bien; excusez toujours les défauts qui vous paraissent en elles, et dites : a Ma sœur a été surprise; c’est ce qui lui a fait faire cette faute » ; ou bien : « Elle ne sait pas que cela est mal. »

11 en est qui pensent qu’il n’y a point de péché à faire ces choses, quand elles n’ont point eu de mauvaise intention. Ah! mes sœurs, pardonnez-moi, car, pour faire quelque chose qui soit bien, il faut que ce

soit sans défectuosité et qu’il n’y ait pas seulement une petite tache. Je m’explique. Voilà une fille qui va à Notre-Dame- des- Vertus, dans la pensée qu’il n’y a pas de mal, parce que c’est une bonne chose d’être dévot à la sainte Vierge. Oui, c’est bien fait d’aller à Notre-Dame- des- Vertus, mais il faut en avoir permission. Une autre dira : « J’ai envie d’aller voir mon confesseur, et je ne parlerai que de choses bonnes; aussi bien nos supérieurs ne nous ont défendu que de nous entretenir avec eux des défauts de nos sœurs. » Mes sœurs, cette bonne intention ne vous justifie nullement. Il vous est permis de parler à votre confesseur, pourvu que ce soit à l’église et de chose nécessaire; car, autrement, vous ne le pouvez sans scandale.

Une autre dira : « Nos règles n’obligent point à péché mortel. » Je vous le dis encore : vous ne les pouvez rompre sans péché, quand il y a du scandale, du mépris, ou de la négligence. De ces exemples vous pouvez voir combien il est à craindre de faire ou dire rien qui scandalise vos sœurs, quoique vous ayez bonne intention. Si vous dites : « Il n’y pas de péché à rompre la règle », vous serez cause que les autres en feront de même. Et ainsi l’on n’ observera pas cette règle, et, ne l’observant pas, l’on n’obéira pas comme Dieu le commande; de sorte donc, mes sœurs, que, quand on dit que les règles n’obligent point à péché, cela s’entend comme nous avons dit.

Donnons-nous bien à Dieu pour prendre résolution de ne jamais faire action qui puisse scandaliser notre prochain, nous souvenant qu’à même temps que nous le faisons, nous nous mettons en l’état d’encourir la malédiction de Dieu.

Notre très honoré Père, sur le point de se mettre à genoux, dit :

O Sauveur de mon âme, qui avez fulminé malédic-

tion contre tous ceux qui donnent le scandale et qui sont cause que vous êtes offensé, bannissez, Seigneur, ce vice de cette Compagnie; qu’elle ne scandalise plus personne; faites que nos sœurs édifient tous ceux qui Jes verront, afin qu’elles ne puissent jamais tomber dans ce vice. C’est vous, Seigneur, qui avez recommandé le bon exemple, donnez-nous donc cette grâce; nous vous la demandons, prosternés devant votre divine' Majesté. Seigneur, nous l’attendons de vous et nous la désirons d’un cœur tout plein de regret des fautes que nous avons commises contre ces choses. F ai tes , par l’amour que vous portez à cette Compagnie, que l’on ne dise plus rien qui soit cause que les âmes que vous appellerez dans cette Compagnie n’avancent pas dans la vertu; faites -le enfin pour le bien quelle peut faire.

Mademoiselle priant notre très honoré Père de demander pardon à Notre- Seigneur pour les scandales quelle avait donnés à nos sœurs, il lui dit :

Or sus, or sus, Mademoiselle, le Fils de Dieu s’est chargé des péchés de' tout le monde. Ce n’est pas à dire que nous soyons innocents et que nous n’ayons pu scandaliser nos pauvres sœurs. Je prie Notre-Seigneur qu’il nous pardonne à tous le passé et nous donne la grâce de faire notre profit de tout ceci.

Beneclictio Dei Patrïs ...

Pensées de Mademoiselle

Une des raisons qui nous doit faire éviter ce péché de scandale est la croyance que nous devons avoir à ce que Notre-Seigneur nous en a dit, par où nous apprenons que le péché est grand, non seulement pour nous, mais dommageable à ceux que nous scandalisons,, et déplaisant à leurs bons anges peut-être, pour le mau-

vais office que nous leur rendons, contraire à celui qu’ils leur rendent, les excitant au bien, voyant les desseins de Dieu sur eux.

Une autre raison est que le scandajle (donné peut être la cause de la damnation de la personne qui scandalise et aussi de celle qui est scandalisée, parce qu’elle mérite une soustraction de la grâce, sans qu’elle s’en aperçoive.

Une troisième raison est la honte devant Dieu, les anges et les hommes, qui reste' à la personne qui scandalise; ce qui porte grand mépris.

Nous scandalisons notre prochain toutes les fois que nous faisons quelque chose contre les commandements de Dieu et de l’Eglise. Nous sommes à scandale à la Compagnie quand nous faisons des actions contre les règlements de la Compagnie et contrevenons aux ordres de nos supérieurs.

Mais le plus grand péché de scandale que nous faisons est par nos paroles, quand nous médisons de notre prochain, ou quand nous le blâmons tant soit peu. Les Filles de la Charité peuvent faire des fautes très notables de scandale quand, par curiosité, elles s’informent l’une l’autre des conduites et traitement des sœurs, quand elles ont, peut-être par leur mauvaise humeur, reçu quelque déplaisir de quelqu’une. Il n’est pas croyable la quantité de désordres que ce péché cause, et peut-être a-ce été le premier motif de plusieurs qui ont perdu leur vocation, en a ébranlé d’autres et ralenti la ferveur et dévotion des personnes habituées à commettre ce péché et tomber dans de grands relâchements.

On donne grand scandale aussi au prochain quand l’on manque de support pour les différentes humeurs et même pour les petites fautes l’une' de l’autre, No tre - Seigneur nous ayant enseigné la nécessité de cette vertu pour l’accomplissement de sa loi.

Le moyen d’éviter de faire ce péché de scandale est si difficile qu’il nous faut demander à Dieu la grâce d’en bien connaître la laideur et le danger inévitable auquel il met la personne qui le commet, de concevoir une haine de ce péché et de se tenir sur ses gardes dans toutes les occasions auxquelles on est en danger de le commetttre. Un autre est faire pour quelque temps résolution particulière pour la pratique de la vertu contraire ; avoir une grande défiance de soi-même et confiance en Dieu; recours à la sainte Vierge, de qui la vie a été à édification ; et prier notre bon ange de nous en faire souvenir.

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