Psaume XXXIII, g
Ceci veut dire, mes soeurs, que les Filles de la Charité ne peuvent et ne doivent ni écrire ni recevoir des lettres de qui que ce soit sans les montrer à la supérieure. C’est là l’usage qui est chez nous. Il y en a qui gardent les lettres deux ou trois jours, sans les lire, pour me les faire voir. Aussi nul n’écrit sans permission et sans montrer ce qu’il a écrit. Cela n’est pas seulement chez nous, mais c’est la pratique de toutes les autres communautés et religions, parce que, pour bien conduire une maison, il est nécessaire qu’un supérieur sache tout. Cela se fait partout : aux Chartreux, aux Jésuites, à Sainte-Marie et dans tous les Ordres religieux. Voilà pourquoi il est juste de garder cette règle.
Si vous voulez donc écrire, mes sœurs, demandez premièrement permission à la supérieure, car il ne faut jamais le faire sans la lui avoir demandée.
Cela n’empêche pas à cette heure qu’on puisse écrire aux supérieurs sans faire voir ses lettres. Par exemple, ceux qui veulent m’écrire de nos autres maisons le peuvent sans être obligés de montrer leurs lettres aux supérieurs du lieu où ils sont, lesquels sont obligés de m’envoyer toutes celles qu’on leur baille pour me faire tenir, sans les lire, quand même elles ne seraient pas fermées, N’est-iil pas juste, mes sœurs, que ceux qui sont sous la direction des supérieurs puissent avoir permission de leur écrire avec toute liberté, étant ceux de qui ils pensent recevoir consolation et qui peuvent les aider par leurs avis? De là vient que tous ceux qui veulent écrire non seulement aux supérieurs de leur Ordre, mais même au Pape, le peuvent faire sans montrer leurs lettres au supérieur général de leur Ordre et sans demander permission à personne.
Vingt et sixième règle. « Et parce que la sobriété et le bon ordre qu’on garde à prendre la réfection contribue beaucoup à la santé tant de l’âme que du corps,
elles feront leur possible pour s’ajuster en cela au règlement qui s’observe en la maison de la supérieure, etc. »
C’est-à-dire, mes sœurs, qu'il faut tâcher de vous nourrir de la même manière qu’on 9e nourrit céans. C’est une nourriture semblable à celle des pauvres. Et pour cela vous devez vous estimer bienheureuses de ce que vous avez des règles qui vous obligent non seulement à servir les pauvres, mais encore à leur ressembler en votre nourriture II faut donc vous conformer, pour le boire et le manger, à l’usage de céans, tant pour la quantité et qualité, que pour les heures et lieux destinés pour prendre vos repas; et cela pour obvier à plusieurs abus et inconvénients qui en arriveraient si on faisait autrement. On ne saurait dire, mes sœurs, les afflictions qui suivraient l’intempérance au boire et au manger, surtout dans les personnes qui ne se tiendraient pas aux vœux qu’elles ont faits. J’ai tort de parler et de porter exemple de la Compagnie; mais je vous dirai qu’on n’use point d’autre viande chez nous, pour 1 ordinaire, que de bœuf et de mouton.
Vingt et septième règle : « Elles :ne sortiront point de la maison sans en avoir eu permission de la supérieure, a laquelle elles diront où elles vont et pourquoi. *>
Mes sœurs, vous entendez bien, par cette règle, qu’il ne faut pas sortir de la maison, celles qui y sont, sans la permission de la supérieure; et pour celles de dehors, que jamais aucune sœur ne sorte sans dire à la sœur servante : « Auriez-vous agréable que j’aille là? » ou bien : « Ma sœur, vous plaît-il que j'aille porter cela aux pauvres ? » Et la sœur servante, pour bien faire, doit, avant de sortir, dire cordialement à sa compagne : « Ma sœur, je m’en vais en tel lieu. » Et tant les unes que les autres, quand vous reviendrez, rendez-vous compte de ce que vous aurez fait. Le Fils de Dieu di-
sait à ses disciples : « Si quelqu’un d’entre vous veut être le premier, il faut qu’il soit le moindre s. » Voilà ce qu’il faut faire, tant pour les sœurs servantes que pour leurs compagnes. Et parce que cela est assez intelligible de soi, nous en demeurerons là.
Voilà vos règles, mes Elles; voilà ce que Notre-Seigneur demande de vous et de toute la Compagnie des Filles de la Charité. Si vous faites cela, ô Sauveur! quelle Compagnie verrez-vous! Verrons-nous quelque chose de mieux fait que la Compagnie de la Charité? Oh ! que celles qui se mettront dans cette pratique feront des fruits par leurs instructions ou par leurs exemples ! Quoi ! une hile qui fait tout ce qu’elle peut faire pour mettre son cœur en état d'être uni à celui de Notre-Seigneur, et qui souhaite de faire toutes les choses requises pour vivre en vraie Fille de la Charité, ah ! mes sœurs, quelle bénédiction ne doit-elle pas espérer de Dieu ! En quel emploi pensez-vous qu’il se servira de la Compagnie, si tant est que vous gardiez vos règles? Mais que ne devez-vous pas craindre si vous vous relâchez ! O Sauveur ! comme celui-là est plus coupable qui, étant informé de ce que Dieu demande de lui, vient à s’y comporter mal et à y manquer! Quel sujet de craindre si on ne persévère pas !
Mes sœurs, s’il y a quelque chose que Dieu prenne plaisir à regarder, c’est l’observance des règles; car elles sont composées par son esprit, dans lequel les supérieurs les ont puisées; ce qui fait que, quoique vous fassiez la volonté de Dieu, qui regarde cela avec plaisir et vous fait de nouvelles grâces, vous pouvez bien croire que tout le bien qui vient à la Compagnie vous vient et rejaillit de l’observance de vos règles. Voyez-vous, mes sœurs, il y a des âmes qui estiment