‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 74 sur 138 · Evangile de saint Matthieu XX · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu XX

que, si Dieu pouvait recevoir quelqu’ autre honneur et plaisir que celui qu’il reçoit de lui-même, ce serait de voir des âmes qui prennent plaisir de vivre dans l’observance des règles. Oh ! il n’y a rien qui lui soit si agréable, parce qu’il prend son plaisir dans les âmes qui se sont données à lui pour le servir. Et cela se voit dans l’Evangile; car, si le ciel se réjouit d’un pécheur qui fait pénitence, combien plus avons-nous sujet de croire que Dieu se réjouit lorsqu’il voit ses filles et ses épouses s’occuper à lui plaire par l’observance de leurs règles ! Ce qui augmenterait la gloire qu’il a, si elle pouvait être plus grande. Mais il a des plaisirs infinis en lui-même, et on ne peut rien ajouter à la gloire et au bonheur qu’il a et qu’il prend de lui-même. Ainsi celui qu’il prend de nous, c’est pour avoir sujet de nous faire du bien.

Mes sœurs, que les Filles de la Charité se donnent à Dieu pour observer leurs règles, puisque c’est le plus grand plaisir qu’elles puissent faire à sa bonté. Non seulement Dieu prend plaisir à regarder le service que vous lui rendez, mais il le fait voir aux anges et aux bienheureux. O Sauveur de nos âmes, quelle consolation de savoir que Dieu prend plaisir à ce que vous faites ! Quel sujet d’aimer votre vocation, de savoir que les œuvres que vous faites sont agréables à Dieu !

Mes chères sœurs, pour toutes ces considérations, résolvez-vous à servir vos malades avec toute la perfection possible. Quel bonheur de ne rechercher qu’à plaire à Dieu, de mépriser toutes les commodités qu’on pourrait avoir et d’estimer comme rien tout ce qui ressent le monde, comme font les Filles de la Charité! Continuez donc, mes sœurs, et faites en sorte que votre Compagnie aille toujours s’accroissant et perfectionnant de plus en plus en la grâce de Dieu et rende de plus grands services à Notre-Seigneur par l’observance des

règles. Je prie sa divine bonté qu’elle ait agréable le service que vous rendez aux pauvres, qu’il lui plaise le recevoir comme fait à lui-même, et rends grâces à Dieu de toute l’étendue de mes affections de ce qu’il donne tant de bénédictions au service que vous rendez tant au corps qu’aux âmes de vos pauvres malades. O Seigneur, bénissez-les toujours en tout ce quelles feront. C’est le souhait que je fais, mes sœurs; et je le prie qu’il éclaire vos esprits, pour vous faire voir l’importance qu’il y a que les Filles de la Charité soient exactes à l’observance de leurs règles. Voyez-vous, si vous le faites, il ne faut point autre chose pour devenir saintes. Je vous l’ai dit d’autres fois, le Pape Clément VIII ne demandait que cela pour canoniser une personne.

Sauveur de nos âmes, qui vous êtes prescrit des règles dans toute l’éternité, le Père engendrant le Fils, et le Fils produisant le Saint-Esprit, c’est là leur règle. Mes chères sœurs, je prie Notre-Seigneur qu’il augmente l’estime que vous avez de vos règles, pour vivre dans l’observance d’icelles. Je le prie qu’il vous fasse la grâce de bien garder vos saintes règles et de n’y jamais manquer. Si vous le faites, il vous dira, comme à Moïse : « Je vous bénirai au sortir; je vous bénirai au retour; bref, je vous bénirai en tout. » Je vous dis de même : si vous gardez vos règles, vous recevrez bénédiction de Dieu sur vos âmes, sur vos corps, bénédiction continuelle pendant cette vie et enfin, en l’autre, le paradis.

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