‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 75 sur 138 · ET LE DEVOIR D’AVERTIR LES SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

ET LE DEVOIR D’AVERTIR LES SUPÉRIEURS

(Règles Communes, art. 28 et 29.)

Mes sœurs, nous allons lire les 28e et 29e règles de 43 que vous avez. Voyons ce quelles disent. « Elles ne feront aucune visite, non pas meme chez leurs sœurs d’une autre paroisse, sans la permission de la supérieure, si

ce n’est en cas de nécessité, comme serait pour celles qui sont malades. »

Mes chères sœurs, cela regarde la visite active et passive. Les visites passives sont celles qu’on reçoit, et les actives sont celles qu’on fait aux autres. Or, les visites sont reconnues par les personnes qui vivent dans le monde pour des choses qu'on doit supprimer, et l’expénence fait voir que les visites ne sont, pour l’ordinaire, que peite de temps. C’est ce qui fait que les gens du 1 ronde qui sont accoutumés à voir beaucoup de personnes consument la meilleure partie de leur temps en \ isites. De sorte que, dès qu une dame ou un homme veulent commencer une vie plus parfaite, le premier avis ou la première règle qu un directeur leur donne, c’est de modérer leurs visites. Pourquoi? Parce qu’on y parle de tant de choses qu’il est fort difficile qu’on n’y offense Dru et le prochain. Comme c est l’ordre des personnes qui veulent vivre dans le monde, c'est aussi celui des Filles de la Charité qui veulent vivre selon la perfection quelles sont obligées d’avoir. Pour cela, il est fort important qu elles soient réglées dans leurs visites. C’est un grand moyen d'avoir l’esprit recueilli dans la méditation. Elles ne rechercheront donc point les visites, ni elles n en feront point. Elles demeureront chez

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elles recueillies et ne converseront point avec le monde, si ce n’est lorsque Notre-Seigneur les y obligera. Hors de là, elles s’en abstiendront.

Revenons à la règle. « Elles ne feront point de visite, non pas même chez les sœurs des autres paroisses. » Cela vous semblera rude. « Quoi ! direz-vous, je ne verrai pas mes sœurs; nous sommes sœurs; quel mal y a-t-il à se visiter l’une l’autre? » Ne le faites jamais, mes sœurs, qu’au préalable vous n’ayez eu la permission de la supérieure. Et si une sœur suivait son inclination, ne tenant compte de cette règle, elle ferait mal, car elle perdrait le temps, au préjudice du service des pauvres.

En second lieu, elle est cause que celle qu’elle visite fait la même faute, parce qu’il faut qu’elle fasse compagnie à sa sœur. C’est pourquoi Notre-Seigneur demande que vous ayez pour maxime de ne point faire des visites sans permission des supérieurs. — Monsieur, me direzvous, fait-on cela aux autres communautés? — Oui, mes sœurs, les filles de Sainte-Marie ont cette maxime que jamais une fille ne parle à une autre fille sans permission, si ce n’est quand on s’assemble. Hors de là, il n’est pas permis de se parler sans permission. Si une fille de Sainte-Marie avait parlé à une autre fille sans permission, elle ferait une faute qui ne demeurerait pas impunie. Pourquoi? C’est parce que l’expérience a fait voir, depuis environ mille ans qu’on a commencé l’institution des communautés, que les filles pouvaient se nuire par leurs entretiens.

Mais, Monsieur, comment faut-il donc faire? — Si vous avez à parler de quelque chose, soit aux personnes du dehors, soit à nos sœurs, il faut venir demander permission, ou bien écrire; si c’est de votre intérieur, il faut venir ici. Mes filles, il est juste que des filles qui ont tout quitté pour suivre Notre-Seigneur, qui est un vrai époux, ne cherchent point d’autre divertissement

qu’en son amour et au service des pauvres. Voilà pourquoi il est bon que vous en usiez de la sorte, si ce n’est en cas de nécessité. Voilà, par exemple, une fille qui se trouve mal en une paroisse; sa sœur le sait; elle fait bien d’y accourir; et voilà comme les règles sont ordonnées avec justice et jugement. Mais, hors la nécessité, in nomine Domini!

Elles ne chercheront non plus, par divertissement, que les autres les visitent ; c’est-à-dire, mes sœurs, que les Filles de la Charité ne doivent pas chercher que les sœurs les visitent, pour avoir sujet de les divertir et entretenir. Pour les malades, c’est autre chose, comme je viens de dire. Je recommande à nos sœurs que, quand il y en aura des malades, celles d’une autre maison les visitent ; car je pense que c’est une grande consolation à une sœur malade de voir ses sœurs; mais. Fors de là, mes sœurs, point de visites, tenez-vous dans l’observance de la règle.

La vingt et huitième règle parle de ce qui regarde particulièrement les sœurs qui ne se tiennent pas auprès de la supérieure, lesquelles ne doivent pas souffrir que personne du dehors monte dans leurs chambres sans grande nécessité, particulièrement les hommes, non pas même les prêtres, ni leurs confesseurs, si ce n’est quand elles sont malades.

Voyez-vous, mes sœurs, ce que je viens de dire est de telle importance que je ne sache point que vous deviez avoir rien plus en recommandation, après l’amour de Dieu et du prochain, que l’observance de cette règle, qui est pour la conservation de la pureté. Or, il faut que vous sachiez que le plus grand risque que courent les h illes de la Charité, c’est de manquer contre la pureté. Et comment cela? C’est que l’esprit malin, de rage qu’il a de se voir méprisé et du service que rendent à Dieu les filles qui gardent leur pureté, leur livre plusieurs ten-

tâtions et rôde perpétuellement autour des personnes religieuses ou de communauté pour la leur faire perdre. Voilà pourquoi vous devez fuir la conversation avec les hommes, hors le cas de nécessité, quand ils tiendraient des discours de piété. Car le malin esprit se servira de cela pour vous tenter. Quand il n’y a point d’objet, cela ne fait que passer; mais là où est l’occasion de la tentation, ah! elle est plus violente et de plus longue durée. C’est pour cela que la clôture est gardée dans les religions. Ce qui ne s’est pas toujours fait; car, au commencement, les religieuses n’étaient point enfermées.. Elles allaient, comme vous faites, parmi le monde. Mais elles souffraient d’horribles tentations contre la pureté. Ce qu’étant reconnu, nos Saints-Pères les Papes, de peur d’inconvénient, ordonnèrent qu’elles seraient enfermées, à cause de la difficulté qu il y a à garder la chasteté, si on est dans les occasions de la perdre.

Mes sœurs, vous aurez donc les tentations qu avaient les religieuses et qui en ont fait tomber quelquefois, non pas vous autres, par la miséricorde de Dieu, car nous n’en avons point vu qui aient succombe jusqu à présent. S’il y a eu des tentations, on les a surmontées, par la miséricorde de Dieu. Mais, si vous avez ete préservées par le passé, vous avez sujet de craindre pour l’avenir, vous et celles qui viendront après vous, si vous manquez à cette règle.

Mais, Monsieur, que faut-il donc faire à cela? Mes sœurs, il faut que les Filles de la Lharné fassent leur cloître de leur chambre. S’il vient un parent pour vous parler, il faut descendre en bas et lui parler devant tout

le monde. Encore faut-il couper court.

Monsieur, ne vous semble-t-il point qu’il y ait quelque chose de rude en cela? N’y a-t-il point d’inhumanité? — Non, ma sœur, car, si vous le permettez à un parent, ce sera une entrée pour les autres. Et ainsi vous ne devez

pas souffrir que pas une de vous autres laisse entrer un homme dans vos chambres, non pas même les femmes, hors la nécessité.

Il n’est pas seulement défendu aux religieuses d’ou- P ^ ^ ^ ^ m r n es, mais même aux femmes, qui

n’y entrent jamais, ou bien rarement. Encore faut-il avoir permission de l’évêque, ou du général. Mais, pour les hommes, ils n’y entrent point, si ce n’est des prêtres ou des médecins en cas de maladie. Si vous avez à parler à vos confesseurs, vous leur pouvez parler à l'église, mais jamais dans vos chambres, quand ce serait M. Portail ou moi-même; vous ne devez pas m’y souffrir.

Monsieur, voilà qui semble rude. — Mes sœurs, voilà qui semble juste. Lorsqu’il plaira à Dieu vous faire connaître le danger qu’il y a pour les Filles de la Charité en telles conversations, vous verrez qu’on a eu raison de vous donner cette règle. Plaise à Dieu vous faire cette grâce ! O mon Sauveur, accordez à ma prière qu’elles connaissent l’utilité de cette règle, vous qui avez votre mère si pure qu’elle se troubla de voir un ange dans sa chambre, parce qu’il avait la forme d’un homme. Plaise à la bonté de Dieu, ô Sauveur de nos âmes, faire connaître à nos sœurs l’importance qu’il y a que les hommes n’entrent point dans leurs chambres ! C’est la très humble prière que je vous fais, Seigneur, que, par l’amour que vous avez eu pour la pureté, voulant etre conçu et naître d’une mère si pure, vous nous accordiez cette grâce. Mes sœurs, voici une fête de pureté. Demandons à Notre-Seignear que, par sa sainte nativité, il nous donne la grâce de b' en observer cette règle-ci. Donnons-nous à D’eu pour cela; car voilà une règle d’aussi grande importance que pas une que vous ayez.

Il faut donc, quand vous aurez à perler à vos confesseurs que ce soit à l’église ou à la porte de la maison.

Encore faut-il que ce ne soit pas à heure indue, quelques bonnes intentions et raisons que vous ayez. A heure indue, c est-a-dire, mes sœurs, le soir entre chien et loup et le matin tout de même. Il faut prendre garde, quand vous parlerez à quelqu’un, que ce soit à une heure où l’on puisse voir clairement vos actions. Mes sœurs, voilà ce que Dieu demande de vous par votre règle, que vous retiendrez, et vous y penserez souvent pour vous exciter à l'observer. Sachez que l’alphabet a b c, autrement appelé la croix de par Dieu1 2, tant pour les personnes qui veulent bien vivre dans le monde que pour les Filles de la Charité qui désirent vivre dans la pureté, n’est autre que de retrancher, en premier lieu, les visites, n en recevant et n'en faisant que dans les cas dont j’ai parlé.

Il faut encore, en second lieu, vous donner à Dieu pour ne laisser point entrer d’homme en vos chambres, non pas même des prêtres, quand ce serait moi-même, parce que cela est contre la volonté de Dieu, de sorte que, si vous le souffrez, vous offensez Dieu, et moi je l’offense aussi.

Voici le 29e article de vos règles : « Et d’autant que le supérieur ni la supérieure ne peuvent remédier aux désordres qui arrivent dans la communauté, sans les savoir, ni les savoir sans qu’on leur donne avis, et que faute de leur donner cette connaissance, la Compagnie serait en danger de périr avec le temps, chacune sera soigneuse d’avertir humblement la supérieure ou le supérieur des fautes notables quelle aura remarquées en ses sœurs. »

Mes sœurs, ceci parle de soi-même. Vous entendez

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