Evangile de saint Luc X
verra toutes sortes de grâces, tandis que nous les observerons. C’est pour cela que l’esprit malin fera tous ses efforts pour vous divertir de l’observance de ces mêmes règles. Car les unes seront tentées de ne se pas soucier de ce qu’une Fille de la Charité doit faire, d’autres d etre coiffées d’une autre sorte. Celles-là ne se soucient pas de contrevenir à l’observance des règles; et s’étant ainsi relâchées peu à peu, avec le temps elles viendront à une telle extrémité de libertinage qu'elles se moqueront de toutes vos saintes pratiques. Pourquoi cela? C est parce qu’elles se sont Laissées aller à l’inobservance des règles. Je ne dis pas que cela arrive à l’heure même; mais, si vous n’êtes pas fidèles à les garder, principalement celle-ci, cela arrivera dans la suite.
il y en a d’autres parmi vous qui les garderont au péril de leur vie. Rangez-vous de ce côté-là, mes filles, et tendez-y de toutes vos forces, surmontant courageusement toutes les difficultés qui pourront s’y opposer. Ah! mes chères sœurs, y a-t-il consolation plus grande que de faire la volonté de Dieu? Vous le savez, vous qui êtes dans la pratique, c’est un continuel banquet ; et celles qui ne la font pas ont un continuel sujet de tristesse, de fâcherie et de misères; car, de quelque côté qu’elles se tournent, elles ont un continuel reproche de la conscience, qui est un témoin irréprochable. Elle leur dit : « Ma sœur, vous n’observez pas vos règles, et vous l’avez promis! Voilà telle fille, faible du corps, qui les observe bien. Ne voulez-vous pas vous vaincre en telle et telle chose? » Ah! misérable, quand sera-ce que je serai dans cette pratique? Voyez-vous, si vous ne gardez pas vos règles, résolvez-vous à sentir un continuel reproche, et soyez assurées que vous n’aurez jamais de vraie consolation tant que vous ne vous donnerez pas à Dieu pour les bien garder. Et vous qui les gardez bien, ditesmoi, n’est-il pas vrai qu’il n’y a rien qui satisfasse tant
une âme que de faire ce que Dieu demande d’elle? Ne vous souvenez-vous pas de nos chères sœurs qui sont devant Dieu? Vous savez ce qu’on en a dit dans les entretiens que nous en avons faits. Elles étaient si soigneuses de garder leur règle que jamais elles n’y manquaient;, ou si, par infirmité, elles en rompaient quelqu’une, tout: aussitôt elles en avaient regret. Aussi faut-il avouer que celles que nous avons vues dans cette pratique mériteraient que leurs vies fussent écrites. Oui, mes sœurs, je vous le dis avec tendresse et consolation, si celles qui étaient dans cette pratique se fussent rencontrées du temps de saint Jérôme, il aurait écrit leur vie. Car ce saint se plaisait à recueillir les vies des chrétiens de son temps qui s’étaient rendus recommandables par leur vertu, et principalement celles des filles.
Le temps est court, mes chères sœurs, il en reste peu; courage ! vous avez des moyens très assurés pour parvenir au port où elles sont arrivées. Quand nous vivrions encore vingt ans, comme celles qui sont allées à Dieu, qu’est-ce que cela ! Nous n’en avons pas tant à passer.. Car premièrement il en reste peu aux vieillards comme moi. Je ne peux pas vivre longtemps; mais aussi les. jeunes peuvent bientôt mourir. Cela étant ainsi, employons le temps qui nous reste; donnons-nous à Dieu pour bien observer nos règles, et confiez-vous en sa bonté. Si vous le faites, la Compagnie de la Charité sera agréable à Dieu. Il prendra plaisir à verser ses bénédictions sur elle; il fera qu’elle sera à édification a. tout le monde, tandis que vous ferez ce que doivent faire de vraies Filles de la Charité. Ayez cette confiance, mes chères sœurs, qu’en ce faisant, votre Compagnie ira croissant comme l’aurore, et vous servirez d’exemple aux Filles de la Charité qui viendront après vous, qui, suivant cela, se comporteront en vraies Filles de la Charité. Ainsi la Compagnie ira toujours en aug-
mentant en sainteté. C est ce que j espère de la divine bonté par sa divine naissance. Je le lui demande par le dessein eternel qu il a eu de se faire une Compagnie de pauvres filles dans les derniers temps et par la grâce qu il a faite à cette Compagnie. C’est la prière que je fais à Notre-Seigneur.