‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 79 sur 138 · Evangile de saint Matthieu VII, i · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu VII, i

voir au bienheureux évêque de Genève, instituteur de cet Ordre, et a la bienheureuse mère Madame de Chantal qu il y avait de 1 inconvénient que leurs filles se communiquassent l’une à l’autre. Voilà pourquoi ils jugèrent qu’il était nécessaire d’en faire une expresse défense. Ce qu’ils firent insérant cette règle à celles qu’ils avaient données. Mes sœurs, cela est de telle importance que, dans les maisons où on l’observe bien, c’est un paradis. Au contraire, dans celles qui se relâchent et transgressent cette règle, c’est un enfer. Car ces nouvelles qu’on se rapporte de cette personne ou de ce lieu ne manquent jamais d’avoir tôt ou tard quelques mauvais effets, soit donnant de la crainte, ou causant des murmures et aversions. Et ainsi c’est un petit enfer. Votre règle donc, mes sœurs, vous enseigne qu’il ne faut que pas une de vous parle à une personne sans permission de la supérieure, si c’est ici, ou de la sœur servante, si c’est aux paroisses. Si elle n’y était pas et qu’on demandât à. parler à sa compagne, il faut qu'elle descende en bas, qu’elle entende ce qu’on demande et réponde courtement; la sœur servante étant de retour, qu’elle lui rende compte de ce qu’on lui a dit. Voilà comme il en faut user.

Quelqu’une pourra dire : « Quoi ! ne parler pas à un un parent ! Pour un étranger, passe ; mais à une personne de connaissance, à qui on a peut-être obligation, cela est bien rude ! Monsieur, ne vous semble-t-il pas qu’il y a quelque chose de trop austère ? » — Point du tout, puisque Notre-Seigneur en a usé de la sorte dans sa compagnie avec les apôtres. Mes sœurs, les bonnes âmes d’entre vous ne diront pas cela; au contraire, elles béniront Dieu de ce qu’elles se trouvent dans un lieu où l’on prévoit le mal avant qu’il soit arrive. Tant s en faut qu’elles le trouvent rude ; au contraire, elles diront : (( Voilà une bonne Compagnie! Nous ne saurions

faire le mal, puisqu'on a tant de soin de nous en faire éviter les occasions. » Et quand même la nature le trouverait rude, il ne l’est pas tant que la règle des filles de Sainte-Marie. Mes sœurs, vous devez vous donner à Dieu pour bien observer cette règle, comme un moyen de vous perfectionner. Vous savez l’importance de cela.

Quand on demande une telle, c’est à Mademoiselle Le Gras à dire si elle peut lui parler ou non. Si c’est un homme, la sœur doit lui dire : « Monsieur, je vous supplie d’attendre un peu »; s’en aller trouver la supérieure et lui dire : ce Mademoiselle, on demande ma sœur telle; c’est un homme de telle façon; vous plaît-il qu’on lui fasse parler? » Si elle le juge à propos, elle dira : « Oui, faites-lui parler »; ou bien, si elle est empêchée : « Dites qu’elle ne saurait pas. » La sœur doit faire comme la supérieure lui a dit, et toutes vous devez trouver bon ce qu’elle aura ordonné; si on refuse de vous faire parler, être bien aises de ce qu’on empêche tous les inconvénients qui pourraient arriver, et dire : ce Je suis en une Compagnie où je trouve tous les moyens de me perfectionner. Dieu en soit béni! »

Trente et unième règle. « Elles ne seront point curieuses de s’enquérir des affaires de la maison pour trouver à redire à ce qui s’y fait, surtout pour murmurer contre le procédé du supérieur ou de la supérieure ou de la sœur servante, contre les règles et bonnes pratiques de la Compagnie, cette sorte de murmure étant capable d’aviver la malédiction de Dieu et sur la personne qui le fait et sur celle qui l’écoute avec complaisance et enfin sur toute la communauté, à raison du grand scandale que cela cause. »

Cette règ'le vous défend, mes sœurs, de murmurer et vous avertit de vous garder de trouver à redire à la conduite de La maison et au procédé des supérieurs ou des officières. Trouver à redire à ce quelles font, cela

s appelle murmurer. Et celles qui murmurent ainsi ne ressentent pas la peine qu’il y a dans la conduite. Mais, quand on voit une sœur se laisser aller à la tentation, qui lui fait voir les choses d’une autre façon, oh ! il faut lui faire la charité et dire : « Mon Dieu ! ma sœur, que dites-vous? Nous devons croire qu’ils font du mieux qu’ils peuvent. » Voilà ce que doivent dire celles qui entendent ce murmure; car c’est une grande faute de trouver à redire au gouvernement.

Mans cette sœur fait ainsi, et 1 on pourrait mieux faire autrement. Voila un murmure. Si la supérieure en rappelle une d’un lieu pour y envoyer une autre, trouver à redire à cela et aux règles, s’en entretenir deux ou trois ensemble et dire : « Pourquoi fait-on ceci ? Pourquoi cela? » voyez-vous, mes sœurs, c’est un grand mal. S il y en avait qui trouvassent à redire aux règles et ordonnances des supérieurs, oh ! mes sœuirs, ce serait là un grand mal!

Pourquoi, Monsieur, cela est-il un si grand mal? Ne pas garder une règle, est-ce une si grande chose?

Oui, mes sœurs, c’est une grande chose. Et qui le dit? C est le Saint-Esprit. Ecoutez bien ceci. Il est rapporté dans la Sainte Ecriture qu’il y a sept sortes de péchés que Dieu hait particulièrement, dont le murmure en est un; il y a : j’abhorre un tel et un tel péché, dont le murmure est du nombre. « J’abhorre, dit l’Ecriture Sainte, le murmure entre les frères », c’est-à-dire surtout entre les personnes de communauté et entre les personnes quii sont prêtres. De sorte que, selon cela, le murmure est un plus grand mal que le meurtre. Car une personne qui est tuée peut-être est-elle en grâce, mais en murmurant vous tuez Pâme de votre sœur qui vous entend, surtout si c’est une sœur ancienne. Elle dira : « Cela est donc ainsi ; car, si cela n’était pas, cette sœur ne le dirait pas. » De là elle concevra du refroid isse-

ment contre les supérieures ou offïcières. Voilà une mauvaise impression que vous lui avez donnée, qui peutêtre ne la quittera pas; car le diable se met là dedans. La pauvre créature se trouve embarrassée sans pouvoir discerner où il y a du péché et où il n’y en a point. La raison de cela est que cette impression dont elle est prévenue lui fait trouver des difficultés aux choses les plus faciles. Et si elle en voit une autre qui lui témoigne la moindre chose approchante de ce quelle croit, si cette impression est à un degré, cela la mettra à deux. Pourquoi? Parce qu’elle est blessée à l’intellect. Voilà comme l’opinion que l’une a de la supérieure se communique des unes aux autres. Si vous avez jamais rien vu de déplorable, c’est cela. Ce ne sont que murmures les unes contre les autres. Ce sont là les désordres que cause le murmure dans une Compagnie.

Nous avons deux grands exemples de ceci dans la Sainte Ecriture. Le premier est de la sœur de Moïse, et l’autre de Coré, Dathan et Abiron. Quand Moïse, qui gouvernait le peuple de Dieu, l'eut conduit dans le désert, voilà Coré, Dathan et Abiron qui trouvèrent à redire à cela; ils disaient que Moïse était un magicien, murmurant ainsi contre lui et contre les règles que Dieu lui avait dictées. Or, par permission divine, la terre s’ouvrit et les engloutit en enfer, en punition de leur murmure devant le peuple. Cela alla plus avant. Ils furent cause qu'il perdit la confiance qu'il avait en Moïse. Il arriva que la sœur de Moïse, qui s’appelait Marie, ayant entendu ce qu'on disait de son frère, qu’elle avait vu petit garçon, entra dans la même pensée, voyant les œuvres qu'il faisait. Elle en fut punie de Dieu. Mais il ne voulut pas l'abîmer, comme il avait fait des autres. Il lui envoya la lèpre, de sorte qu’on l’envoya aux champs à cause de cette lèpre, où elle ne

voyait plus, ni n'entendait parler Moïse, Voilà la punition qu’elle eut.

Mes sœurs, n est-ce pas la deux grands exemples pour vous faire abhorrer le murmure? Si vous y êtes tomoees, prenez la resolution de vous en abstenir.

Nous avons encore le prodigieux exemple de Judas. Il trouvait à redire à tout ce que Notre-Seigneur faisait, jusqu’à murmurer de ce que la Madeleine avait répandu son onguent sur le chef de Notre-Seigneur. Non seulement il trouva à redire aux actions de son maître, mais il s’en alla dans les maisons des externes parler contre Notre-Seigneur. Il disait qu’il n était pas le Fils de Dieu. Ce qui confirma les princes des prêtres dans l’estime qu’ils avaient qu’il était un séducteur, ce Quoi! pouvaient-ils dire, voilà un homme qui converse avec lun, qui est de ses disciples, et il rapporte cela. Oh ! s’il n’était ainsi, il ne le dirait pas. » Voilà ce qui les ht résoudre à perdre Notre-Seigneur. Et s’adressant à Judas, pour venir à bout de le prendre, ils dirent : « Que veux-tu que nous te donnions? » Enfin il vendit son maître. Vous savez le châtiment que Dieu en ht. Ce méchant n’en vint à cette extrémité qu’après avoir commencé à murmurer contre Notre-Seigneur. Mes sœurs, sachez que, quand quelqu’une d’entre vous murmure contre les supérieurs ou contre les règles parmi ses sœurs, c’est le commencement de l’ouvrage de Judas. Mais, dès lors qu’on va au dehors, mes sœurs, c’est un Judas achevé.

Et qu’arrive-t-il à cette personne-là? ETn abandon de Dieu; car, s’étant privée de la continuation des grâces de Dieu, ses pensées se portent au pays, aux parents; elle n’a plus de plaisir dans la vocation, et tôt ou tard il faudra quelle en sorte. Si elle ne sort pas, tant pis pour la Compagnie; car, comme elle ne prend plus de plaisir à ce qu’elle fait, elle n’est bonne à rien. Ce n’est que

froideur à l'égard de ses supérieurs, négligence au service des pauvres, de sorte qu'il est mieux pour la Compagnie qu’elle sorte, que de vivre ainsi, mais non pas pour elle; car, tandis qu'elle y est, elle peut, au moyen des bons exemples qu’elle voit en ses sœurs, se remettre dans le chemin qu’elle a quitté, aidée des pubères des autres, au lieu que, n'y étant plus, elle est privée de tous ses biens.

Cela posé, mes chères sœurs, donnez-vous à Notre - Seigneur pour bien garder vos règles, principalement celle-ci; et quand vous entendrez murmurer d’elles, dites : (( Eh bien! les supérieurs font cela; il faut croire que Dieu le leur a inspiré et qu'ils font du mieux qu’ils peuvent. Nous voyons qu’ils n’asprrent qu’à nous perfectionner. Que prétendent-ils en tout ce qu’ils ordonnent? Iis travaillent à nous faire des saintes. C’est pourquoi tout ce qu’ils diront ou feront sera bien. )>

Quant aux règles qu’ils baillent, il est nécessaire d’avoir des règles pour éviter les maux qui pourraient arriver. C'est ainsi qu’il faut estimer vos règles, mes sœurs; car tout ce qui s’entend sous le mot de bien, dit saint Paul, vient de Dieu. Or, c'est un bien que d’avoir des règles. Donnez-vous donc à Dieu pour ne jamais y trouver à redire, et estimez toujours bien vos règles; car elles viennent de Dieu. Honorez aussi vos supérieurs et ne dites jamais : « Pourquoi fait-on cela? » Pensez qu’ils font tout ce qu’ils peuvent, comme personnes qui doivent rendre compte à Dieu de ce qu’ils ont en charge, ec assurez-vous que, tandis que vous ferez cela, toute bénédiction de Dieu viendra sur vous; mais, tandis que vous ferez autrement, punition de Dieu. Pourquoi? C’est un Coré, Dathan et Abiron, ou plutôt un Judas, qui trouve à redire à tout. Voilà pourquoi point de consolation dans l'oraison, point d’amour pour Dieu ni pour les pauvres, point de repos en l'intérieur. Et pourquoi?

C est parce que vous avez trouvé à redire à la conduite que Dieu a tenue sur vous par vos supérieurs.

Voyons la règle qui suit. 1 rente et deuxième règle : <( Dans leurs conversations, elles se donneront bien de garde de découvrir les défauts d’autrui, particulièrement a leurs soeurs, comme aussi d ecouter celles qui en parleraient en mauvaise part. Au contraire, elles l’empêcheront autant qu’elles le pourront; sinon, elles se retireront promptement, comme si elles entendaient le sifflement d'un serpent. »

Voyez-vous, mes soeurs, cette règle défend la médisance, c est-a-dire que vous devez toujours parler en bonne part de vos sœurs, quoique non pas pour flatter. On peut bien dire, quand on l’aperçoit : « Cela n’est pas bien » ; mais il n’en faut pas médire. Encore que vous y voyiez quelques petits défauts et qu’elles paraissent imparfaites, vous devez en parler toujours en bonne part et dire : « Puisque cette personne a été appelée de Dieu à son service, il faut qu’il y ait quelque chose de bon en elle. »

Et en effet, mes sœurs, il n’y en a pas parmi vous à qui Dieu n’ait fait quelque grâce particulière que les autres n’ont pas. Et ainsi, vous arrêtant à ce bien qui ne vous parait point, vous excuserez les défauts que vous voyez, bien loin de raconter les manquements de vos sœurs, quand vous êtes ensemble, comme de dire : ce J’ai été en un tel lieu avec une telle. Ah ! qu’il y a à faire à la contenter! Elle fait ceci; elle veut qu’on fasse cela; elle est de telle humeur. » Ah ! mes sœurs, voilà la peste des communautés et la ruine de la charité. Car que veut dire charité? Cela veut dire amour. Or, il ne peut y avoir d’amour quand on parle ainsi les unes des autres. Résolvez-vous donc, mes sœurs, à ne jamais parler des défauts de vos sœurs. Si quelqu’une vous en parle, excusez-les et ne portez jamais vos pensées là. Voyez-

vous, il ne faut pas poser fondement pour vous établir là-dessus. Il n'y a personne qui n’ait quelque défaut, et les plus vertueux manquent quelquefois. « Le .juste, est-il dit, pèche sept fois le jour3. » Ce fondement-là posé, que chacun a ses défauts, on n'aura pas de peine à excuser ies manquements des autres. Que si on parle de quelqu’une, on dira : <c Les autres peuvent en dire autant ou plus de moi. Eh bien! il me semble que cette fille-là n'est pas modeste; il paraît qu'elle est superbe. Et toi, pauvre misérable, tu ne vois pas tes défauts intérieurs, qui sont beaucoup plus considérables que ceux que tu remarques en ta sœur. Tu ne vois pas que tu fais des oraisons si pleines de distractions, que tu es si lâche au service de Dieu, que tes actions sont faites avec si peu de recueillement. Et tu dis que les autres ont des défauts ! Misérable que tu es ! prends garde premièrement aux tiens et ne perds pas le temps à examiner ceux des autres. »

Mes sœurs, étudions-nous nous-mêmes et nos actions, et nous trouverons que les imperfections de nos sœurs sont moindres que les nôtres. C’est pourquoi Notre- Seigneur avait bonne grâce quand il disait aux pharisiens : « Allez, méchants, qui trouvez à redire aux petites fautes d’autrui et ne prenez pas garde aux grandes que vous faites. Allez, misérables, qui vous amusez aux atomes d'imperfection de votre prochain, et ne prenez pas garde à une poutre qui vous crève les yeux4. » Ma sœur, sachez que, si vous vous étudiez bien vousmême, vous vous trouverez la pire de toutes les autres et que vous avez plus d’imperfection qu’elles.

Il y a encore plus, mes sœurs, c’est qu’une fille qui fait comme nous avons dit, voit bien que, si elle ne tombe pas dans les fautes que les autres font, elle y re-

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