‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 80 sur 138 · Evangile de saint Matthieu VII · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu VII

tomberait si Dieu ne la retenait par sa grâce et pa„r l'expérience qu’elle ,a de ses faiblesses et peu de fermeté. Elle verra qu elle est la pire non seulement de la communauté, mais de toutes les filles clu monde, meme pire que le diable. Car, si le diable avait reçu les grâces que vous avez reçues, il serait meilleur que vous. Il le dit lui-même par la bouche des possédés. En effet, si Jésus-Christ était mort pour eux comme pour nous et qu ils eussent reçu les lumières et bons mouvements que Dieu vous donne, ils s’en serviraient mille fois mieux que vous. Il y avait un possédé qui disait un jour à quelqu’un : « Ah ! malheureux que vous êtes de vivre de la sorte ! Vous avez un Dieu si bon, qui est mort pour vous, et vous vivez tout autrement qu’il ne veut î Ah ! si Dieu nous avait fait cette grâce de mourir pour nous, nous le servirions bien mieux que vous ! »

Cela étant ainsi, mes sœurs, ne faut-il pas avouer que nous sommes pires que le démon ! Pour moi, je n’ai pas de peine à me représenter cela ; car je vois clairement comme le jour que je suis pire que le diable; parce que, si le diable avait reçu les grâces que Dieu m’a données, je ne dis pas les grâces extraordinaires, je dis seulement ceci des grâces communes, il n’y aurait démon en enfer qui ne serait meilleur que je ne suis. Ainsi, mes sœurs, ressouvenez-vous d’estimer toutes vos sœurs plus parfaites que vous ; croyez qu’elles sont bonnes et que vous êtes la pire de toutes. Si vous vous établissez là-dessus, qu’arrivera-t-il? C’est que vous ferez de cette Compagnie un paradis et qu’à bon droit on pourra dire que c’est une assemblée d’âmes bienheureuses sur la terre, qui un jour auront des corps pleins de gloire en la compagnie de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge. Ce sera un perpétuel amour de Dieu vers le prochain et augmentation d’amour les unes pour les autres; d’où résultera une paix et concorde qui est, à vrai dire, un paradis.

Car, comme, dans le paradis, les bienheureux aiment Dieu d’un amour perpétuel et se portent sans peine à vouloir ce que Dieu veut, ainsi ne point trouver à redire aux autres et s’aimer réciproquement, c’est un paradis. Commencez, mes sœurs. N’est-ce pas ce que font les bienheureux? Ils ont tant d’amour les uns pour les autres qu’ils sont aussi contents de la gloire des autres que de la leur propre. Ainsi, si nous voulons commencer le paradis dès ce monde, nous n’avons qu’à garder nos règles, et la charité sera comme un paradis. Mais faire le contraire, s’entretenir des défauts des autres, chuchoter avec celle-ci et dire : « Celle-là a fa.it cela ; elle a dit telle et telle chose»; ah! c’est un enfer; il ne saurait y avoir de charité où cela se trouve. Il dépend donc de vous de vivre dans ce monde comme clans un paradis ou comme dans l’enfer. C’est vivre comme dans un paradis si vous avez un parfait amour les unes pour les autres. Oui, une Compagnie bien unie, c’est un paradis; mais des personnes désunies, c’est un enfer.

Mais, Monsieur, s’il arrive que je me trouve avec deux ou trois de nos sœurs qui parlent ou contre la règle ou contre les supérieurs, que faut-il faire? — Ah! vous devez dire à celles-là : « Ne vous semble-t-il pas que cela est défendu par nos règles? » Et si elles continuent après avoir été averties, il faut s’en aller et dire : « Mes sœurs, je ne puis plus mal entendre parler de mes sœurs )), et se retirer; oui, mes sœurs, s’en aller, parce qu’il y a péché d’entendre mal parler du prochain, et peut-être plus grand pour vous qui écoutez que pour celles qui parlent, parce quelles ne voient pas le mal qu’il y a de s’entretenir en tels discours; à quoi elles sont portées par infirmité, au lieu que vous qui les écoutez sans rien dire, vous augmentez le mal ; et elles prendront courage d’en dire davantage, voyant votre silence.

Eh quoi ! vous vous plaisez à entendre décrier une

compagne. Voilà une pauvre fille de qui on parle en fort fort mauvaise part, et vous ne vous mettez pas en devoir pour empêcher cela! Oh! c’est un péché, et il faut s’en aller, ou bien se mettre à genoux et dire : « J’ai retenu de M. Vincent, ou plutôt de nos règles, de ne jamais mal parler de nos sœurs. » N’en disons plus. Voilà oe qu’il faut faire.

Il y a trois degrés ou manières d’avertir : la première est d’avertir qu’on ne fait pas bien; la seconde, de se mettre à genoux pour prier ceux qui médisent de ne pas continuer; ou bien, s’ils continuent, dire : « Dieu me défend d’entendre mal parler de mon prochain », et s’en aller. Si vous agissez de la sorte, qu’arrivera-t-il? C’est que, si vous avertissez, ils se tairont, ou bien, s’ils ne le font et que vous vous mettiez à genoux, vous les toucherez; et si vous quittez le lieu, peut-être que ces personnes-là ne médiront plus et feront pénitence de leur faute. Voilà, mes sœurs, le moyen d’arriver à la perfection, si vous vivez de la sorte. Donnez-vous donc à Dieu pour bien pratiquer ces règles, qui vous rendront des saintes ; car elles vous feront aimer les unes les autres. Or, cela suffit, comme dit saint Jean, pour être sauvé. Mes sœurs, ressouvenez-vous des enseignements que vous donnent vos règles, et que vous ferez tout ce que Dieu demande de vous, pourvu que vous les pratiquiez.

O Sauveur de nos âmes, qui seul pouvez donner cet esprit à nos sœurs, éclairez leur esprit d’un rayon de votre lumière pour leur faire connaître le bien qu il y a dans la pratique de leurs règles. Vous voulez que nous vivions en parfaites Filles de la Charité; ah! Seigneur, si vous le voulez, nous le voulons aussi, et nos sœurs vous le promettent, chacune en son particulier, moyennant votre grâoe, sans laquelle elles ni moi ne pouvons rien. C’est ce que je vous demande avec M. Portail. O

Sauveur, faites-nous cette grâce que nous pratiquions cette règle comme toutes les autres. Nous vous le demandons par 1 amour que vous a porté la sainte Vierge et votre bien-aimé disciple saint Jean, qui disait à ses disciples qu’ils s’aimassent les uns les autres et que cela suffisait pour être sauvé. C’est, Seigneur, ce que nous vous demandons. Et parce que nous n’avons ni assez d amour, ni assez d’humilité, nous implorons votre aide pour entrer clans la pratique de ces vertus, et nous vous offrons à cet effet et vos humiliations et votre amour. O Sauveur de mon âme, c’est ce que nous vous demandons, afin qu’elles vous soient toutes agréables en tout ce qu'elles feront, comme vos chères épouses.

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