Evangile de saint Matthieu V
maux qui se faisaient clans la Mission. Qu’en est-il arrivé? Il m’en est revenu une grande douceur et consolation. Pourquoi? Parce que je sais que cela est agréable à Dieu.
Je vous ai dit que nos sacrifices ne sont pas agréables a Dieu sans la chante et réconciliation, quand il est arrivé quelque différend. Et cela est tellement vrai que la sainte Eglise a ordonne que les prêtres s’accusent de leurs fautes avant que de dire la sainte messe, qu’ils se confessent devant le peuple en disant : « je me confesse à Dieu tout-puissant, etc. » De sorte que, quand vous verrez descendre le prêtre aux pieds des degrés de l’autel, ressouvenez- vous que c’est pour dire au peuple qu’il est un misérable pécheur. Voilà pourquoi il dit sa coulpe des péchés qu’il a commis par pensées, paroles et œuvres.
Cela fait voir, mes chères sœurs, puisque c’est la créance de l’Eglise, que rien ne plaît à Dieu sans la charité ; et concluons de là qu’il n’y a rien qui lui agrée tant, que l’aveu de ses fautes et la réconciliation du prochain, lorsqu’on l’a offensé, puisqu’il ne veut pas même de son Fils, qui lui est offert sur l’autel, sans cela.
Je dis plus, mes sœurs; je ne sais si une fille fera bien de s’aller confesser sans demander pardon à sa sœur qu’elle aura contristée. Je ne suis pas de l’avis de quelques docteurs qui disent qu’il ne faut pas entendre la messe quand on est en péché mortel; mais je suis bien d’avis que nous devons craindre que tout ce que nous faisons ne soit agréable à Dieu si nous n’avons pas la robe de la charité. Or, ce que je vous recommande est que, comme vous avez cette sainte coutume de demander pardon, vous ne manquiez pas, lorsque vous avez donné sujet à quelqu’une de se fâcher, de vous mettre à genoux sur-le-champ, ou du moins au soir, pour lui demander pardon du sujet de
mortification que vous lui avez donné. Cela est conforme à la parole de Dieu, qui dit : « Oue le soleil ne se couche pas sur votre courroux 4. »
Croyez-vous que les Turcs soient meilleurs en cela que beaucoup de chrétiens? Un prêtre de la Mission, envoyé pour la conversion des infidèles, a rapporté qu'il se trouva un Turc et un chrétien, qui étaient tous deux baptisés, avoir eu quelque différend, de sorte qu’ils ne se pouvaient voir l’un et l’autre. Ce prêtre dit à l’un : « J’ai su, mon ami, qu’il y avait quelque chose entre vous et un tel; oh bien! il faut lui pardonner. » Ce pauvre esclave lui dit : « Mais, Monsieur, il m’a fait cela et cela; je ne saurais lui pardonner. Dès que je le vois, je ne puis le souffrir. » — • « C’est votre nature qui vous donne cette peine », lui dit le prêtre, qui s’en fut à l’autre pour pareil sujet. Et il fut une heure tout entière à aller de l’un à l’autre avant que de pouvoir les résoudre à se réconcilier. Un Turc qui était de condition remarqua cela et dit au prêtre : « Viens, que faisais-tu avec ces deux hommes, à qui tu as tant parlé? » Lequel lui dit que c’était pour les réconcilier ensemble. « J’ai bien jugé cela, dit ce Turc; mais quelle religion est la vôtre? D’où vient que ceux qui en sont ont tant de peine à se pardonner? Oh! vraiment nous faisons bien autrement, car nous ne laissons jamais coucher le soleil sur notre courroux. » Voilà ce que les Turcs font. Et par conséquent une Fille de la Charité qui garde quelque froideur sur son cœur contre le prochain sans se mettre en peine de se réconcilier, est pire que les Turcs. Je vous recommande donc cette pratique, et à celle qui a reçu quelque peine de se bien humilier; lorsque sa sœur lui demande pardon, la bien recevoir. Il y a des cœurs rudes qui ne