‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 88 sur 138 · Epître de saint Paul aux Ephésiens IV · texte numérisé non relu

Epître de saint Paul aux Ephésiens IV

reçoivent pas bien les humiliations. On dira, par exemple : « Ah ! vous demandez pardon, maits vous faites toujours la même chose ! » Mauvaise réception qui fait voir qu’elle-même a de la haine contre sa sœur, laquelle, en dépit du démon et de toutes les répugnances qu’elle peut avoir à faire cela, se met en devoir de conserver cette belle robe de la charité qui doit être en vous, comme sœurs qui ont contracté l’amour entre elles, lorsque Dieu vous a assemblées. Que peut faire cette sœur que de vous demander pardon? Eh bien! elle vous a fâchée, peut-être sans y penser, et vous en témoignez de l’aigreur! Voyez-vous, une des plus grandes fautes que vous puissiez faire, c’est de la mal recevoir. Que voulez-vous qu’elle fasse? Elle vous témoigne qu’elle est bien fâchée de la peine qu’elle vous a donnée et qu’elle désire s’amender. Que peut -elle faire davantage pour vous satisfaire? Dieu se contente de cela, et vous, malheureuse créature, vous ne vous en contentez pas ! Quoi ! Dieu promet de pardonner au pécheur tout aussitôt qu’il se repentira, et une sœur ne pardonnera pas à sa sœur ! Oh ! c’est une marque que l’esprit du démon est bien avant dans cette âme-là.

Or, que doit faire celle à qui on demande pardon? Elle doit dire : « Ma sœur, je veux croire que vous l’avez fait sans y penser, et je vous demande pardon à vous-même de la peine que je puis vous avoir donnée. » Il faut laisser celle qui a fait faute se mettre à genoux la première (il est juste qu’elle commence), et dire : « Ma sœur, je vous demande très humblement pardon de telle et telle chose. » Et l’autre doit aussi se mettre à genoux et dire : « Ma sœur, je vous promets que je n’y penserai jamais plus. » Il ne faut pas dire : « Je vous le pardonne », mais qu’on ne veut plus s’en ressouvenir, et demander pardon de ce

que peut-être vous avez été la cause de la faute qu’elle a faite. Car, voyez-vous, il peut être qu’elle a autant de peine à vous souffrir, que vous à la supporter.

Mes sœurs, résolvez-vous à cela dès ce moment. C’est le moyen de conserver la charité et, de plus, de désarmer le démon, lequel perd plus qu’il ne gagne aux tentations qu’il nous donne. Ce qu’il prétend, c’est de nous perdre. Et quand il voit que ses tentations nous servent à nous humilier, il est si fâché de n’être pas parvenu à sa fm qu’il en demeure tout écorné. Mais il faut faire cela le plus promptement qu’il est possible, crainte que le mal ne vienne plus grand; car c’est comme l’huile qui se répand sur le drap. Vous avez causé de la douleur à votre sœur. Le moyen que cela se passe, c’est de lui en demander pardon au plus tôt.

Si Dieu nous fait la grâce de pratiquer cette grande leçon que nous avons apprise aujourd’hui à l’école de Jésus-Christ, on entendra dire de la Compagnie que c’est une Compagnie qui vit plutôt à la façon des saints qui sont au ciel, que des personnes de la terre. Quel sujet de consolation lorsque deux sœurs sont bien unies par le lien de la charité ! Mes sœurs, faites ce qui est porté par vos règles, et vous porterez dignement le beau nom de Filles de la Charité; autrement, vous aurez grand sujet de craindre que Dieu ne vous efface du livre de la charité. Deleantur nomina vestra de libro vitæ ; votre nom est effacé du livre de vie. Vous n’avez que le nom de charité et vous n’avez pas cette belle robe nuptiale. Mes hiles, chacune de vous avez été éorites au livre de la charité quand vous vous êtes données à Dieu pour servir les pauvres; et particulièrement au jour que vous avez fait vos vœux, vous avez reçu ce nom, que Dieu vous a donné lui-même. Vous devez donc vivre conformément au nom que vous avez, puisque c’est Dieu qui a donné ce nom à la Compa-

gme; car ce n’a été ni Mademoiselle Le Gras, ni M. Portail, ni moi non plus qui vous ai nommées Filles de la Charité. Remarquez que le peuple, voyant ce que vous faites et le service que nos premières sœurs ont rendu aux pauvres, vous a donné ce nom, lequel vous est demeuré comme propre à votre exercice.

Mais, Monsieur, est-ce le monde qui a donné ce nom-là? Dieu approuve-t-il ce que le monde fait? — Ah ! mes sœurs, oui, pour le bien, mais non pas pour le mal. Quand tout le monde parle en bien d’une «chose, pour lors la voix du peuple est la voix de Dieu. C’est donc Dieu qui vous a donné ce nom-là. Ainsi conservez-le bien; tâchez d’avoir toujours La robe de la charité, dont les marques sont l’amour de Dieu, du «prochain et de ses sœurs, crainte que Dieu ne vous efface du livre de vie. Et parce que nous sommes tous de pauvres «p«écheurs, remercions Dieu de nous avoir laissé un moyen si facile de nous réconcilier les uns avec les autres; d«emandons-lui la grâce d’en bien user, afin de conserver cette robe intérieure. L’amour de Dieu, c’est le haut; le milieu, c’est la charité du prochain et l’amour des pauvres; et la partie d’en bas, c’est la charité entre vous «autres. Ah ! la belle robe que celle-là ! Si nous pouvions la voir comme saint Jean la voyait, que nous serions épris de sa beauté et du désir de l’avoir !

Ce grand saint, déjà vieux, se faisait porter à l’église pour prêcher, et, étant là, sa prédication était : « Aimez-vous les uns les autres » ; et puis il s’en allait. « Mais, mon Père, lui disaient ses disciples, tout le monde vous attendait pour prêcher; est-ce là la prédication que vous leur faites? » — • « Je ne leur dis que cela, je ne leur dis que cela, répondait-il, parce que, s’ils raccomplissent, ils acco«mpliront la loi de Dieu. »

Quel bonheur de savoir cela ! Si vous faites ce que

vos règles vous ordonnent, vous accomplissez la loi de Dieu, la loi que les saints ont en la vie bienheureuse. Quelle est la loi des saints au ciel ? Elle n’est autre que d’aimer Dieu parfaitement, s’abîmer dans la considération de son essence divine, de sa beauté, de sa bonté, de sa sagesse et autres perfections qui sont en lui. Voilà l’occupation des saints vers Notre- Seigneur, lequel se souvient de l’amour qu’il a eu pour les sauver; de sorte qu’ils s’aiment d’un amour indissoluble; et les saints reçoivent de nouveaux accroissements de joie, voyant qu’il est bien servi des bonnes âmes qui sont encore au monde, et voyant la gloire qu’il prépare pour elles et pour chacune de vous en particulier, mes chères sœurs, pour toute la Compagnie de la Charité, Compagnie qui ressemblera au paradis, si elle observe bien cette loi d’amour. Oui, c’est une Compagnie du paradis lorqu’on s’y comporte comme si l’on était en paradis. Plaise à la bonté de Dieu nous faire cette grâce !

Puis, se mettant à genoux, M. Vincent commença cette prière :

O Sauveur de nos âmes, qui, par votre amour, avez voulu mourir pour les hommes, qui avez quitté en quelque façon votre gloire pour nous la donner et, par ce moyen, nous faire comme des dieux, nous rendant semblables à vous autant qu’il est possible, imprimez en nos cœurs la charité, afin qu’un jour nous puissions aller nous joindre à cette belle Compagnie de la Charité qui est dans le ciel. C’est la prière que je vous fais, ô Sauveur de nos âmes. Et de votre part, je prononcerai la bénédiction sur nos pauvres sœurs, priant votre bonté qu’elle répande une effusion de grâces sur elles pour les aider à pratiquer ce qui leur a été enseigné, grâces qu’il vous est si facile de donner. Faites donc, ô Seigneur, qu’elles soient toutes remplies de dilection

pour vous, pour le prochain et pour elles-mêmes. C’est la prière que je fais de tout mon cœur à votre divine: Majesté.

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