A DEUX SŒURS ENVOYÉES A USSEL
Recueil de ce que notre très honoré Père a dit à noa sœurs Anne Hardemont et Avoie * 1 la veille de leur partement pour aller avec Madame la duchesse de Ventadour à Ussel, pour y reconnaître si les Filles de la Charité y peuvent être établies selon leur Institut utilement: pour la gloire de Dieu et le service des pauvres malades.
Notre sœur Anne, ayant ouï quelque chose qui lui faisait peine à cause des incommodités de sa chute au temps du siège de Montmédy, où la reine les avait mandées pour servir les pauvres soldats malades et blessés, dit à sa sœur sa peine, que nous crûmes être nécessaire de représenter à M. notre très honoré Père. Sa charité lui représenta les intentions de cette bonne dame, qui, au commencement, étaient d’établir là un séminaire de nos sœurs, y ayant en cette province beaucoup à travailler à cause de l’ignorance du peuple. Et sur la difficulté qui lui fut représentée, qui portait en partie sur le peu de sujets que nous avions pour employer a un si grand œuvre, et qu’il n'y avait aucun établissement de Messieurs de la Mission proche ce lieu, elle se résolut à mettre nos sœurs dans l’hôpital, pour voir ce que 1 on y pourrait faire, tant pour les pauvres malades que 1 on y reçoit, que pour y voir aussi les moyens d’y servir lea pauvres malades de la ville. Et comme notre sœur con-
Entretien 94. — Cahier écrit de la main de Louise de Manllac (Arçh. des Filles de la Charité.)
i. Avoie Vigneron.
tin uait d’appréhender le travail par-dessus ses forces, sa chante 1 assura du contraire, lui faisant voir que, si elles y demeuraient et qu’il fût besoin d’une troisième sœur, on l’enverrait aussitôt, lui faisant entendre que ladite dame avait promis de ne les pas laisser en ce pays-là, qu elle ne l’eût informé de tout œ que l’on désirait d’elles; et il leur ordonna aussi de ne se point engager sans avoir donné avis de toute chose ; ce qu’elles ont promis de faire bien exactement.
Soyez donc en repos, mes hiles, et abandonnez-vous à la divine Providence pour un emploi si saint. Oui. mes hiles, votre emploi est grand, et s’il y avait quelque chose de plus excellent, le Fils de Dieu l’aurait choisi pour son emploi, pour nous laisser ses exemples et fournir des moyens de nous appliquer les mérites de sa mort par les bonnes œuvres. Je vous dirai, mes sœurs, que le peuple de ce pays-la est très bon, docile et fort porté au bien, mais dans la plus grande ignorance qui se puisse dire; et en cela consiste l’exercice de votre emploi, puisqu il s agit de faire votre possible pour faire connaître et aimer Dieu. Qu’y a-t-il de plus grand? Faire connaître la grandeur de Dieu, sa bonté, l'amour qu’il a pour les créatures, et cela, leur enseignant les mystères de la foi, et de cette connaissance les porter à l’aimer. Y a-t-il rien de plus grand ? Oh ! que vous seriez heureuses, mes hiles, si par vos petits avertissements, servant vos malades, vous pouviez contribuer au salut de quelqu âme. Mes sœurs, il ne faut pas vous adresser tout droit à vos malades, ni aux pères et- mères, mais interroger les enfants en leur présence, leur enseignant bien clairement les principaux mystères de la foi. Et c’est là votre capital de faire connaître Dieu, par le service spirituel que vous devez aux pauvres, en les servant corporellement, comme notre capital est l’instruction et ensuite le service des pauvres malades. Ce que vous avez
donc à faire, mes chères sœurs, est de ne rien entreprendre que ce qui est conforme à vos emplois ordinaires. S’il vous était proposé autre chose, priez de surseoir l’exécution jusques à ce que vous ayez su de vos supérieurs ce que vous devez faire.