‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 92 sur 138 · Evangile de saint Matthieu V · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu V

à Dieu dès ce moment et demandons-lui la grâce de bien pratiquer cette vertu, dont l’office est de vouloir tout ce qu’on veut. Lorsqu’une fille est dans cette pratique, si sa sœur lui dit : a Ma sœur, trouvez-vous bon. que nous allions en tel lieu ? » elle s’y accorde. « Ma sœur, faisons telle chose. » - — « Faisons-la, ma sœur. » — « Vous plaît-il que je voie un tel malade? » — « Allez, ma sœur. » — « Ma sœur, vous plaît-il que je lise telle chose? » — « Je pense, ma sœur, qu’il sera bon. »

Voilà, mes sœurs, comme l’on pratique la vertu de condescendance : c’est en s’accordant en tout ce qui n’est pas péché.

Mais, Monsieur, cela n’est-il pas bien à faire? — Mes sœurs, il n’y a rien de plus doux quand on pense qu’en ce faisant on fait la volonté de Dieu. Saint Vincent Ferner dit une chose bien remarquable et qui m’a beaucoup plu, qui est qu’entre les vertus morales dont il a. parlé, celle qu’il recommande le plus, c’est la condescendanoe, parce qu’il dit que les personnes qui s’exercent à condescendre en toutes choses excepté le péché, et qui sont bien faciles à suivre la volonté de Dieu, qui leur est manifestée par les autres, arriveront bientôt à l’état de sainteté. Jésus! mes sœurs, que nous serions blâmables et indignes de l’habit et du nom de Filles de la Charité, si nous ne parvenions pas à la perfection, ayant un moyen si facile.

Mais, dira une servante, à ce compte-là, il ne faudrait point de servante? — A proprement parler, il n’en faudrait point quand vous seriez parvenues là, si ce n’est que, pour le bon ordre, il est nécessaire que plusieurs aient la charge des autres. Si une compagne demande quelque chose qui n est pas bien, ou presse de faire quelque chose qui donne sujet de craindre quelque mal, oh! pour lors, c’est à la sœur servante à voir si elle doit dire de la faire ou de ne la pas faire, elle qui a l’esprit de-

Dieu; car il faut estimer qu’ayant été choisie par les supérieurs pour faire cet office, elle a île don de conduite. Ainsi la sœur servante et les supérieurs ne doivent pas condescendre a toutes choses, cornuiie quand il y a un plus grand bien à faire et qu’on leur propose de le quitter pour un moindre. Mais, hors de là, la servante doit condescendre en tout ce qui ne choque point les règles ni la conduite. Si c’était une chose qui ne dût pas se faire, comme je vous ai déjà dit, il ne faudrait pas condescendre; mais hors de là, mes sœurs, Dieu demande de vous et de nous que nous condescendions en toutes choses, si cela n’est contre l’ordre. Et il faut observer que les supérieurs ne peuvent pas condescendre en tout.

Une des grandes vertus qu’on puisse pratiquer, c’est la condescendance. Ne vous ressouvenez-vous pas de ce qui a été rapporté des défuntes, que la vertu qui nous a le plus touchés entre celles que vous avez remarquées a été la condescendance? Je me ressouviens d’une, que je ne nommerai pas, qui avait cette vertu à un si haut point quelle voulait tout ce que ses sœurs voulaient. Vous avez rapporté cela d’elle; ce que je n’ai pu entendre sans que les larmes m’en vinssent aux yeux. Ah ! mes sœurs, s’il plaît à Dieu vous faire la grâce d’entrer en la pratique de cette condescendance et qu’il plaise à sa bonté la répandre dans vos cœurs, que vous ferez du chemin en la vertu ! Mais il faut vous donner à Dieu pour cela et .avoir une haute estime de cette vertu, qui mène si promptement à la sainteté.

Mes sœurs, résolvons-nous à cela et, dès ce moment, prenons la résolution de supporter le prochain et de lui condescendre en tout, hors le péché. Ah ! Seigneur, je me donne à vous pour pratiquer cette vertu de support. C’est ce que je recommande à nos messieurs fort souvent et ce que je vous recommande aussi sur toutes choses; car il n’y a personne qui n’ait besoin qu’on le sup-

porte. Nous devons croire qu on nous suppoite en effet et prier qu’on n'ait pas égard à nos infirmités. C’est la prière que je fais souvent à nos messieurs, qu'ils me fassent la charité de me supporter; car il n’y a personne qui ait plus besoin de support que moi.

M. Vincent dit ces paroles avec tant d'humilité et témoignage de confusion que cela jeta dans 1 étonnement celles qui avaient le bien de l’entendre.

je m’étonne, disait-il, comme l’on peut me supporter dans mes promptitudes, emportements et tant d auties défauts ; oui*, je m’étonne comment on peut me supporter. C’est pourquoi je les prie et leur dis : « Messieurs, supportez-moi et n’ayez pas egard à mes misèies. » C est ce que vous devez vous dire 1 une a 1 autre : « Ma sœur, supportez-moi, je vous prie », et se résoudre à supporter pareillement les defauts de sa sœur.

Voyez-vous, mes chères sœurs, si vous en venez là, assurez-vous qu’avec vos pauvres robes et a\ec \os chétives coiffures, les personnes qui vous verront et que vous fréquenterez, verront bien que vous aurez appris cette leçon à l’école de Notre-Seigneur. Si vous entrez comme il faut dans ces pratiques, vous ferez beaucoup de chemin dans la perfection. Donnez-vous donc à Dieu pour pratiquer ces deux belles vertus de support et de condescendance. Ah ! que cela est beau : aimer Dieu, faire la volonté de sa sœur plutôt que la sienne propre !

Le bienheureux évêque de Genève demandait à Dieu la grâce de bien pratiquer cette vertu et la recommandait fort à ses filles. 11 leur disait, parlant de la condescendance : « Voyez-vous, mes sœurs, j’aime mieux faire ma volonté en celle des autres que faire la leur en la mienne, et j’aurai plus tôt fait de condescendre à cent personnes que de faire condescendre a une seule. » Quel était donc l’exercice de ce grand saint ? Vous devez penser que c’était la condescendance. Vous en vien-

drez là, mes sœurs, si vous pratiquez ce que votre règle vous enseigne. Faire ainsi, c’est n’avoir plus de volonté que celle de sa sœur, c’est être dans la volonté de Dieu et dans celle de sa sœur, parce que cela plaît à Dieu.

O Sauveur, entendrons-nous les grands avantages que votre divine majesté accorde à ceux qui s’exercent à l’acquisition des vertus, sans nous attendrir de douleur d’avoir si mal pratiqué le support : la sœur servante, quand sa compagne lui a fait quelque peine; la sœur compagne, quand la servante ne lui a pas accordé ce quelle désirait! Sauveur! quel sujet d’affliction d’avoir voulu tirer la volonté des autres à la nôtre, et si souvent fait suivre nos volontés, plutôt que de suivre celle du prochain ! Mais quel sujet de louer Dieu et de se réjouir de savoir que, si nous entrons en cette pratique, nous jouirons d’un paradis en terre! Que dirons-nous quand nous verrons cela? Nous dirons que ce sont des âmes bienheureuses, qui commencent leur paradis dès ce monde.

Je prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse la grâce d’entrer dans la pratique de ces vertus. Et quand vous vous confessez, mes sœurs, accusez-vous de n’avoir pas supporté le prochain et de ne lui avoir pas condescendu en ce que vous pouviez condescendre. Car ce qui ne serait pas péché en un autre le peut être à des filles qui veulent mener une vie conforme à celle de Notre-Seigneur et qui doivent vivre de sa vie. Donnez-vous à Dieu pour vous rendre conformes, autant qu’il est possible, à votre Epoux par la pratique de ses vertus, afin que les filles aient du rapport avec leur père. Vous vous appelez Filles de la Charité, c’est-à-dire filles de Dieu. Je prie Notre- Seigneur qu’il vous fasse la grâce d’entrer dans cette pratique, et, de sa part, je prononcerai les paroles de bénédiction.

Une sœur demanda pardon des fautes qu’elle avait

faites contre les vertus que notre très honoré Père nous venait de recommander. Sa charité lui dit :

Béni soit Dieu, ma hile, qui vous a donné cette vue de vous accuser des fautes dont vous vous accusez ! Béni soit Dieu de ce que l’acte de pénitence que vous venez de faire nous fait espérer que sa bonté vous a pardonné et qu’il vous donnera la grâce de n’y plus retomber! C’est en cette sorte qu’une faute peut servir à notre avancement, lorsqu’elle sert à nous humilier.

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