‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 95 sur 138 · SUR LA CONFIANCE EN LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

SUR LA CONFIANCE EN LA PROVIDENCE

(Règles Communes, art. 41.)

Mes chères sœurs, voici la quarante et unième règle des quarante-trois qu’il y a. Il en reste trois à expliquer. Celle-ci est la confiance en la Providence. Voici la teneur : (( Elles auront une grande confiance en la Providence divine, s’y abandonnant entièrement, comme un petit enfant fait à sa nourrice, et se persuaderont que, pourvu que, de leur côté, elles tâchent d’être fidèles à leur vocation et a l’observation de leurs règles. Dieu les tiendra toujours en sa protection, les assistera de tout ce qui sera nécessaire, tant pour le corps que pour lame,

à l’heure même qu’elles penseront que tout va être perdu. »

Mes sœurs, il s agit donc de la confiance en la Providence de Dieu. Pour vous expliquer ceci, il faut que vous sachiez, mes chères sœurs, qu’il y en a de deux sortes : confiance et espérance. L’espérance, mes sœurs, produit la confiance; c’est une vertu théologale par laquelle nous espérons que Dieu nous donnera les grâces qu il faut pour arriver à la vie éternelle. Et cette vertu d esperance, voyez-vous, doit etre pleine de foi, croyant sans hesiter que Dieu nous fera la grâce d’arriver au ciel, pourvu que nous nous servions des moyens qu’il nous donnera. Et cela, nous sommes obligés de le croire, que Dieu veut nous faire toutes les grâces nécessaires pour nous sauver. De sorte qu’une personne qui ne croit pas cela, que Dieu pense à nous sauver par les. voies que sa Providence connaît nous être propres, offense Dieu. De n etre pas assez forts en l’espérance

Entretien 97. — Ms. SV 4, p. 289 et suiv.

et de penser que Dieu ne pense pas à notre salut, c’est une défiance qui lui déplaît. L’espérance est donc d’es-

perer de la bonté de Dieu qu’il accomplira les promesses qu’il nous a faites.

^ y ^ cette heure, la confiance en la Providence. Confiance et espérance, c’est presque la même chose. Avoir confiance en la Providence, cela veut dire que nous devons espérer que Dieu prend soin de ceux qui le servent, comme un époux prend soin de son épouse et un père de son enfant. C’est ainsi que Dieu prend soin de nous, et encore bien davantage. Nous n’avons qu’à nous abandonner à sa conduite, comme dit la règle, de morne qu « un petit enfant fait à sa nourrice ». Qu’elle mette son enfant sur le bras droit, il s’y trouve bien content; qu’elle le tourne sur le gauche, il ne s’en soucie pas; pourvu qu’il ait sa mamelle, il est satisfait. Nous devons donc avoir la même confiance en la Providence divine, puisqu’elle a soin de tout ce qui nous concerne, en la manière qu’une mère nourrice a soin de son enfant, un epoux de son épouse; et ainsi nous y abandonner entièrement, comme l’enfant fait au soin de sa mère et comme une épousé se confie au soin que son mari prend de ses biens, de toute la maison.

Ceci, mes chères sœurs, est appuyé par tant de passages dans la sainte Ecriture qu’il faudrait beaucoup de temps pour vous les citer; ce qui serait inutile. La raison qui nous oblige de nous confier en Dieu, c’est que nous savons qu’il est bon, qu’il nous aime très tendrement, qu’il veut notre perfection et notre salut, qu’il pense à nos âmes et à nos corps, qu'il veut nous donner tous les biens dont nous avons besoin pour l’un et pour l’autre.

Cette règle vous dit cela et vous recommande de vous abandonner a la Providence de Dieu. S’il a agréable de vous mener par les voies rudes comme sont celles des

croix, maladies, tristesses, abandons intérieurs, laissons-Je faire, abandonnons-nous .avec indifférence à sa Providence. Laissons faire Dieu; il saura bien tirer sa gloire de cela et le fera réussir à notre avantage, parce qu d nous aime plus tendrement qu’un père n’aime son enfant. Ainsi, mes sœurs, voilà de puissantes raisons pour vous laisser conduire par la Providence.

D ailleurs, que ferons-nous, que gagnerons-nous de n avoir pas confiance en Dieu? Nous la mettrons donc en notre conduite et propre industrie. Hélas ! nous ne sommes pas capables de nous conduire nous-mêmes. Il faut laisser faire Dieu, car il est notre père. Et ainsi, tant que nous aurons confiance en Dieu, il aura soin de nous. Mais vouloir nous retirer d’entre les bras de sa Providence pour prendre la conduite de nous-mêmes, c est être mal conseillés, puisque nous ne pouvons pas avoir une bonne pensée, si Dieu ne nous la donne; nous ne pouvons rien faire, ni rien dire, pas seulement prononcer ces paroles : « Abba Pater », dit saint Paul 1 , sans la grâce de Dieu. Que sommes-nous donc? Nous sommes de pauvres pécheurs. Ce que nous pensons être un bien est un mal; et souvent ce que nous pensons être un mal ne l’est pas. Nous pensons que la maladie est un mal, et néanmoins elle ne l'est pas; Dieu, prévoyant quelque chose de pis qui pourrait nous arriver dans le temps que nous sommes malades, et que nous pourrions rencontrer des occasions de faire mal, nous envoie une maladie au corps pour empêcher la maladie intérieure de l’âme.

LTne personne qui veut être estimée recherche l’honneur comme un bien, et il ne l’est pas. Une sœur qui veut être estimée soit des supérieurs, soit des sœurs, des dames, qui veut qu’on dise : « Voilà une bonne fille qui

i. Epître aux Romains VIII, i5.

est bien capable de cet emploi », cette sœur se laisse conduire par la nature. Mais, mes sœurs, c’est ce qui ne nous est pas propre; et souhaiter d’en venir là, c'est orgueil. Ainsi une chose que nous recherchons comme un bien, parce que nous y trouvons de quoi satisfaire notre esprit, n’est que vanité. De plus, il arrivera des tentations à une pauvre sœur contre la foi, contre l’espérance ou contre la pureté, qui la travaillent en sorte qu’elle n'en peut plus. Elle désire en être délivrée, et pour cela elle parle tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là. Pourquoi? Parce qu'elle regarde ces tentations comme son mal; ce qui ne le peut être tandis qu’on n’y consent pas. La pauvre hile ne sait pas que les meilleures âmes sont traitées de cette sorte.

Que faire donc quand on- se trouve en quelque peine semblable? Faut-il manquer de confiance en Dieu, comme s’il n’avait pas soin de nous? Ah! mes sœurs, il faut espérer qu’il fera de deux choses l’une : ou bien qu’il nous tirera de nos tentations, ou nous fera la grâce d’en faire proht. Ne voyez-vous pas que l’or est purifié dans la fournaise? Ainsi une âme est rendue plus pure et plus belle par la tentation, comme l’or est plus éclatant quand il a passé par le feu. Mes sœurs, cela étant ainsi, que l’on ne se mette point en peine pour se voir tenté, de quelque sorte que puisse être la tentation. Quand Dieu permettra que quelqu’une en soit attaquée, qu’elle dise : « Seigneur, vous avez promis qu’il ne nous arrivera rien qui ne tourne toujours à notre bien. Voilà une tentation que je souffre. Aiclez-moi, Seigneur, à la supporter, en sorte que je ne vous offense point. Je l’accepte pour l’amour de vous, et j’espère que vous en tirerez votre gloire par la victoire que vous me ferez la grâce de remporter, Je m’en remets à votre Providence. »

Il faut donc avoir confiance en la Providence, et pour

vous le dire, mes filles, une Fille de la Charité qui n’a pas cette confiance, je ne sais à quoi elle est bonne. Dès qu'elle a quelque peine, il lui semble que tout est perdu. Est-elle malade, elle s’inquiète, elle s’en prend tantôt à la nourriture, ou à ce lieu, ou à quelqu’autre chose qui lui fait peine. Pourquoi? C’est qu’elle n’a point de confiance en la Providence. O mes filles, une des choses les plus importantes et que vous devez le plus demander à Dieu, c’est cette confiance. Si vous vous abandonnez à la conduite de la Providence, comme cette règle vous enseigne, Dieu aura soin de vous ; il vous mènera, comme par la main, dans les rencontres les plus fâcheuses; si vous êtes malades, il vous consolera ; si vous êtes en prison, il sera à vos côtés pour vous défendre; si vous êtes faibles, il sera votre force. Et ainsi vous n’avez qu’à laisser votre conduite à Notre-Seigneur.

L’on demanda un jour à un saint personnage quelle était sa conduite. Il répondit : « Je prends avis d’un tel. » — (( Mais, vous qui êtes un docteur, comment ne vous servez-vous point de votre savoir pour votre direction? » lui dit-on. — (( Si j’avais à prendre ma conduite de moi-même, répliqua ce saint homme, j’aurais une folle conduite. )>

Voyez, mes sœurs, si nous avons raison de nous vouloir soustraire de la conduite que Dieu nous a donnée, puisqu'un docteur, tout docteur qu’il est, ne se fie pas à la sienne. Par là, mes filles, apprenez à ne vous appuyer en aucune façon sur vos forces ou votre industrie, mais à mettre toute votre confiance en la Providence. S’il y a personne au monde qui ait besoin de cette confianoe, c’est vous, en raison des emplois qui se trouvent en votre manière de vie. Ces filles qui sont renfermées dans les monastères sont éloignées du tracas du monde et comme à couvert des tentations. Mais vous, il n’y a presque pas de moment ni de lieu où vous

ne soyez exposées à la tentation. Et ainsi vous avez besoin d’une grande confiance.

De plus, Ion vous demande en tant de lieux pour le service des pauvres ! Si votre Compagnie est selon la. chair, comment serez-vous capables d’entreprendre de si longs voyages! Une fille qui n a point de confiance en la Providence dira : « Je suis si infirme, hélas ! Si on m’envoie là, je mourrai par le chemin. » Mais celle qui a mis toute sa confiance en Dieu ne craint rien; elle dit :: « Puisqu’il plaît à Dieu que je sois envoyée, il me donnera les grâces nécessaires pour cela. Il est mon Dieu. Ainsi j ai confiance qu’il ne me délaissera point. » Vous avez donc besoin de vous donner à Dieu pour obtenir la grâce d’avoir une grande confiance en sa bonté, maintenant qu’il plaît à Notre-Seigneur que la Compagnie soit en quelque bonne odeur, qui vous fait souhaiter de tant de saintes personnes. Eh bien ! on vous demande à vingt lieues, à quarante, cinquante, soixante. Pour y allei, il faut avoir confiance en Dieu. Voilà que la reine vous demande pour aller à Calais panser les pauvres blesses. Quel sujet de vous humilier de voir que Dieu se veut servir de vous en de si grandes choses ! Ah ! Sauveur ! les hommes vont à la guerre pour tuer les hommes ; et vous, vous allez à la guerre pour réparer le mal qu’ils y font ! Quelle bénédiction de Dieu ! Les hommes tuent les corps et bien souvent les âmes, quand ceux qu’ils tuent meurent en péché mortel; et vous allez, pour redonner la vie, ou, pour le moins, aider à la conserver à ceux qui restent, par le soin que vous en aurez,, tâchant, par vos bons exemples et instructions, de leur faire concevoir qu’ils doivent se conformer à la volonté de Dieu dans leur état. Oh ! voyez s’il ne faut, point de confiance en Dieu pour faire tout cela. Je sais, par la grâce de Dieu, qu’il y en a plusieurs d’entre vous qui sont toutes prêtes à aller, quand on leur ordonnera.

Oui, je sais qu’il y en a qui ne demandent sinon : « Ou e est qu il faut aller? Dieu est mon Père. Qu’il me mette •au cote droit, c est-a-dire a mon aise, ou au côté gauche, qui signifie la croix, n’importe, j’espère qu’il me fortifiera. » Voila ce qu’une bonne Fille de la Chanté qui n a d’autre volonté que celle de Dieu doit dire.

Oh ! l’heureuse captivité ! Mes sœurs, pouvez-vous mieux employer votre liberté que de l’assujettir à Dieu, ne faisant jamais autre chose que sa très sainte volonté! Ainsi la confiance vous est entièrement nécessaire pour aller partout où la Providence vous appellera, comme, par exemple, voilà tant de prêtres de la Mission prêts à partir pour aller, les uns à trois cents lieues, les autres à mille, afin d’aller assister de pauvres misérables. Oui les porte à cela? C’est l’amour de Dieu, mes sœurs, point d autre chose, et la confiance en sa Providence.

Vous pourrez dire : « Ce sont des hommes; mais des filles? » — Savez-vous, mes sœurs, que beaucoup de personnes, même de votre sexe, passent les mers pour aller rendre service à Dieu en servant le prochain. Il y a environ cinq ans qu’une dame me vint voir pour me •communiquer le désir qu elle avait d’aller en Canada. D’abord je trouvai cela difficile, vu la qualité de la personne; mais, voyant, par sa persévérance, que sa vocation était de Dieu, je lui conseillai de la suivre. Elle y alla et y est encore, où elle fait beaucoup de fruit. N’ avons-nous pas vu des religieuses et d’autres personnes passer au delà de la mer pour de pareils sujets? C'est votre sexe. Voyez si vous avez plus de sujet de craindre qu'elles. Eiles font cela pour aider à sauver les âmes. Et si Dieu vous fait la grâce de vous appeler en ces lieux éloignés, ne serez-vous pas obligées de le louer? C’est, mes sœurs, un grand sujet de remercier Dieu de voir que vous êtes désirées et demandées en tant de lieux qu’à peine pouvez-vous y fournir. Et

voilà que des religieuses dans Paris ont employé tous leurs anus pour fonder deux maisons de leur Ordre, et encore n ont pu en venir à bout! C’est donc un grand sujet de s’humilier.

O Sauveur, qui sommes-nous, que vous daigniez vous servir de nous? De pauvres hiles, qui sont la balayure du monde! N’est-il pas vrai, mes sœurs? Y a-t-il des hiles de bonne condition parmi vous? La plupart sont des hiles de laboureurs ou d’artisans; et s’il y a quelque noblesse, cela est rare. Oh! béni soit Dieu si, à cette heure, il y en a quelqu’une de la ville ! Cela vient de pauvres gens, de sorte qu’il y a grand sujet d’admiration de voir que de toute éternité Dieu ait pensé à faire ce que nous voyons, comme s’il disait : « Je veux me faire une Compagnie de pauvres hiles et de veuves, qui sera demandée de toutes parts. » O mes hiles, si vous ne recourez à la conhance en la Providence, que ferez-vous? Car, les choses étant comme nous venons de dire, vous voyez bien que vous n’êtes pas capables de vous-mêmes, de si grandes choses. Pauvres hiles, qui pour la plupart à peine savent lire, que feront-elles si elles ne se confient en la Providence ! Oh ! quel sujet de rendre grâces à Dieu de vous avoir mises en cette Compagnie!

Un saint homme me disait un jour, parlant de votre maison : « M. Vincent, qu’on est heureux dans cette maison ! On y vit en paix. » Oh ! il ne faut pas s’en étonner, puisque c’est de cette étoffe, c’est-à-dire de pauvres gens. Car c’est ainsi qu'on a commencé l’Eglise. Les apôtres étaient tous de pauvres gens, ne savaient rien, allaient pieds nus, ne portaient point de linge. Et néanmoins que n’ont-ils pas fait avec la grâce que Notre-Seigneur leur a donnée! Ils ont converti tout le monde. Quelle grâce, mes hiles, que Dieu ait voulu prendre de la même étoffe dont il s’est servi pour sauver tout le monde, pour faire votre Compagnie! Tenez-vous.

prêtes à faire tout ce qu’il veut que vous fassiez. Mais ne prétendez rien, ni d’être en cette maison, ni en cette paroisse, ni aux champs, et n’appréhendez point d’aller •où on vous enverra. Lstimez que partout Dieu aura soin de vous. Tenez-vous ferme là et ne perdez jamais la confiance que vous devez avoir en la Providence, quand meme vous seriez au milieu des armées, et n’ayez pas peur qu’il vous arrive aucun mal. Qu’est-il arrivé à celles qui s’y sont trouvées? Quelqu’une y a-t-elle reçu du mal, ou y est-elle morte? Et quand elle y aurait perdu la vie, ce serait un bien pour elle ; elle serait morte les armes a la main et serait allée devant Dieu char née de

mérites.

L’on me disait, il y a quelque temps, d’une sœur qui était à 1 agonie, que, voyant une pauvre personne qui avait besoin d’etre saignée, elle se leva de son lit. la saigna, et étant tombée après avoir fait cela, elle mourut incontinent après. Je ne me souviens pas de son nom.

Quelques sœurs se disant tout bas qui elle était, notre très honoré Père demanda ce que c’était; et il fut répondu que c’était de la sœur Marie- Joseph, morte à Etampes, qu’il avait parlé. Il s’en ressouvint fort bien et, continuant, il dit ainsi :

Cette bonne fille peut être appelée martyre de la charité. Pensez-vous qu’il n’y ait de martyrs que ceux qui répandent leur sang pour la foi? Par exemple, ces hiles qui vont trouver la reine, c’est un martyre; car, encore qu’elles ne meurent pas, elles s’exposent au danger de mourir, et cela pour l’amour de Dieu ; comme tant de bonnes hiles qui ont consumé leur vie au service des pauvres, c’est un martyre. Et je crois que, si elles se fussent trouvées du temps de saint Jérôme, il les eût mises au rang des martyrs.

Oh ! béni soit Dieu ! Il y a sujet d’espérer que la Compagnie fera beaucoup de bien, pourvu qu’on se conhe

■en la Providence et qu’on ne se mêle point de sa concniite. Soyez assurées, dit votre règle, que, pourvu que vous soyez bien hdefes a votre vocation et que vous gardiez \ os règles, Dieu vous assistera de tout ce qui vous sera nécessaire, a 1 heure meme que vous penserez que tout va etre perdu. Voilà donc deux choses : qu’il faut persévérer dans votre vocation et garder vos règles. Observez oien cela et la Providence vous gardera, pourvu que vous gardiez vos règles et que vous ayez soin de bien servir les pauvres. Laissez-vous conduire pour le leste par la Providence, encore qu’il vous semble aue tout va être perdu et .alors que vous avez plus sujet d’espérer que Notre-Seigneur est avec vous et qu’il fera réussir toutes choses à votre bien.

Il y en a qui pensent que leur repos dépend d’être avec une telle sœur, ou de ne pas être avec une qui est de tel esprit, d être dans un heu plutôt que dans l'autre, et mettent là leur confiance. Voyez- vous, une fille qui a mis sa confiance en Dieu ne regarde point avec qui on la met. Et quand vous sentez moins de facilité d’aller avec cette sœur qu’avec une autre, il faut se défaire de cela, qui est une tentation et qui mettra la division entre vous, si on n y remédie pas de bonne heure. Donc, mes sœurs, une Fille de la Charité qui se confie en la Providence ne demande jamais : « Avec qui m’envoyezvous? » Il mi suffit de savoir que c’est Dieu qui a inspiré les supérieurs de l'envoyer en ce lieu-là. Ainsi elle va, espérant qu’il ne la délaissera pas.

Le Fils de Dieu, qui doit être votre exemple, a eu une si grande confiance en son Père éternel, qu’il a embrassé le salut des hommes, appuyé sur ce fondement; car, en tant qu’hornme, il se reconnaissait incapable de faire cet œuvre. Abandonnons-nous à la conduite de la Providence; ne nous recherchons point dans nos emplois nous-mêmes, regardons-nous comme des person-

nés qui ne sont bonnes à rien, et de là vous aurez sujet de mettre toute votre confiance en Dieu, de le remercier de tous les bons succès qui arrivent et de vous avoir attirées à son cher Fils. Ou’ auriez- vous fait sans cela? Vous seriez restées chacune dans votre petit lieu ; vous seriez peut-être dans le ménage. Mais il se trouve peu de personnes qui fassent bon ménage. Si la femme fait son devoir, le mari sera fâcheux et débauché; il ne se souciera de rien. On ne voit autre chose dans les champs. Quelle peine de se voir réduites à cette misère \ N 'êtes-vous pas bienheureuses d’être à couvert de tout cela et de n’avoir autre soin que de votre salut?

Abandonnez-vous à Dieu et ne dites jamais : « Mademoiselle, envoyez-moi où il vous plaira, mais ne m’envoyez pas en ce lieu-là parmi les soldats. » O Sauveur, ne dites jamais cela. Savez-vous, mes sœurs, que j'ai appris que ces pauvres gens ont une si grande reconnaissance de la grâce que Dieu leur fait, que, voyant qu’on va pour les assister et considérant ces filles n’avoir d’autres intérêts en cela que l'amour de Dieu, ils disent qu’ils voient bien que Dieu est le protecteur des pauvres? Voyez quel bien d'aider les pauvres gens à reconnaître la bonté de Dieu ! Car ils voient bien que c’est lui qui leur fait rendre service. Ainsi ils entrent en de hauts sentiments de piété et disent : « O mon Dieu, voilà que nous reconnaissons qu’il est vrai ce qu’autrefois nous avons ouï prêcher, que vous vous souvenez de tous ceux qui ont besoin de secours et que vous n’abandonnez jamais quand on est dans le danger, puisque vous avez soin des pauvres misérables qui ont tant offensé votre bonté. » J'ai su, par des personnes mêmes qui ont été secourues de nos sœurs et par plusieurs autres, qu'ils étaient édifiés de voir la peine que ces filles prenaient à les aller visiter, et qu’ils reconnaissaient la bonté de Dieu en cela et se voyaient obligés à le louer et re-

mercier. Oui, mes sœurs, ceux qui vous voient et ceux que vous assistez louent Dieu, et avec sujet,

O mes sœurs, donnez-vous a Dieu dès ce moment Pour aller partout ou il se voudra servir de vous, et dites-lui : « O Seigneur, ne sera-ce point moi qui serai envoyée a Metz ou a Cahors? Si c’est moi, je suis toute prete, Seigneur. Oui aurait pensé que vous eussiez voulu vous servir de chétives créatures comme nous! Pour moi, je ne l’eusse jamais cru, si je ne l'avais vu. Quoi! être choisie pour aider ces pauvres gens à se sauver ! Hélas ! qui suis-je pour entrer dans ce sentiment ! » Et dites-lui : (( Je m’abandonne à vous et me jette entre vos bras, comme un enfant entre les bras de son père, pour faire toujours votre sainte volonté. Je suis du Havre de Grâce; si vous voulez, je suis de Metz ou de Cahors, je suis de toutes parts, de partout où il vous plaira; mais je suis indigne que vous ayez jeté les yeux sur moi.

Toutefois, Seigneur, je m’abandonne à vous pour toutes choses. »

Il faut donc vous interroger savoir si vous n’êtes point celle-là, comme les apôtres lorsque Judas eut résolu de livrer son Maître à la mort. Dlumquid ego sum , Domine2? N’est-ce point moi, Seigneur? Judas savait bien que c’était lui le misérable; mais les apôtres ne le savaient pas. Ainsi ils craignaient; mais vous n’avez pas sujet de craindre en disant : « N’est-ce point moi? » car il ne s’agit point de faire mourir Notre-Seigneur ; au contraire, c’est pour lui rendre service. Que la confiance donc chasse la crainte, et dites : « Je suis une pauvre misérable, incapable de faire aucun bien eu égard à mon infirmité; mais, puisque mon Dieu est toujours avec moi, s’il permet que l’on jette les yeux sur moi, j’espère que la grâce ne me manquera pas. »

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