XIII
avant de commencer la première séance, l’on dira le Vent Sancte Spiritus, ou le Veni Creator Spiritus\ puis le supérieur général, ou, s’il est malade, celui qu’il nommera son vicaire général pour cela, commencera cette action par exposer le sujet pour lequel il a convoqué la Compagnie; 2° les raisons qu’il a eues pour cela; 30 les moyens qu’on tiendra pour connaître la volonté de Dieu sur le sujet proposé; et exhortera la Compagnie à pratiquer ces moyens-là; puis fera mettre les choses proposées, qu’il aura fait mettre par écrit, dans le lieu de l’assemblée, où chacun les puisse lire; et en la seconde séance, il commencera à prendre les voix et donnera à chacun le loisir de raisonner sur le sujet proposé, et continuera les séances jusques à ce que tous aient dit leur avis. 30 Que si tous sont d’un même avis, en ce cas il fera écrire la résolution dans le livre destiné à cet effet et la fera lire à l’assemblée. Que si les opinions sont diverses, en ce cas l’assemblée élira quatre personnes, qui résoudront la chose à la pluralité des voix avec ledit supérieur général, et la Compagnie sera obligée d’acquiescer à ce qu’ils résoudront, ainsi qu’elle le promettra avant l’élection qu’elle fera desdites quatre personnes.
Nous leur dîmes de plus que, pour procéder à cette action avec bénédiction, il fallait beaucoup prier Dieu, et y procéder avec grande humilité; que nul ne devait proposer aucune chose pour en délibérer; qu’il était nécessaire que toutes les choses fussent proposées par le supérieur général et de plus qu’il ne fallait parler hors de l’assemblée avec qui que ce soit, non pas même avec ceux qui en sont, des choses qui se traitent en ladite assemblée, ni, d’aucune autre chose qui regarde la conduite de ladite Compagnie, sous quelque prétexte de bien que ce soit.
Sur quoi, ayant demandé à chacun desdits assistants leur opinion sur ce que je venais de leur proposer, ils
ont répondu tous, l’un après l’autre, qu’ils trouvaient bonne la proposition que je leur faisais, et y acquiesçaient.
Et le même jour, à quatre heures après dîner, la Compagnie étant assemblée, je leur dis que la première chose de laquelle il fallait traiter était des règles de la Compagnie, et leur dis qu’en cet entretien je leur dirai trois choses. i° Les motifs que nous avons de nous donner à Dieu pour considérer, examiner et arrêter les règles qu’il fallait à la Compagnie pour parvenir à sa fin, dont le premier est pris de la fin desdites règles, qui est d’unir des esprits différents et des hommes de diverses nations; le deuxième, de la durée desdites règles, qui doit être des siècles entiers. Au 2e, je leur représentai le projet des règles et en fis l’exhibition. Au 3e, je leur dis quelques moyens pour obtenir la grâce de Dieu pour reconnaître sa volonté sur le projet des règles, qui étaient : le premier, les considérer en la vue de Dieu et de la fin de la Compagnie, afin qu’on vît si c’est un moyen pour y parvenir; 20 se défaire de ses affections, inclinations et aversions particulières. Et leur .ai distribué tous lesdits projets, à ce que chacun les lût, remarquât ce qu’il y avait à corriger, ajouter, diminuer, ou ôter tout à fait; et qu’après cela l’on examinerait lesdites remarques ; à quoi chacun de Ladite Compagnie a acquiescé.
Et le lendemain 14 dudit mois et an, la Compagnie étant assemblée sur les 7 heures du matin jusqu’à 9, elle a travaillé, en la même chambre, à la lecture desdites règles, comme elle a fait depuis 4 jusqu’à 6 heures* l’ après- dînée du même jour.
Et le lendemain, 15 dudit mois, ladite Compagnie a continué ladite lecture et remarques des règles, à pareille heure que dessus, tant au matin qu’après dînée.
Et le lendemain, 16 dudit mois, la Compagnie a continué ladite lecture et remarques sur les règles, depuis ; heures du matin, et a continué jusqu'à 10 heures.
Et le même jour, de 4 à 6, l’on a continué le même
emploi.
Et le lendemain, 17 dudit mois, la Compagnie étant assemblée à 8 heures du matin, ,a ete propose savoir si, vu la grande quantité de remarques qui ont ete faites sur les susdites règles, lesquelles ne se pourraient passer par les voix qu’avec un grand temps, ce qui incommoderait beaucoup les maisons particulières desquelles les supérieurs sont absents, il ne serait pas plus à propos de remettre cela à deux ou trois personnes de la Compagnie, lesquelles arrêteraient le tout avec le supérieur général; et tous ayant fait réponse que c’était leur avis, la Compagnie a nommé M. Portail, M. Dehorgny et Messieurs du Coudray et Lambert, tant qu’ils seront a Saint-Lazare, et, s’ils sortent, l’on substituera M. Alméras en leur place.
2, La Compagnie s’est appliquée à considérer et examiner plus particulièrement les règles du supérieur général, sur lesquelles se sont formées plusieurs questions, qui n’ont pas été résolues.
Et le même jour, après dîner, depuis 4 jusques à 6, sur le susdit sujet des règles du supérieur général, après plusieurs questions qui ont été proposées, la Compagnie a trouvé bon d’en demeurer aux termes de la règle, particulièrement pour ce qui regarde le pouvoir que ledit supérieur général aura sur la Compagnie; sinon, que l’on ajouterait qu’il n’emprunterait pas somme notable que pour le bien de la congrégation, et ce après en avoir donné avis à ses assistants.
Le lendemain, 18 dudit mois, depuis 8 heures jusques a 10, ont été agitées et résolues deux questions.
La première, savoir si, ès cas portés par les règles du supérieur général, la Compagnie pourrait déposer et renvoyer ledit général, ainsi que porte la règle. A quoi la réponse de ila Compagnie sans contredit a été que ce serait le meilleur et pour le bien d’icelle Compagnie et du général même.
La 2e, savoir s’il serait expédient dès à présent de faire quelques divisions de nos maisons en forme de provinces. La résolution a été affirmative, avec cette modération que, vu la pénurie d’hommes où est à présent la Compagnie, le supérieur général nommerait, pour avoir soin des provinces, un visiteur pour trois ans, plus ou moins, selon qu’il le jugera expédient; et pource qu’il pourra prendre ou un supérieur d’une maison particulière, ou quelqu’ autre, et d’autant que inos maisons de Rome et d’Annecy sont éloignées, qu’elles communiqueront leurs suffrages par lettres, à la manière qui leur sera indiquée.
Le lendemain, 19 dudit mois, à l’ouverture de d’assemblée, M. Portail a demandé pardon à la Compagnie de ce qu’ill pensait avoir contrevenu à la soumission et condescendance que requiert l’assemblée, en interrompant un autre qui parlait.
Ensuite [i°] on a parachevé de lire et arrêté les règles du supérieur général. 2° On a exposé le chapitre de l’élection dudit supérieur général. Sur quoi a été résolu :
1° Que le supérieur général, dès qu’il serait élu, ferait les exercices spirituels, à la fin desquels, après avoir dit la sainte messe en vue de Dieu, il écrirait en deux papiers à part : en l’un, celui qu’il jugerait propre pour servir à la Compagnie de vicaire général après sa mort jusques à ce que l’on aurait élu un supérieur général; et en l’autre, qu’il en écrirait deux qu’il proposerait à la Compagnie, comme porte le chapitre de l’élection, et
qu’il cachetterait les deux billets et les serrerait chacun dans un coffre à deux serrures différentes, dont il aurait une clef, et le premier assistant une autre. Et au cas que celui qu’il aurait nommé pour vicaire général se trouvât mort, ou empêché par maladie, ou autrement, de travailler incessamment, ainsi que le requiert sa charge, l’assistant qui se trouvera avoir plus d’âge de Compagnie sera censé et reconnu pour vicaire général et prendra le gouvernement de toute la Compagnie. Et a été quant et quant résolu que tout ceci se réduirait en règles entre celles du supérieur général.
2° Que le vicaire général, incontinent après la mort du défunt général, travaillerait au plus tôt à faire la congrégation générale, eu égard à l’étendue de la Compagnie, sans néanmoins que ledit vicaire général puisse outrepasser le temps de cinq mois, de quelque façon que ladite Compagnie se soit étendue.
Le lendemain, 20 dudit mois, au commencement de rassemblée, ont été confirmées les résolutions prises en la précédente séance, et quant et quant a été arrête que le vicaire général, outre l’exhortation que, suivant le chapitre de l’élection, il doit faire à l’entrée de la congrégation générale, assemblée pour procéder a 1 élection du supérieur général, qu’il en ferait une autre, le jour que la Compagnie procéderait à l’élection, courtement et pathétiquement, là où il ferait voir l’importance de cette action, en laquelle iil est question d’aviser aux moyens de conserver, ou de perdre l’œuvre que Dieu a confiée entre les mains de la Compagnie. En quoi il se donnerait de garde de témoigner quelque pente vers qui que ce soit de la Compagnie.
2. Il a été résolu que les particuliers de la Compagnie s’obligeraient par vœux simples de ne jamais briguer aucune charge ni supériorité dans ladite Compagnie, ni
de bénéfice hors d’ioelle; voire, pour ce dernier, qu’ils voueraient de ne pas seulement consentir qu’on les élise, ni les accepter, qu’ils n’y soient contraints par celui qui les peut obliger sous peine de péché; que lesdits vœux ne se feraient au bout des deux ans du séminaire, ains quelques années après, ainsi qu’il serait jugé à propos par le supérieur général de la Compagnie.
Le lendemain, 21 -dudit mois, la Compagnie a parachevé ce qui restait du chapitre de l’élection, et, après avoir satisfait à quelques autres difficultés qui restaient, ladite Compagnie a conclu que ledit chapitre de l’élection demeurerait en la forme qui lui a été donnée, sauf à le mettre au net par les députés de ladite Compagnie pour travailler aux règles et constitutions.
Le lendemain, 22 dudit mois, au matin, a été proposé à la Compagnie et lu le chapitre des congrégations triennales, tant celles des provinces, composées des supérieurs d’icelles, que celles qui se doivent faire au lieu de la résidence du supérieur général, composées des procureurs de chaque province; et a été résolu sans contredit que l’on suivrait l’ordre que porte le susdit chapitre.
Ensuite la Compagnie a résolu deux choses : la première, que dorénavant on ferait une deuxième probation ; qu’icelle probation se ferait à Saint-Lazare, ou ailleurs, là où le supérieur général aviserait; qu’elle ne se ferait qu’au bout de 6 ou 7 ans après le séminaire, par l’espace d’un an, sans néanmoins borner la puissance du supérieur général, lequel pourra toujours ou retarder lesdits 6 ou 7 ans, ou abréger ladite année de probation, comme il le jugera expédient pour le bien des particuliers et le besoin de la Compagnie.
La deuxième. La Compagnie a trouvé bon de diviser dès maintenant les maisons des provinces et les a actuellement divisées, savoir Paris et Crécy pour une; Toul et Champagne pour une autre; Richelieu, Luçon, Saintes
et Notre-Dame de la Rose pour une autre; Annecy et Rome pour une autre.
Et le même jour, à huit heures du soir, la Compagnie a confirmé le chapitre des congrégations triennales. Elle a arrêté que, considérée la petitesse des provinces, pour le présent le supérieur général pourrait envoyer tel visiteur qu’il jugera à propos et disposer des sujets de chaque province pour les retenir ou envoyer en telles provinces et maisons qu’il pensera que Dieu les appelle, maintenant et pour toujours; et elle a jugé qu’il fallait laisser audit général le pouvoir d’admettre en nos maisons des externes, pourvu qu'il en use rarement, pour des raisons de très grande importance.
A la fin, Monsieur Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation, après avoir représenté à la Compagnie le peu de suffisance qu’il pensait être en lui pour la conduite d’icelle, l’a suppliée en toute humilité à deux genoux avec instance qu’elle procédât à l’élection d’un autre supérieur général. A quoi ladite Compagnie a fait réponse qu’elle ne pouvait élire un autre supérieur pendant la vie de celui que Dieu, par sa bonté, leur avait élu ; à quoi le susdit a acquiescé après quelques autres instances, protestant que c’était le premier acte d’obéissance qu’il croyait rendre à la Compagnie, la suppliant de l’aider de ses prières. Ce que ladite Compagnie non seulement a promis de faire, ains encore de renouveler la protestation d’obéissance qu’elle lui avait faite.
Il a été aussi résolu par la Compagnie que le supérieur général fera les exercices spirituels tous les ans et qu’alors, ou quand il le jugera expédient, après la confession générale et la sainte messe qu’il célébrera ensuite, qu’il fera choix devant Dieu de deux personnes de la Compagnie qu’il jugera les plus propres pour lui succéder en la charge, après que Dieu aura disposé de lui. Il écrira les noms dans un papier cacheté, qu’il en-
fermera dans un coffre à deux clefs différentes, dont il gardera l’une, et le premier assistant l’autre ; et le susdit coffre sera gardé après sa mort par le plus ancien de la maison non assistant, avec la clef qu’avait ledit supérieur général, et ne sera ouvert qu’en la présence des capitulants assemblés pour l’élection dudit supérieur général, après l’élection du secrétaire et assistant élus en ladite assemblée, après laquelle immédiatement ledit coffre sera ouvert, le papier décacheté par le nouveau secrétaire en la présence de toute la Compagnie, et lira tout haut les noms qui seront écrits dans ledit papier, et le baillera, pour être lu et reconnu, à chaque personne de ladite assemblée. Et après, les capitulants verront lequel des deux ils choisiront, si ce n’est qu’ils en jugent un autre plus capable, lequel ils pourront prendre, à l’exclusion de ceux que le supérieur a proposés; et le tout se fera à la pluralité des voix, qui seront colligées par le vicaire général, ainsi qu’il est porté par le chapitre de l’élection.
Le lendemain, 23 dudit mois, la Compagnie étant assemblée, le supérieur général a fait une petite et briève exhortation, ou il a fait voir : i° l’importance de faire un bon choix de deux assistants, pource que ce sont les deux anges gardiens du supérieur général; ce sont ceux en qui la Compagnie se repose pour tout ce qui concerne : le supérieur et la Compagnie ; 2° les qualités qui sont i requises en eux, qui sont zèle, discrétion, sagesse, qu’ils : aient des lettres et que tous les dons de Dieu reluisent i en eux.
Pour le 3e, il a proposé si l’on ferait un secrétaire et ! des assistants pour faire cette élection. A quoi la Comj pagnie a résolu que, pour cette première fois, l’on y procéderait simplement en écrivant, chacun dans un billet, celui à qui il donne la voix, et que ledit supérieur général 1 les verrait, avec les deux qui se trouveraient auprès de
lui; ce qui a été fait en vue de tous; et Monsieur Portail a été élu premier assistant et admoniteur du supérieur général, et M. Dehorgny deuxième assistant; lesquels ont promis ensuite avec serment de donner avis à la Compagnie des départements du général, au cas: qu'ils y soient obligés.
De plus il a été résolu qu’au cas que ledit supérieur général soit obligé par la nécessité des affaires de lai Compagnie naissante d’envoyer l’un desdits assistants,, ou tous deux, pour affaire d’importance, ou pour être? supérieur en quelque lieu éloigné, qu’en ce cas il eni mettra d’autres en leur place, il en donnera avis aux provinces, à ce que, si les visiteurs agréent le choix qu’il aura fait des autres, il les continue; sinon, qu’il recevrai ceux auxquels la plupart donneront leur voix par écrit,, sans conséquence pour les autres.
hait audit Saint-Lazare-lez-Paris, le vingt-troisième'' octobre, l’an que dessus 1642.
Vincent Depaul. Portail. Du Coudray. .
Lambert aux Couteaux. A. Lucas.
Jean Bécu. Jean Dehorgny. Boucher..
Alméras. Bourdet. Du Chesne.
90. — FONDATION DE L’ÉTABLISSEMENT DE MARSEILLE PAR LA DUCHESSE D AIGUILLON
(25 juillet 1643)
Nous soussignés, Marie de Vignerod, duchesse d’Aiguillon, comtesse d’Agenais et Condomois, d’une part, et vénérable et discrète personne Vincent de Paul, supérieur général des prêtres de la congrégation de la
Document 90. — Arch. nat. S. 670 7, copie notariée.
Mission établis à Saint-Lazare de cette ville de Paris, Antoine Portail, François du Coudray, René Aimeras et Emerand Bajoue, prêtres d’icelle dite congrégation de la Mission, d’autre part, avons fait, convenu et accordé entre nous ce qui s’ensuit
C’est à savoir que nous, duchesse d’Aiguillon, ayant eu volonté et dévotion de donner quatorze mille livres tournois pour une fois payées et pour employer à ce qu’ils trouveront plus utile et profitable et qui pourrait rapporter plus de revenus, à l’effet de faire et débourser par eux les frais qu’il conviendra pour l’entretènement, voyages, service des prêtres qui seront employés à ce qui sera ci-après dit : à la charge que lesdits prêtres de la Mission et leurs successeurs en ladite maison de Saint-Lazare soient tenus à toujours et à perpétuité •établir, loger, nourrir et entretenir en la ville de Marseille quatre prêtres de ladite congrégation de la Mission et, où ils décéderont, d’en envoyer d’autres en la place des décédés, et ainsi successivement à mesure de chacun décédé, lesquels quatre prêtres, suivant la volonté et intention du roi, auront la supériorité des aumôniers et ecclésiastiques proposés et à établir pour administrer les sacrements et faire les prédications et catéchismes, instructions et assistances nécessaires ès galères de Sa Majesté, et lesquels dits aumôniers et ecclésiastiques lesdits quatre prêtres, ou l’un d’eux, auront le pouvoir d’ôter et y en mettre d’autres tels qu’ils les choisiront et selon qu’ils le trouveront! plus utile pour la gloire de Dieu; et lesquels aumôniers et ecclésiastiques desdites galères feront les catéchismes et instructions et administreront les sacrements ;
Convenu encore à la charge que lesdits quatre prêtres de ladite congrégation de la Mission iront de cinq ans en cinq ans sans diminution sur chacune desdites galères étant aux ports de Marseille et autres ports de ce
— 3oo
royaume, pour catéchiser et instruire en l’amour et cha-: rite de Dieu les pauvres forçats et autres personnes étant èsdites galères, interroger les aumôniers et ecclésiastiques desdites galères où lesdits aumôniers ou autres ne se trouveront assez idoines et capables, les destituer et, en leurs lieux et places, choisir et établir les plus gens de bien que faire se pourra; comme pareillement lesdits quatre prêtres de la Mission prendront le soin de l’hôpital des pauvres galériens sis en ladite ville de Marseille;
Item , à la charge expresse d’envoyer par lesditsprêtres de la Mission à toujours et à perpétuité, lors ettj quand ils le jugeront à propos, des prêtres de ladite congrégation de la Mission en Barbarie, pour consoler: et instruire les pauvres chrétiens captifs et détenus^ èsdits lieux en la foi, amour et crainte de Dieu et y faire: par eux les missions, catéchismes, instructions et exhortations, messes et prières qu’ils ont accoutumé, et aussi a la charge de dire par lesdits prêtres de la Mission \\ deux messes basses par chacun jour de l’année à toujours et a perpétuité, l’une de Requiem , pour le repos de lame de Monseigneur le grand cardinal duc de Richelieu, son très honoré oncle et bienfaiteur, et obtenir la bénédiction de Dieu sur toute la mai/son de Son Eminence, et l’autre pour ladite dame duchesse pendant sa vie, et après son décès pour le repos de son âme, et pour demander à Dieu sa sainte miséricorde pour nous, duchesse d’Aiguillon, le tout pour honorer la vie laborieuse , de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la terre, sa conver- f sation et ses miracles.
Et voulant par nous, duchesse d’Aiguillon, exécuter notredite volonté et dévotion, aurions proposé ce que dessus auxdits prêtres de ladite congrégation de la Mission, qui auraient agréé notre intention et dévotion et dit etre prêts d’accepter la susdite somme et, moyen-
3oi —
nant icelle, effectuer et faire effectuer pleinement et entièrement son intention et dévotion, et, suivant ce, nous dite duchesse d’ Aiguillon avons baillé et payé audit Vincent de Paul et autres prêtres de la Mission ci-dessus nommés, que confessons avoir reçu comptant de madite dame duchesse d’ Aiguillon, la somme de quatorze mille livres, dont nous contentons et acquittons madite dame la duchesse d’ Aiguillon et tous autres, et moyennant laquelle Vincent de Paul et autres prêtres dessus nommés, tant pour nous que nos successeurs, avons promis, serons tenus et promettons de faire ou faire faire les missions ès lieux dessus désignés, dire ou faire dire lesdites deux messes par chacun jour de l’année et d’accomplir toutes les choses dessus désignées à toujours et à perpétuité, à l’intention, pour les causes, selon et ainsi que dessus est dit ; et si promettons employer icelle dite somme en quelque fonds et revenu annuel, soit sur ce domaine ou autre nature, au profit desdits prêtres de la Mission, à l’effet de percevoir quelque revenu pour l’entretènement de ce que dessus, par l’acte ou contrat de l’acquisition déclarer les deniers qui seront payés pour le prix d’icelle provenir des deniers ainsi reçus de madite dame duchesse d’Aiguillon.
Fait à Paris en l’hôtel chez nous, duchesse d’Aiguillon, le vingt-cinquième jour de juillet mil six cent quarante-trois.
Marie de Vignerod. Vincent Depaul.
Du Coudray. Portail. Alméras.
Bajoue.
91. — NOMINATION DU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE LA MISSION COMME AUMONIER GÉNÉRAL DES GALÈRES'
(16 janvier 1644)
Aujourd'hui seizième janvier mil six cent quarantequatre, le roi étant à Paris, sur ce que le sieur duc de: Richelieu, général des galères de France, a remontré ài Sa Majesté qu’attendu le grand fruit et avantage qui a* été reçu tant pour la gloire de Dieu que pour l’instruction, édification et salut des âmes de tous ceux qui servent sur lesdites galères, par l’excellent choix qui a étéci-devant fait de la personne de Monsieur Vincent de- Paul, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission, pour la charge d’aumônier réal desdites; galères, dont il avait été pourvu par brevet dès le huitième février mil six cent dix-neuf, avec supériorité sur les autres aumôniers desdites galères, et attendu aussi qu’à cause de ses grandes occupations, tant auprès du. roi que de la reine régente sa mère, qui l’appellent souvent a leurs conseils, qu’en sa charge de supérieur général de ladite congrégation, il est impossibe qu’il puisse etre toujours à Marseille pour exercer ladite charge d’aumônier réal desdites galères, il serait besoin de lui donner pouvoir de commettre en son absence le supérieur des prêtres de la Mission de T 'arseille et d’affecter cette charge à toujours au supérieur général de ladite congrégation des prêtres de la Mission présents et à , venir, Sadite Majesté, ayant agréable la proposition i dudit sieur général des galères, de l’avis de la reinerégente sa mère, a confirmé ledit Monsieur Vincent de Paul en ladite charge d’aumônier réal desdites galères,, avec supériorité sur tous les autres aumôniers desdites
Document 91 Arch. nat. S 6707, liasse de Marseille, copie.
galères, et, outre ce, a donné pouvoir de destituer les aumôniers qu’il ne trouvera pas propres et d’en mettre d’autres en leurs places, comme aussi de commettre en son absence le supérieur des prêtres de la Mission de Marseille pour en jouir, avec pareilles fonctions, autorité, gages, honneurs et droits, et a affecté à toujours ladite charge d’aumônier réal desdites galères de France, avec pareil pouvoir et autorité, au supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission présent et à venir, voulant sadite Majesté qu’en cette qualité il soit couché et employé sur l’état des galères, en vertu des brevets qui lui en seront expédiés, en conséquence de celui-ci, que sadrte Majesté a voulu signer de sa main et être contresigné par moi, conseiller de son conseil d’Etat et secrétaire de ses commandements.
Louis.
De Loménie.