FONDATION DE L’ÉTABLISSEMENT DE SEDAN
(14 juin 1644)
Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers les gens de nos comptes à Parisy salut. Savoir faisons :
Le feu roi de très glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, ayant, par son testament et ordonnance de dernière volonté, donné et aumône la somme de soixante-quatre mille livres pour être employées en missions, savoir vingt-quatre mille livres en notre ville de Sedan, tant pour y travailler et affermir les catholiques, que pour essayer de ramener au giron
Document 92. — Arch. de l’hospice civil de Sedan, copie prise sur l’original.
de l’Eglise quantité d âmes que l’hérésie en avait détournées; et les quarante» mille livres restantes pour vaquer en autres missions ès lieux dont il serait avisé par les Révérends Pères Dinet, provincial de la Compagnie de Jésus, lors confesseur de Sa Majesté, et Vincent de Paul, supérieur general des prêtres de la congrégation de ladite Mission, auquel seul ledit Père Dinet, occupé en divers autres emplois, en aurait, de notre consentement, laissé la direction; et mettant en considération que, sans aucunement déroger à l’intention de notredit feu seigneur et père, ce bon œuvre, qu’il n’avait destiné que pour dix ans seulement, pourrait être perpétuel.
A ces causes, de l’avis de la reine régente, notre très honorée dame et mère, avons dit et déclaré, disons et déclarons par ces présentes, signées de notre main, voulons et nous plaît que ladite somme de soixantequatre mille livres soit entièrement, par ledit supérieur général de ladite Mission, mise en rentes ou rachats d’héritage, pour le revenu en provenant être, par lui et ses successeurs audut généralat à perpétuité, employé en la nourriture et entretènement de six prêtres et deux frères du corps de ladite Mission, lesquels seront actuellement ocqupes à travailler, conformément aux fonctions de leur Institut, tant en l’étendue de notreclite ville de Sedan, qu’aux lieux circonvoisins d’icelle où ils connaîtront le besoin être plus pressant pour le salut des âmes et accroissement de la religion catholique, apostolique, romaine. Si vous mandons par ces présentes que vous ayez a vérifier et à enregistrer purement et simplement sans aucune restriction ni modification, et du contenu en icelles vous laissiez jouir et user pleinement et perpétuellement ledit Père général des prêtres de la Mission et ses successeurs en ladite charge, otant et faisant cesser tous troubles et empêchements au contraire ; car tel est notre plaisir.
Donne à Paris, le 140 jour de juin, l’an de grâce mil six cent quarante-quatre et de notre règne le premier.
Louis.
Par le roi, la reine régente, sa mère, présente.
De GüENEGAUD, secrétaire du grand sceau.
Aujourd’hui est comparu par devant les notaires gardes-notes du roi notre sire au Châtelet de Paris soussignés, vénérable et discrètes personne Messire Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, demeurant à Saint-Lazare-lez- Paris, lequel a dit et déclaré que, suivant les lettres patentes de Sa Majesté, dont copie, collationnée à l’original, est ci-dessus écrite, il a employé la somme de soixante-quatre mille livres en la construction des bâtiments de treize maisons attenantes l’une l’autre, qu’il a fait bâtir sur une place appelée le champ Saint-Laurent, sise au faubourg Saint-Denis de ladite ville de Paris, au-dessus dudit Saint-Lazare, joignant, d’un côte, au sieur Le Gras, d’autre côté, aux terres dudit Saint-Lazare, d’un bout, par devant, à la chaussée dudit faubourg allant à Saint-Denis en F'rance, étant en la puissance du fief dudit Saint-Lazare, pour lesquelles treize maisons demeurer et appartenir aux prêtres de la Mission de Sedan, auxquels ledit sieur Vincent de Paul promet faire valoir pour toujours annuellement la somme de deux mille deux cents livres par an pour l’entretènement desdits prêtres de la Mission établis audit Sedan, suivant l’intention de Sa Majesté portée par les lettres patentes dont est dit 1 ; et ledit sieur Vincent de Paul a requis et demandé acte à lui octroyé de présent
1. Du vivant même de saint Vincent, ces treize maisons servirent d’asile aux enfants trouvés.