Texte de l’original : personne
et autres à qui appartiendra de tenir la main et donner toute assistance à l’exécution de la présente, comme à un œuvre gravement important pour le bien commun des fidèles.
Donné à Amiens, ce vingt-troisième jour d’octobre mil six cent vingt.
133. — LA CHARITÉ MIXTE DE MACON D’APRÈS LE RECIT DE M. L’ABBÉ LAPLATTE
(Septembre 1621)
L’année suivante 1623 * 1 fut remarquable par un second établissement, bien plus utile que le précédent, puisqu’il eut pour objet le soulagement de tous les pauvres de la ville, sains et malades, mendiants et honteux. Ce fut M. Vincent de Paul, curé de Châtillon-les- Dombes, qui y commença cette bonne œuvre. Quelque attention qu’eût eue A. Gaspard Dinet de renouveler la face du diocèse pendant les dix-neuf ans qu’il fut évêque, il ne lui fut pas possible de conduire ce grand ouvrage à sa perfection ; il resta encore bien des abus à réformer après sa mort. Un des principaux fut le désordre des pauvres de la ville. Ils vivaient dans une ignorance si profonde des vérités de la religion et croupissaient dans des habitudes si criminelles qu’on ne pouvait les voir sans étonnement. M. Vincent, que ses vertus ont fait mettre avec justice au catalogue des saints, passant par Mâcon, vit lui-même ce triste spectacle; sa charité en fut émue et son zèle lui fit chercher les moyens d’y remédier. Comme il était en usage de faire quelques demandes sur les éléments de la religion aux pauvres qu’il soulageait, il fut surpris de trouver
Document 133. — Le travail de l’abbé Lapiatte est resté manuscrit.
1. L’abbé Lapiatte se trompe ; la Charité de Mâcon fut fondée en 1621. (Voir les documents 184 et i35.)
des vieillards âgés de soixante ans et plus qui ne connaissaient pas seulement Jésus- Christ et ses mystères. Le prix de ces pauvres âmes, qui se perdaient, ht sur son cœur une si vive impression qu’il résolut à l’instant d’y mettre ordre, à quelque prix que ce fût.
Sa charité fut industrieuse; i'1 trouva bientôt des moyens qui lui parurent capables de remplir ses vues; mais, présumant qu’on formerait bien des obstacles à cette bonne œuvre, il s’arma de fermeté. Ce qu’il avait prévu arriva. Ayant communiqué son plan à quelques personnes de la ville, les unes en regardèrent l’exécution comme impossible, les autres le traitèrent de téméraire et d’orgueilleux, qui voulait se mêler de ce qui ne le regardait pas; les autres enfin, retenus par le respect humain, lui disaient que ce serait une bonne œuvre, mais qu’ils ne voyaient pas comment s’y prendre pour 1 ’exéctfter. Saint Vincent de Paul, bien loin de se rebuter par tant d’obstacles, reconnut, au contraire, que c’était le caractère . des œuvres de Dieu d’être contredites, mais que la patience et la fermeté le rendraient victorieux.
En effet, il sut si bien manier les esprits de ceux qui gouvernaient dans la ville qu’ enfin ils approuvèrent son plan et se prêtèrent à son exécution. On forma donc une assemblée de personnes charitables, qui se chargèrent de soulager avec ordre et discrétion tous les pauvres de la ville, mendiants et honteux, valides et malades. Pour fournir aux frais de cette bonne œuvre, les riches s’obligèrent par écrit de donner chaque année du blé, du vin, de la viande, du bois et du linge, suivant leurs f acuités.
Cette compagnie de personnes charitables convint de s’assembler tous les mercredis à Saint-Nizier pour y porter le produit de leur collecte, y indiquer les personnes de leur quartier tombées malades ou dans l’in-
digence, afin de les soulager la semaine suivante, faire retrancher du catalogue des pauvres ceux ou celles dont la misère aurait cessé, ou qui, s’étant mal conduits pendant 'la semaine, mériteraient d'être privés de l'aumône le dimanche suivant.
Les premières dames de la ville et un grand nombre de bourgeoisie se firent un honneur d’être de cette pieuse assemblée, de visiter deux fois par semaine les malades de leurs quartiers, leur procurer ce qui convenait à leur rétablissement, fournir les remèdes nécessaires et enfin pourvoir à leur sépulture, si Dieu les appelait à lui. Les fonds nécessaires à procurer ces différentes charités se tiraient de la caisse où les riches versaient leurs aumônes chaque mois.
Monsieur l’évêque, Louis Dinet, Messieurs Chambon, doyen de la cathédrale, de Rhébé, prévôt de Saint- Pierre, Hugues Foillard, lieutenant général, animèrent et soutinrent cette bonne œuvre naissante par leurs soins et leur assiduité. Ils formèrent même un bureau composé de dix recteurs, savoir, deux ecclésiastiques, dont l’un présidait en l’absence de M. l’évêque, deux officiers de bailliage, deux officiers de l’élection, un avocat, un procureur et deux bourgeois, dont l’un était receveur. Ce règlement fut arrêté le 26 septembre 1623 2.
A l’égard des pauvres, voici l’ordre que M. Vincent établit :
i° Il fit faire un catalogue de tous les pauvres qui demeuraient dans la ville, qui se monta environ à 300.
2° Il exigea d’eux qu’ils s’assembleraient tous les dimanches à Saint-Nizier, où ils entendraient la messe et l’instruction, s’y confesseraient une fois chaque mois et communieraient lorsqu’on les trouverait capables.