‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 168 sur 314 · Ou plutôt le 16 septembre · texte numérisé non relu

Ou plutôt le 16 septembre

3° Après l’office, tous les pauvres qui auraient assisté recevraient du pam et de l’argent à proportion de leur misère et du nombre d’enfants dont ils seraient chargés, qu’en hiver on y ajouterait du bois.

4° Que tous ceux qu’on trouverait mendier pendant la semaine dans les rues et dans les églises, ou dont les dames auraient fait de justes plaintes, n’auraient rien le dimanche suivant.

5° Que les pauvres passants seraient logés une nuit et renvoyés le lendemain avec deux sols.

6° Que les pauvres honteux indiqués par les dames ou autres personnes de probité seraient assistes sans éclat et pourvus dans leurs maladies des aliments et remèdes convenables pour accélérer leur guérison, s il était possible.

7° Qu’enfin l’assemblée ne voulant pas fomenter la paresse des pauvres valides, ni de leur famille, on ne leur donnerait que ce qui serait nécessaire pour suppléer aux modiques salaires de leurs travaux.

Lorsqu’on commença cette bonne œuvre, il n’y avait presque aucun fonds de prêt pour l'exécuter, mais M. Vincent parla d’une manière si forte et si touchante sur la nécessité et les avantages de l’aumône, sur la facilité qu’il y avait de la faire, soit en retranchant sur son luxe, sa table, son ameublement, ses vêtements, son jeu; soit en donnant des grains, des meubles, des vieux linges ou habillements, si on n’avait point d’argent; il fii; si bien voir le bon ordre qui en résulterait a Maçon, si on voulait entrer dans ses vues, que chacun s’empressa de seconder son zèle. On porta au lieu destiné pour le dépôt des aumônes du grain, du pain, des légumes, du linge, du bois, des ustensiles de ménage, des habits, des lits, etc. Et bientôt on se vit en état d’entretenir ce bien naissant. M. Vincent, au comble de ses souhaits de voir ses peines suivies de succès, donna

son aumône le premier, et continua sa route, dit l’auteur de sa vie.

Le Père Desmoulins, prêtre de l’Oratoire, était alors supérieur du séminaire de Mâcon, établi par M. Gaspard Dmet; il vit lui-même tout ce qui se passa lors de

cet établissement et l’écrivit d’une manière si naïve et si véridique que j’ai cru devenir copier le mémoire qu’il en laissa pour confirmer ce que j’ai rapporté jusqu’ici de ce saint établissement.

Si le lecteur trouve que je m’étends trop sur cet article, j’avoue que je passe les bornes d’une juste étendue, mais je le prie d’excuser mon intention. Il y a si longtemps que je désire voir cette sainte assemblée rétablie dans Mâcon que je saisis volontiers les occasions de faire connaître les moyens d’y parvenir, puisqu’il suffirait de suivre le plan que nous a laissé M. Vincent, en y faisant seulement quelques changements relatifs au temps où nous vivons et aux circonstances où nous nous trouvons pour ne pas aigrir certains esprits.

« Je n’ai appris de personne, dit donc le P. Desmoulins, l’état des pauvres de Mâcon; je l’ai reconnu moimême; car, lors de l’institution de cette assemblée de charité, comme il fut ordonné que, les premiers jours de chaque mois, tous les pauvres qui recevaient l’aumône se confesseraient, les autres confesseurs et moi trouvions des vieillards âgés de soixante ans et plus, qui nous disaient librement qu’ils ne s'étaient jamais confessés; et lorsqu’on leur parlait de Dieu, de la Trinité, de l’Incarnation, c’était un langage qu’ils n’entendaient pas 3. Mais, par le moyen de cette pieuse con-

3. D’après Abelly {op. cit ., 1. I, chap. xv, p. 6i), le P. Desmoulins aurait ajouté à cet endroit : « Or, par le moyen de cette confrérie, on pourvut à ces désordres, et en peu de temps on mit les pauvres hors de leurs misères de corps et d’esprit. M. l’évêque de Mâcon, qui était alors Messire Louis Dinet, approuva ce dessein de M. Vincent ; mes-

f rérie 'de Charité que M. Vincent établit, on pourvut à ces désordres, et en peu de temps on remédia aux besoins du corps et de l’âme de cette multitude de pauvres. Près de 300 furent logés, nourris, vêtus et chauffés fort raisonnablement. On ne se vit plus obsédé, soit à l’église, soit dans les rues, par ces mendiants valides, qui ne sont occupés le jour entier qu’à chercher leur vie, sans respect pour les églises, sans égards pour ceux qui en méritent, sans ménagement pour ceux qui ne veulent pas céder à leurs importunités. »

Les registres de la ville nous instruisent de plusieurs autres circonstances de cet établissement, qui en fait connaître de plus en plus le bon gouvernement etl avantage qui en résultait. Ils disent donc que, pour soulager 200 pauvres familles qui étaient a Maçon, sans compter les mendiants, on avait fait un fonds : i° de ce que le clergé et les citoyens aisés promirent de donner chaque année en argent, blé, vin, bois et habillements ; 2° de certaines amendes qu’on appliqua à cette bonne œuvre; 3° des droits d’entrée de tous les officiers de la

sieurs du chapitre de la cathédrale et messieurs du chapitre de Saint- Pierre, qui sont des chanoines nobles de quatre races, l’appuyèrent.

« M. Chambon, doyen de la cathédrale, et M. de Relets, prévôt de Saint-Pierre, furent priés d’en être les directeurs, avec M. Fallart, lieutenant général. Il suivirent le règlement que donna M. Vincent: c’est à savoir qu’on ferait un catalogue de tous les pauvres de la ville qui s’y voudraient arrêter ; qu’à ceux-là on donnerait l’aumône en certains jours, et que, si on les trouvait mendier dans les églises ou par les maisons, ils seraient punis de quelque peine, avec défense de leur rien donner; que les passants seraient logés pour une nuit et renvoyés le lendemain avec deux sous; que les pauvres honteux de la ville seraient assistés en leurs maladies et pourvus d’aliments et de remèdes convenables, comme dans les autres lieux où la Charité était établie.

Cet ordre commença sans qu’il y eût aucuns deniers communs, mais M. Vincent sut si bien ménager les grands et les petits, qu’un chacun se porta volontairement à contribuer à une si bonne oeuvre, les uns en argent, les autres en blé, ou en d’autres denrées, selon leur pouvoir ; de sorte que près de trois cents pauvres étaient logés, nourris et entretenus fort raisonnablement. M. Vincent donna la première aumône, et puis il se retira. »

ville; 4° des quêtes que faisaient chaque dimanche les demoiselles de 1-a ville.

Ces quatre objets réunis devaient former un fonds considérable, puisque les registres ajoutent qu’on distribuait chaque dimanche, après la messe dite à Saint- Nizier, i 200 livres de pain, 18 ou 20 fr. d’argent, 12 ou 15 fr. aux dames pour les pauvres honteux, sans compter le linge, le bois et le charbon, qui faisaient un objet considérable, 100 ou 120 fr. de gages aux apothicaires pour les remèdes, 20 fr. au chirurgien, 4 fr. par mois à deux femmes qui servaient les, malades, 20 fr. aux bedeaux qui empêchaient les mendiants étrangers de séjourner dans la ville.

On peut juger par ce détail du bien que produisit dans la ville cet établissement; mais les guerres qui survinrent 12 ans après, et la peste de 1629 et 1630 mirent les citoyens dans l’impuissance de fournir des fonds suffisants pour continuer les aumônes avec la même étendue. On vit passer leurs biens à des héritiers qui n imitèrent pas la charité de ceux qui les avaient précédés. Dès l’année 1639 et 1640, on s’aperçut sensiblement de cette diminution; les échevins, pour y suppléer, prièrent Louis XI II de permettre qu’on mît un impôt de 5 ^r- sur chaque botte de vin pour soulager les pauvres, qui commençaient à souffrir beaucoup. On ignore la réponse de la cour; mais l’histoire de France nous apprenant que les pauvres des provinces souffrirent beaucoup, depuis 1640 jusqu’en 1659, à cause des guerres civiles occasionnées par la minorité de Louis XIV, il est à présumer que ceux de Mâcon éprouvèrent le même sort.

Je n ai plus trouvé de mémoires instructifs sur cette assemblée de Charité jusqu’à l’année 1680, où deux respectables citoyens cherchèrent les moyens de procurer du pain dans la vieillesse à ces anciens artisans qui,

ayant porté les charges de la ville 30 à 40 années, se trouvaient réduits à la dernière misère, à cause du modique produit qu’ils retiraient du fruit de leur faible travail. Ils crurent que le meilleur moyen de réussir dans cette pieuse entreprise était de les réunir tous dans une même maison pour les servir plus aisément.

En conséquence, M. Etienne Mathoud, président de l’élection, qui, le premier, avait conçu ce noble dessein, acheta, rue Bourgneuf, en 1680, plusieurs maisons contiguës, qui lui coûtèrent cent mille livres; il y fit faire des portes de communication pour la facilité de la desserte et commença à retirer plusieurs vieillards infirmes. Ce bel exemple de charité excita l’émulation de plusieurs autres personnes respectables. La seconde fut Joseph Bernard, dit le beau; il donna aussi cent mille livres pour continuer la bonne œuvre.

Tels furent les commencements de l’hôpital de la Charité de notre ville, qui sert d'asile à un grand nombre de personnes affligées ou délaissées.

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