‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 193 sur 314 · A rechignechat , en rechignant comme un chat · texte numérisé non relu

A rechignechat , en rechignant comme un chat

vrage dans la maison, à cause de son incommodité, qui était si grande quelle ne peut, quand elle est à genoux, se relever, si elle ne s'appuie, et ne peut presque marcher qu’elle ne se soutienne à ceux qu’elle rencontre; que, la gardant, on en pourrait faire une maîtresse d’école, qui serait toujours sédentaire à la maison, et que c’était une chose presque nécessaire d’en avoir une qui ne fût propre qu’à cela, afin de l’y laisser toujours; parce que, quand il y en a une propre à quelque autre chose, au premier besoin qu’on en a, on l’ôte, et que l’école n’en va pas si bien ; que celle-là pourrait, à raison de sa grande docilité, être à bon exemple à la Compagnie.

— Et vous, ma sœur, qu’en dites-vous ? Mais prenez bien garde à ce que nous avons dit tantôt, de ne vous point laisser conduire par aucun respect, ni considération; et sur ce qu’elle est la sœur de notre frère, ne dites pas vos pensées d’une autre sorte.

La sœur répondit qu’elle ne la jugeait propre que pour ceila; et encore pensait-elle quelle ne se pourrait faire craindre à raison de sa faiblesse, mais qu’elle pourrait être propre aussi pour les saignées qui se font à la maison.

Les autres sœurs dirent ne la point connaître particulièrement pour juger à quoi elle pourrait être propre, mais qu’elles pensaient que sa faiblesse ne lui permettait pas de pouvoir faire de plus fort exercice et que cela serait bien de cette façon.

— L,a pauvre enfant, qu’elle me fait pitié! Mais je pense néanmoins qu’il vaut mieux la rendre ; car vous la pourriez destiner pour l’école, et peut-être ne s’y pourrait-elle pas accommoder, ou elle le pourrait pour un temps, mais non pas pour toujours. Elle s’en pourrait ennuyer, voire même s’y déplaire, voyant les autres dans la diversité tantôt d’une affaire et tantôt d’une autre, et je pense qu’il s’en faut mieux tenir aux règles,

c’est-à-dire ne point se charger de hiles qui ne soient propres à toutes sortes d’emplois. Oui, je pense qu’il le vaut mieux, et tant pour l’indisposition corporelle de celle-ci, que pour l’esprit de celle dont nous venons de parler.

Vous avez à considérer, mes chères hiles, combien il est nécessaire, pour maintenir votre Compagnie, quelle soit composée de personnes qui y soient entièrement propres et de corps et d’esprit, ahn qu’elles en puissent faire toutes les fonctions; et au cas, spécialement pour l’esprit, qu’il s’en rencontrât de contraires, ne les point garder. « Qui est, dit le Fils de Dieu 4, si bon jardinier qui n’arrache parfois? » Un jardinier qui visite souvent son jardin remarque une plante qui prohte et qui fructifie; il l’arrose, il la cultive, il y prend plaisir. D’un autre côté, il en voit une autre qui n’avance en rien ; il l’arrache, car elle est inutile. Elle occupe de la terre sans en rendre de profit. Le jardinier qui en use ainsi est prudent et avisé.

Vous savez encore, mes hiles, qu’il ne faut qu’une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau. Et que dirait un maître dont le berger, faute de retrancher une brebis, en aurait laissé gâter un cent d’autres? Certainement ce serait un grand m'ai, et il aurait raison detre bien en colère contre lui.

Or, mes hiles, la Providence vous ayant donné en quelque manière quelque conduite en votre Compagnie, vous seriez de très mauvaises bergères si, faute de voir celles de qui les mauvaises mœurs se peuvent communiquer aux autres, vous laissiez gâter toute une Compagnie. Oh! Dieu vous en veuille bien garder!

Il est question maintenant de voir qui nous mettrons

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