‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 197 sur 314 · Probablement Montreuil près Paris · texte numérisé non relu

Probablement Montreuil près Paris

Il s’agit de savoir, mes filles, s’il est expédient que vous ayez un parloir, et il semble que, pour les raisons que Mademoiselle a dites, cela serait très nécessaire. Mais il est à craindre d’ailleurs, et particulièrement s’il était grillé, que, par succession de temps, ceci ne tournât en une religion. Il pourrait y avoir des esprits dans la Compagnie qui pourraient avoir cette démangeaison et sur ce commencement fonder leurs desseins et renverser tout l’ordre que Dieu a dessein de garder sur la Compagnie. Ce pourrait être un attrait pour les sœurs des paroisses, qui pourraient aimer davantage la maison à cause de cette observance et croire qu’il y aurait plus de régularité qu’ailleurs. Et de plus le monde même, voyant un parloir, pourrait penser que c’est une religion. Voyez donc, mes filles, s’il est expédient que vous ayez un parloir.

La sœur dit qu’il lui semblait être bien nécessaire, pour toutes les raisons qui avaient été dites, mais qu’elle ne pensait pas qu’il fût à propos d’y mettre une grille, pour les raisons qui avaient été dites aussi.

Les sœurs suivantes furent de même avis, et l’une ajouta qu’il serait bien à propos qu’il y eût une compagne.

— ■ Il faut voir, ma fille, premièrement si nous aurons un parloir, et puis on parlera s’il doit y avoir une compagne. Qu’en dit Monsieur Alméras?

Monsieur Alméras dit qu’il était bon d’avoir un parloir, mais qu’il ne fallait point du tout qu’il y eût de grilles, parce que cela sentirait la religion, et qu’on y pourrait venir quelque jour, si l’on ne regardait à retrancher de bonne heure tout ce qui en pourrait avoir apparence, et puis que, nos sœurs des paroisses étant libres de parler, il semblerait qu’il y aurait ici plus de 'retenue. Pour une compagne, il ne lui semblait pas né-

cessaire, puisque les mêmes sœurs des paroisses vont le plus souvent seules; que les nouvelles venues, ne voyant parler qu’en cette manière, penseraient être perdues quand elles se trouveraient seules avec des hommes, et qu’il était bon de les aguerrir, afin que, dans les rencontres où il faut qu’elles aillent séparément, il ne leur soit point étrange, mais que, pour en ôter tout danger, il serait bon que l’on en tînt toujours la porte ouverte, afin que les allants et venants vissent dedans et que ceux qui y seraient se tinssent dans leur devoir.

Monsieur Vincent reprit son discours et dit :

Oh bien! mes filles, je pense qu’il est bon que vous ayez un parloir, mais il n’est pas expédient qu’il y ait des grilles; car, quand on verrait cela, on dirait : « Il n’y a plus qu’à fermer la porte. » Et peut-être que dans quelque temps il y en aurait quelqu’une qui dirait : <( Nous serions bien mieux d’être religieuses. » Les autres l’écouteraient et on ne sait pas ce qui pourrait arriver. Pour le présent, cela n’est pas à craindre. Mais il faut, s’il y a moyen, remédier à ce qui pourrait advenir ; car, mes chères filles, ce serait tout le contraire de ce que Dieu demande de vous.

Pour une compagne, nous ne résoudrons point cela à cette heure; il y faudra penser. Cependant je prie Dieu de vouloir lui-même présider à ce conseil, qu’il en soit l’âme et qu’il ne permette pas qu’il agisse par autre que par lui, qu’il y veuille donner lumière, discernement et résolution, et que, comme il a voulu qu’il y ait une vertu qui portât le nom de conseil, qui est un don du Saint-Esprit, il vous le veuille donner par le même Saint- Esprit.

Su b tuum praesidium , . .

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