CONSEIL DU 13 AVRIL
Le 13e jour d’avril 1651, notre très honoré Père trouva bon que nous fissions une petite conférence pour plusieurs besoins de la Compagnie et particulièrement pour faire élection d’une sœur assistante à la place de défunte ma sœur Elisabeth Hellot, n’ayant su faire plus tôt cette élection par nécessité des sœurs.
Etant assemblées au parloir de Saint-Lazare, ma sœur Julienne Loret, lors première assistante, ma sœur Geneviève Poisson, comme ancienne, et moi, après que Monsieur Vincent nous eut demandé de quoi il s’agissait, la sœur servante lui baillant le mémoire, notre très honoré Père dit ;
O mes sœurs, cela est bien nécessaire d’avoir des sœurs qui servent de conseil à la supérieure. Par toutes les communautés cela se fait exactement; mais il importe extrêmement de faire ce choix, et il importe aussi de les changer, et cela afin que plusieurs se forment pour être dans les charges et pour donner des avis bons et solides.
Savez-vous, mes chères sœurs, les conditions qu’il est nécessaire qu’elles aient? Premièrement, il faut qu’elles aiment et estiment leur vocation, qu’elles soient vertueuses et de bon exemple, qu’elles soient de bon sens et judicieuses, qu’elles soient fort exactes à la pratique des règles. Tout cela est important pour le bien de la Compagnie, à ce que les filles se forment et s’habituent a la pratique des solides vertus. Cela importe encore pour conduire les affaires de la Compagnie secrètement. C’est pourquoi, mes sœurs, pensez bien devant Dieu à celle que vous pensez se pouvoir acquitter de cette
Document 163. — Arch. des Filles de la Charité, dossier Ecrits autografhes. Le document est de la main de Louise de Marillac.
charge. Qui pensez-vous, ma sœur Geneviève, qui puisse être proposée?
Notre sœur, se levant, dit :
Mon Père, comme je ne demeure pas pour l 'ordinaire à la maison, je ne puis pas bien juger, mais il me semble que ma sœur Marguerite Ménard ou ma sœur Phénix seraient bien propres.
A quoi Monsieur Vincent dit :
Il est nécessaire quelle soit demeurante à la maison.
Ce qui se trouva en celle-là. Et ensuite ladite sœur dit les raisons qu’elle avait pour les nommer.
— Et vous, ma sœur, dit notre très honoré Père, parlant à ma sœur Julienne?
— Monsieur, j’ai pensé que ma sœur Françoise-Paule serait bien propre, ou ma sœur Ménard ; mais il y a peu de temps qu’elle est en la Compagnie.
Notre très honoré Père demanda à la sœur servante 1 ce qui lui en semblait, laquelle dit qu’elle croyait que les deux premières qui avaient été nommées paraissaient bien avoir disposition pour être assistantes, mais que pour le présent il y avait encore quelque chose à désirer, qu’il n’y avait guère qu’un an que la sœur Phénix y était, et il n’y avait pas encore six mois que ma sœur Ménard y était, que, pour ma sœur Françoise-Paule. elle était trop chargée d’affaires, que d’autres ne pouvaient pas faire sans préjudice de la Compagnie pour le présent. Mais nous avons ma sœur Jeanne de la Croix, qui est une fille de vertu et grand exemple. Elle a grande douceur pour les sœurs et charité, est aussi de travail ; ce qui paraît nécessaire en une sœur assistante pour suppléer à mes défauts, qui m’empêchent de mettre la première la main à l’œuvre, comme je devrais faire.