Evangile de saint Matthieu XVIII
vous-mêmes juges, savoir oi tous savent ce qu’il faut qu’ils croient. N’est-il pas vrai que l’ ignorance est si grande, que je me suis trouvé avec des personnes chrétiennes et catholiques auxquels j’ai demandé s’ils savaient les commandements de Dieu, qui répondaient qu’ils n’avaient jamais été à l’école, et d’autres qu’ils les savaient bien lire dans les heures ? O ignorance crasse ! O aveuglement du diable que nous soyons venus jusques à ce point qu’un chrétien ne sache point en qui il croit !
Quand il n’y aurait autre chose sinon que nous voyons que les huguenots, nos ennemis, nous ont ôté les armes des poings pour nous en ruiner, ne devrions-nous point les reprendre pour nous en défendre? Car savez-vous avec quel soin ils l’enseignent et l’apprennent ? Ils l’ont tel, qu’ils l’enseignent tous les dimanches, l’après-dînée, à leurs enfants, et les enseignent de façon qu’il n’y a celui qui ne rende' raison de sa foi et qui n’en dispute pertinemment, ou, pour mieux dire, pertinacement (?). Ceux qui sont piques de 1 aspic reprennent le même aspic et l’écrasent sur la plaie et guérissent par ce moyen. Les huguenots se servent du catéchisme pour ruiner
notre foi. Reprenons le meme catéchisme et l’écrasons sur la plaie.
L utilité en est infinie. Premièrement, le catéchisme nous enseigne la foi. Il nous fait mettre nos espérances en Dieu en nos adversités. Il nous fait aimer et craindre Dieu et notre prochain, nous assure contre les tentations du diable, nous rend assurés contre les ennemis de la foi et finalement nous obtient le paradis.
Et surtout, pères et mères, apprenez que' vos enfants \ous seront beaucoup plus obéissants qu’ils ne sont.
Comment pensez-vous que l’Italie ait conservé la foi en sa pureté, que par le catéchisme? Et comment l’Espagne? Et comment le Canada, le Pérou et le Brésil
sont[-ils] réduits à la foi, que par le catéchisme? Comment, d’ailleurs, pensez-vous que l’on conserve la foi en France, où il y a des huguenots, que par le catéchisme, comme à La Rochelle ? O chose digne d’un grand peuple l Il y a à La Rochelle environ i 500 catholiques, et tout le reste de la religion. Ces catholiques ne savaient en qui ils croyaient il y a quinze ou seize ans jusques à ce que Dieu y envoyât un bon docteur, qui commença à catéchiser les enfants, et a fait si bien peu à peu, par la grâce de Dieu et de ce petit catéchisme, qu’il .a rendu ce peuple si bien, que j’ai honte moi-même, lorsque je me trouve parmi eux et vois qu’ils me surpassent beaucoup en charité.
L’on m’objectera : « Qu’avons-nous à faire de votre catéchisme? Nous sommes chrétiens, car nous allons à l’église, nous entendons la messe, vêpres; nous nous confessons à Pâques; qu’est-il besoin d’autre chose? » Que je n’ai point trouvé en toute la Sainte Ecriture qu’il soit assez à un chrétien d’ouïr la messe, vêpres et se confesser, et que j’y ai trouvé que quiconque ne croit à tout ce qui appartient à la foi n’est pas sauvé. Et puis quel fruit tire de la messe celui qui ne sait pas ce que c’est, ni de la confession celui qui ne sait en quoi elle consiste ?
La disposition qu’il faut de notre côté, c’est celle qu’il faut à un vase pour conserver la liqueur en sa bonté. Il faut premièrement que le vase soit net, en terre et bouché. Vos coeurs sont des vases, et la doctrine chrétienne la liqueur. Comme le vase qui a des ordures dedans, ne conservera la liqueur en sa pureté, de même l’enfant superbe, gourmand et opiniâtre ne conservera point la doctrine en sa pureté. Si le vase est fendu, la liqueur verse. Ainsi, si, quand vous êtes au catéchisme, vous pensez à autre chose, vous êtes un vase fendu et tenez point ce qui vous est enseigné. Il faut donc que
ceux qui voudront apprendre renoncent aux vices et aux péchés, qui sont comme des ordures de l’âme, et dans peu de temps ils loueront Dieu d’avoir appris ce qu’ils apprendront et ne voudraient pour tout ce qui est au monde.
Partant donc j'exhorte les pères et mères qui sont ici présents et qui ont des enfants de les y envoyer et d’y venir eux-mêmes, pensant au regret que vous aurez un jour si vous et vos enfants êtes damnés, faute de savoir ce qui est nécessaire de savoir, en ayant même le moyen si facile.
L’ordre que je tiendrai pour enseigner sera si facile qu'un chacun en sera capable, aussi bien les indoctes comme les doctes et les petits comme les grands, rejetant toute sorte de questions vaines et inutiles et toutes enquêtes même superflues.
La question est d'un docteur qui demande à un enfant s'il est chrétien. L’enfant répond qu’oui, par la grâce de Dieu. Vous, chers petits enfants, quand vous dites qu’oui, par la grâce de Dieu, [vous dites] que c’est Dieu seul qui vous a faits chrétiens, par sa grâce, et non pas que vous l’ayez mérité, ni que ce n’est pas votre père qui vous a faits chrétiens, mais que vous en avez l’obligation à Dieu seul, qui vous pouvait faire naître d’un païen. Vous apprendrez aussi que ce n’est pas la doctrine d’un homme qui le fait chrétien, mais Dieu. Gratia Dei sum id quod sum.