Sœur Henriette Gesseaume
que je ne leur ai point écrit pour faire revenir notre sœur, j’ai prié Monsieur Truchar, directeur spirituel de nos sœurs, de les disposer à cela, et ainsi nous n’avons en rien contrevenu à ce que nous sommes obligées. Mais ils se servent de ce prétexte pour retenir la sœur.
— Il est certain, car ils n’ont pas envie qu’elle revienne. Voyons vos avis touchant les raisons qui ont été dites s’il est expédient de les rappeler toutes, vu qu’ils ne gardent pas les articles arrêtés, s’opposant au rappel d’une personne qui es!t fort nécessaire, d’autant que vraisemblablement la maison ne sera jamais en repos tandis qu’elle y sera. C’est un esprit qui trouble tout, qui est toujours contre la supérieure, c’est-à-dire la sœur servante, et fait que les autres font de même, et ainsi ils ôtent le moyen de bien gouverner la maison.
Notre très honoré Père ayant demandé aux trois sœurs leur avis, elles dirent que, suivant que sa charité avait dit et la peine que l’on avait toujours eue à s’accommoder à l’humeur de ces personnes-là, elles pensaient qu’il serait à propos de faire revenir nos sœurs, mais qu’auparavant il faudrait leur faire offre d’une sœur pour remplir la place de celle que l’on veut faire revenir, et que, s’ils ne veulent s’accorder à cela, on pourrait demander à se retirer.
L’avis de Mademoiselle fut de rappeler aussi, sans leur faire offre d’envoyer d’autres sœurs, puisqu’aussi bien ils ne l'accepteraient pas, si ce n’était pour prendre du temps pour pourvoir leur hôpital d’autres filles pour servir les malades.
Celui de Monsieur Portail fut bien pour le rappel; mais, voulut faire la chose plus doucement, il dit qu’il serait à propos de tenter encore une fois à les contenter, leur écrivant pour leur faire entendre les raisons que l’on a eues pour ne point leur envoyer d’argent, leur faire offre d’une sœur en la place de l’autre, et que,
s’ils ne voulaient point, on leur dirait que, puisqu’ils ne veulent pas s’accommoder, qu’ils trouvent bon que l’on rappelle toutes les sœurs.
Monsieur Alméras, qui avait été faire la visite il n’y avait pas encore deux ans, et qui, par même moyen, avait pris une plus claire connaissance de ces messieurs de Nantes aussi bien que des peines de nos sœurs, dit qu'il ne croyait point que l’on pût jamais trouver moyen d’aucune accommodation, que, dès lors qu’il était là, il l’avait mandé à Monsieur Vincent, avec les difficultés, qu’il avait plus présentes pour lors qu’à présent, mais que ç’avait toujours été sa croyance que les filles ne pourraient pas subsister dans ce lieu-là, qu’il vaudrait autant les mander dès à cette heure que d’attendre, parce qu’ aussi bien ce ne serait que prolonger le temps, que néanmoins son avis était bien que l’on fît ce que Monsieur Portail avait dit.
Après quoi Mademoiselle dit que, si Ton leur faisait toutes ces offres, ils ne demanderaient pas mieux, afin d’avoir du temps pour faire leur affaire et faire achever cette maison qui se bâtit; après quoi ils nous pourraient prévenir eux-mêmes; et qu’il serait plus expédient de faire une fin dès à cette heure et que l’on ne se pouvait pas retirer dans un temps plus propre, parce que nos sœurs sont bien unies entr’elles ; ce qui sera bien pour ne pas donner sujet de scandale au dehors.
Notre très honoré Père, ayant entendu tout ce que dessus, dit :
Vous êtes tous d’avis du rappel de nos sœurs, et moi aussi. Mais, pour ne rien omettre en une affaire de telle importance, je crois qu’il sera à propos de^recommander cela à Dieu. Et comme nous ne voulons rien faire qui ne soit conforme à sa sainte volonté, il faut lui demander des lumières pour la connaître. Je pense, Mademoiselle, qu’il sera bon que vous communiiez, et vous
aussi, mes sœurs, afin d’obtenir de Notre-Seignêiir les grâces dont nous avons besoin en ce sujet. Nous dirons aussi la sainte messe pour cela, et de plus il sera bon de faire oraison là-dessus pour bien penser s’il est expédient, pour la gloire de Dieu, de rappeler nos sœurs; et à la première assemblée chacune dira ses pensées.